Système éducatif à vau-l’eau au Togo

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« On ne peut pas réformer l’Education Nationale sans les enseignants » – Lionel Jospin

Le Togo ne cessera d’étonner le monde. Un fait ubuesque s’est produit la semaine dernière et est révélateur de la défaillance de tout le système éducatif au Togo. Alors que les élèves sont en plein examen du Probatoire (BAC1), l’épreuve d’Histoire et Géographie de l’enseignement technique a été annulée en catastrophe, 45 minutes après l’entame du sujet. Les surveillants ont été sommés de retirer les copies. Les candidats ont été obligés de recomposer dans cette matière quatre jours plus tard.

Aucune explication officielle n’ayant été fournie sur l’annulation de l’épreuve, plusieurs raisons ont été avancées dont celle selon laquelle le sujet proposé serait hors programme. Ce que d’aucuns appellent non sans humour, des « épreuves hors sujet ». Généralement on parle de hors sujet quand une copie ne présente pas de relation directe avec la question posée lors d’une épreuve. Or, au Togo, ce sont plutôt les épreuves qui sont « hors sujet », c’est-à-dire qui n’ont aucun rapport avec le programme défini. En clair, les enseignants, inspecteurs et directeurs de l’éducation, les ministres de l’Enseignement sont « obsolètes ». Comme quoi, quand la tête est pourrie, on ne peut rien espérer de la queue.

Pour un observateur, le gouvernement donne ainsi un argument de taille à la génération WhatsApp, ces élèves plus abonnés aux réseaux sociaux qu’à leurs cahiers pour justifier leur échec à cet examen qui constitue un véritable casse-tête « togolais » pour les apprenants. Il est souvent rapporté qu’au temps de Gnassingbé Eyadema, le BAC1 avait été supprimé pendant deux années consécutives pour permettre à ses fistons adorés de pouvoir passer cette étape sans encombre.

Dans la même journée où l’épreuve d’Histo-Géo a été annulée, le gouvernement a annoncé l’annulation partielle du concours d’entrée à l’Ecole Nationale d’Instituteurs (ENI). La raison, des cas de fraudes avaient été décelés. « Lors de la correction des copies des candidats, il a été constaté une similitude de réponses et donc de notes dans certaines salles des centres d’écrit de Dapaong et de Tsévié. Une forte présomption de fraude a fait surface. Pour lever cette présomption, une enquête a été diligentée à la gendarmerie nationale qui, après investigations, a établi des faits graves de fraudes et situé clairement les responsabilités », a indiqué le gouvernement dans un communiqué.

Et comme si ça ne suffisait pas, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Octave Nicoue Broohm a interdit dans la foulée le diplôme de technicien supérieur (DTS) et le diplôme universitaire de technologie (DUT) délivrés par les écoles supérieures. D’après le ministre, « ces diplômes ne respectent pas la réglementation, ils n’ont aucune valeur et seront tout simplement interdits à partir de la prochaine rentrée prochaine. Le seul qui fait foi est le Brevet de technicien supérieur (BTS) ».

Mais certains pensent que le système LMD instauré dans les universités au Togo fait vieillir puisque les passent plus de 5 ans pour obtenir la Licence. Les parents préfèrent alors casser la tirelire pour envoyer leurs enfants dans les écoles privées où il faut deux ans seulement pour obtenir le BTS.

Seulement voilà, face aux lourds impôts que ces écoles doivent à l’Office Togolais des Recettes (OTR), les fondateurs rognent sur les cours pour ne pas à avoir à payer les professeurs. Résultante, l’année universitaire dans les privés totalise moins de cinq mois de cours. Comme le dirait l’autre, c’est le Waterloo pour toute l’éducation au Togo.

Source : Médard Amétépé, Liberté

27Avril.com

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