Signes de fébrilité et Psychose au sommet du Pouvoir Faure

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Depuis la captation du 3e mandat tant désiré, Faure Gnassingbé semble le seul maître à bord du navire Togo et agit en tant que tel.

Signes de fébrilité et Psychose au sommet du Pouvoir Faure

Sur les questions politiques d’actualité, la mise en œuvre des réformes et l’organisation des élections locales, il reste impassible aux interpellations tous azimuts aussi bien des opposants que des évêques et des diplomates. Tout le Togo semble dépendre de ses humeurs. Mais visiblement, le pouvoir n’est qu’un géant au pied d’argile. Il donne en tout cas des signes de fébrilité qu’il urge de relever.

Sérénité et assurance de façade pour son pouvoir

Plus rien ne peut lui arriver, tel semble l’état d’esprit, ou mieux, l’assurance de Faure Gnassingbé, depuis le franchissement de l’obstacle qui était la présidentielle du 25 avril 2015, notamment la captation du 3e mandat. La présentation de sa candidature pour cette échéance importantissime était en effet la grande équation qui le préoccupait, craignant la réaction de l’opposition, du peuple et de la communauté internationale. Mais plus de peur que de mal. Il a passé sans encombre l’épreuve, vaincu sans péril et s’est tracé un chemin pour une gouvernance aussi élastique que celle de son géniteur.

Non seulement il n’a pas matérialisé les réformes constitutionnelles et institutionnelles de l’Accord politique global (APG) qui pouvaient lui constituer un obstacle pour sa pérennité au pouvoir, mais en plus il a eu le culot d’opposer en mai 2015 à Accra au Ghana une fin de non recevoir à la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) qui initiait un projet de protocole visant à limiter à deux les mandats présidentiels dans ses pays membres.

Aujourd’hui, le Prince donne l’impression d’avoir dompté tout ce beau monde. A preuve, il laisse ses adversaires politiques gesticuler (sic), utilise certains pour s’attaquer constamment à Jean-Pierre Fabre, ne donne même aucune suite aux courriers du chef de file de l’opposition dont lui-même a fait une Institution de la République, les diplomates occidentaux accrédités dans notre pays ne se mêlent plus de ces questions des réformes ou des locales, lassés sans doute d’être tournés en bourrique par les gouvernants et de voir que leurs pressions et interpellations à l’endroit du pouvoir ne portent nullement de fruit…

A tout cela, il faut ajouter la résignation manifeste du peuple togolais, seul détenteur de la souveraineté, et qui se manifeste par le manque d’affluence aux marches reprises par le CAP 2015 sur des questions légitimes que celles des réformes et des élections locales consensuelles. Les Togolais semblent avoir pris la résolution de subir, le message des évêques n’a eu aucun effet.

Sur le plan socioéconomique, cette autorité du Prince se manifeste aussi par des dépenses inconsidérées comme la réhabilitation à hauteur de 32 milliards de FCFA de l’aéroport de Niamtougou qui n’est utilisé que par la famille aryenne du Togo alors que les urgences sociales sont abandonnées, les hôpitaux publics manquent d’équipements et de produits minimums pour sauver des vies humaines.

Comme s’il manquait de soutien, Faure Gnassingbé a reçu lundi dernier, l’allégeance des Forces armées togolaises (FAT), les véritables acteurs de la pérennisation du clan RPT/UNIR au pouvoir. Et cela se passait le jour du 50e anniversaire de sa naissance ! Avec une opposition sans moyens financiers, non armée comme sous d’autres cieux, donc inoffensive, et aussi sans inspiration (sic), Faure Gnassingbé peut dormir des deux yeux et oreilles, son trône est bien protégé. Mais le régime n’est pas aussi serein qu’il ne paraisse. Il y a en tout cas de ces actes qui traduisent une certaine fébrilité.

Des signes manifestes de fébrilité

Déploiement en masse des corps habillés dans les rues lors des marches du CAP 2015. C’est le tout récent signe qu’il urge de relever. En effet, c’est un déferlement inhabituel des forces de l’ordre et de sécurité que l’on constate dans les rues de la capitale, à l’occasion des marches ressuscitées par le Combat pour l’alternance politique en 2015 (CAP 2015), comme si le pouvoir craignait quelque chose. A tous les carrefours, à tous les coins de rue, sont postés des policiers ou gendarmes bien protégés et matraques en main ; d’autres agents patrouillent presque à pied ou à bord des véhicules dans les quartiers et rues longeant l’itinéraire.

Le samedi 4 juin dernier, à l’occasion de la seconde marche, le quartier Hanoukopé, notamment les environs du terrain d’Akassimé qui en était la chute et où avait lieu le meeting, avait été complètement bouclé, les corps habillés écumant tous les parages. Certains agents ont été même aperçus jusqu’au marché. Le cortège des marcheurs est souvent encadré et parfois les agents zélés empêchent d’autres citoyens de pénétrer dans le cortège.

Ces jours de manifestation, on sort stratégiquement des chars et les positionnent sur l’esplanade de la Gendarmerie et du Commissariat central, comme pour dissuader des individus malintentionnés. Pourquoi le pouvoir se donne-t-il toute cette peine alors même que les militants de l’Alliance nationale pour le changement (ANC) et autres ont la réputation d’être disciplinés au cours de ces marches ? Ils ont en tout cas marché durant plusieurs années entre 2010 et 2015 sans jamais casser quoi que ce soit. De quoi a donc peur le pouvoir pour recourir à ces déploiements massifs des corps habillés dans les rues ?

Descentes inopinées dans les quartiers et saisie d’armes. C’est devenu la mode depuis quelque temps. Cela avait commencé avec les quartiers Nyékonakpoè, Kodjoviakopé et Hanoukopé. C’était un samedi, les habitants se sont réveillés avec des voisins inhabituels, des policiers et gendarmes qui arrêtaient les motocyclistes, saisissaient leurs engins, soumettaient les passants à des fouilles. Ils étaient même rentrés dans des maisons et dans des chambres qu’ils ont fouillées de fond en comble, à la recherche de on ne sait quoi. Des habitants ont été soumis à des interrogatoires bizarres. Chose inhabituelle, des militaires bien protégés étaient en alerte, positionnés aux grands carrefours, armes au poing. L’opération avait duré toute la journée, et selon le communiqué officiel du gouvernement rendu public dans la soirée, elle avait permis de saisir des produits illicites, mais surtout des armes. A quoi devraient servir ces armes ? Comment les forces de l’ordre et de sécurité ont-elles été alertées ? Mystère.

On croyait à un coup isolé. Mais l’opération a été récidivée dans les quartiers Wuiti et environs quelques semaines plus tard. Contrairement à la première qui avait lieu un samedi, celle-ci était organisée un jour ouvrable, et c’étaient les mêmes procédés. Des gens vaquant librement à leurs occupations et d’autres revenant de leur boulot ont été surpris par la patrouille, les riverains soumis à des désagréments. Ici aussi, le communiqué officiel rendu public dans la soirée a fait état de saisies de produits prohibés, mais aussi et surtout des armes et des cartouches. Ce qui pose les mêmes questions. Ces armes appartiennent-elles simplement à un réseau de braqueurs ou à des gens qui voulaient déstabiliser le pays ? Ces descentes inopinées sont-elles juste des opérations de routine sans rien de particulier ? Questions pour un champion. A l’allure où vont les choses, d’autres quartiers devront se préparer à subir ces mêmes affres.

Présumée tentative de déstabilisation du Togo par Antoine Randolph. Comment ne pas évoquer cette affaire qui avait défrayé la chronique en février dernier ? Alors qu’il rentrait librement au Togo via la frontière du Bénin après plusieurs années de carrière bien remplie en France, sa terre d’exil, afin de profiter de sa retraite méritée, le compatriote sera enlevé par des éléments des corps habillés et gardés au secret pendant plusieurs jours.

Il a fallu l’alerte de la presse, l’immixtion du chef de file de l’opposition dans le dossier pour que les autorités sécuritaires, notamment le ministre de la Sécurité et de la Protection civile ne communiquent sur l’affaire. Mais de quelle façon encore ? On en passe. On apprendra plus tard, par le biais des caisses de résonance du pouvoir, que le concitoyen est accusé de tentative de déstabilisation du Togo. Un grief qui a été confirmé par les autorités judiciaires. Il était allégué qu’Antoine Randolph recrutait des anciens rebelles ivoiriens pour venir déstabiliser le Togo, et que ce sont les services secrets de Côte d’Ivoire qui ont alerté Lomé. Il était même raconté que c’est son neveu qui aurait vendu la mèche. Mais contre toute attente, le pouvoir libéra celui qu’il présentait comme un Kpatcha Gnassingbé bis quelques semaines seulement après son arrestation. Y avait-il vraiment enrôlement de rebelles ivoiriens et plan de tentative de déstabilisation du Togo par Antoine Randolph ? Il faut être dans le secret des dieux pour le savoir. Cette affaire, plus personne n’en parle.

Et si toute cette agitation constatée depuis un moment était juste l’effet d’une psychose du pouvoir, notamment du Prince qui voit des putschistes partout ? Il faut l’avouer, le régime est loin d’être serein.

Source : Tino Kossi, Liberté

27Avril.com

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