Réformes au Togo : Le HCRRUN commence à bouger

498
La question des réformes politiques recommandées par l’Accord politique global (APG), avec la problématique de la décentralisation et des élections locales, constitue l’actualité. Après la marche du 21 mai dernier, le Combat pour l’alternance politique en 2015 (CAP 2015) organise une nouvelle manifestation ce samedi 4 juin, toujours pour réclamer ces réformes qui semblent effrayer Faure Gnassingbé.

Dans la foulée, les sources bien informées annoncent un atelier de « réflexion et d’échanges », initiative du Haut-commissariat à la réconciliation et au renforcement de l’unité nationale (HCRRUN). Volonté d’Awa Nana de vraiment s’impliquer dans ce processus d’actualité en vue de décrisper l’atmosphère ou simple manœuvre de diversion pour détourner l’attention de l’opposition ? La question mérite tout son pesant d’or, vu que ces réflexions et échanges (sic) sont menés quatre bonnes années après la remise du rapport de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) et malgré l’urgence des réformes.

Un atelier de «réflexion et d’échanges » du HCRRUN

11 au 15 juillet. Hôtel Radisson Blu 2 Février. Retenez ces dates et ce lieu. De sources informées, c’est au cours de cette période qu’aura lieu un « atelier national de réflexion et d’échanges sur les réformes politiques et institutionnelles », organisé par le Haut-commissariat à la réconciliation et au renforcement de l’unité nationale (HCRRUN). Cette rencontre devra regrouper des Institutions de la République, des départements ministériels, des partis politiques, des organisations de la société civile, des partenaires techniques et financiers, etc.

Créer les conditions favorables à la formulation et à la mise en œuvre des réformes politiques et institutionnelles, tel est l’objectif visé par le HCRRUN en organisant ces assises. Spécifiquement, il s’agira de permettre une compréhension commune du concept de réformes politiques et institutionnelles, de l’esprit et de la lettre des réformes telles que prévues par la CVJR, prendre en compte les réalités nationales, les bonnes pratiques en la matière pour innover, avoir une idée claire de l’implication des réformes dans le processus de réconciliation et le renforcement de l’Etat de droit, rappeler les rôles et les responsabilités de chaque acteur et de chaque partie prenante dans le processus des réformes.

Le HCRRUN a voulu ratisser large pour les besoins de la cause. Parmi les structures participantes, figurent:

  • le HCRRUN,
  • la Présidence de la République,
  • la Primature,
  • l’Assemblée nationale,
  • la Cour constitutionnelle,
  • la Cour suprême,
  • la Cour des comptes,
  • la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH),
  • la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC),
  • la Commission électorale nationale indépendante (CENI),
  • le Secrétariat permanent des réformes,
  • les départements ministériels.

La classe politique sera aussi bien présente. Au crédit des formations politiques attendues, il y a les partis parlementaires :

  • UNIR,
  • ANC,
  • CAR,
  • UFC,
  • ADDI,
  • Sursaut-Togo

Des partis extraparlementaires  aussi :

  • CPP,
  • CDPA,
  • PDR,
  • NID,
  • OBUTS,
  • NET,
  • PDP,
  • PSR,
  • MRC,
  • L’ALLIANCE,
  • Parti des Togolais,
  • PST et
  • UDPS.

Devraient être aussi de la partie des représentants :

  • des collectivités locales,
  • de la société civile,
  • de la chefferie traditionnelle,
  • des autorités religieuses,
  • des médias,
  • des organisations syndicales à l’instar de la Coordination des centrales syndicales du Togo (CCST) et de la Synergie des travailleurs du Togo (STT),
  • de la diaspora togolaise,
  • des partenaires techniques et financiers,
  • des universitaires, entre autres.

L’atelier privilégie l’approche pédagogique et interactive autour des communications axées sur des expériences et des expertises diverses.

Au niveau des exposés, ils se feront sous forme de panels autour de diverses thématiques :

D’abord « Les Républiques d’hier et la République d’aujourd’hui » : les trois premières Républiques seront analysées par un juriste, un politiste et un historien et la République d’aujourd’hui examinée en termes de forces, pratiques et faiblesses.

Ensuite « La République de demain » : ici seront abordés deux points, à savoir l’esprit et la lettre des réformes telles que contenues dans les recommandations de la CVJR, la capitalisation des bonnes pratiques avec les expériences du Togo et d’ailleurs. Puis « La République de demain dans sa conception » où seront évoqués les différents régimes politiques et la question du mandat présidentiel, la démocratie et la gouvernance locales.

Et enfin « La République de demain face aux enjeux et défis » : y seront évoqués les enjeux et défis de la mise en œuvre des réformes dans le processus de réconciliation nationale et de renforcement de l’Etat de droit ; et les rôles et responsabilités des acteurs et parties prenantes dans le processus de réformes.

Bonne foi ou simple manœuvre de diversion ?

La tenue annoncée de cet atelier est en somme une bonne nouvelle, surtout venant de Mme Awa Nana-Daboya et son HCRRUN qui se sont plutôt illustrés depuis leur installation par un laxisme et une indifférence ostentatoire face à cette problématique importantissime et d’actualité que celle des réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales recommandées par l’Accord politique global (APG) depuis le 20 août 2006. C’est cette question qui va encore faire descendre dans les rues samedi prochain, des militants des partis membres du CAP 2015 et les populations.

« Mise en œuvre des réformes et sauvegarde de la paix civile : L’indifférence notoire d’Awa Nana et de son HCRRUN face à la problématique », écrivions-nous dans la parution N°2196 du 19 mai dernier à l’avant-veille de la marche du 21 mai. Une façon d’appeler Awa Nana et son HCRRUN à leurs responsabilités. On ne peut que se féliciter de la tenue annoncée de cet atelier. Mais cela n’empêche de s’interroger sur les réelles intentions qui motivent son organisation. Doit-on voir une volonté sincère du HCRRUN et de ses responsables de booster la mise en œuvre de ces réformes importantes pour la décrispation politique au Togo ou de simples manœuvres dilatoires du pouvoir pour faire perdre du temps ?

La question peut paraître farfelue aux yeux de certains et faire couler de la bile. Mais elle est légitime à plus d’un titre lorsqu’on considère le timing. On le relevait tantôt, ces assises sont annoncées au moment où le CAP 2015 est dans les rues pour réclamer la mise en œuvre des réformes. « Est-il encore besoin de réfléchir sur la question des réformes ? », cette réaction d’un compatriote relance le débat sur l’utilité de ce fameux atelier annoncé. C’est une évidence que ce qu’il faut aujourd’hui, ce sont moins les nuages d’idées que des actes formels, comme l’envoi d’un projet de loi à l’Assemblée nationale par le gouvernement pour vote.

Les questions essentielles de ces réformes ont été abordées lors des pourparlers précédant l’APG et les points phares étaient le mandat présidentiel, le scrutin à deux tours. Ces deux sujets constituent la quintessence de la Constitution de 1992 dont les parties prenantes ont requis le retour aux fondamentaux. Le pouvoir a déjà transmis au Parlement un projet de loi rejeté en juin 2014 par ses propres députés. Mais n’empêche qu’il a toujours l’opportunité de récidiver. Un pareil atelier serait organisé il y a des années que l’on pourrait comprendre. Mais il intervient dix (10) ans après l’APG qui recommandait des réformes constitutionnelles et institutionnelles pour l’encrage de la démocratie et l’alternance au pouvoir, plus de quatre (04) ans après la remise par la CVJR de son rapport des travaux (c’était le 3 avril 2012), plus de trois (03) ans après la création du HCRRUN (Décret N°2013-040/PR du 24 mai 2013 modifié par le Décret N°2014-103/PR du 3 avril 2014) et plus d’un an après l’entrée en fonction d’Awa Nana et les siens ! « Parler de réflexion et d’échanges après autant d’années, soi-disant pour arrêter des formules idoines est rigolo. Ce dont on a besoin aujourd’hui, et tout le monde le sait, c’est un projet de loi qui serait voté par les députés. Il suffit pour Faure de donner des consignes aux députés de son parti et cela passerait comme une lettre à la poste. Toute autre démarche ne serait que diversion.

D’ailleurs plusieurs cadres de discussion créés ont déjà suffisamment planché sur ces questions », peste un compatriote qui ne voit rien d’autre derrière cet atelier annoncé qu’« une diversion, des manœuvres dilatoires pour démotiver le CAP 2015 qui a enclenché une dynamique de réclamation qui fera encore monter les tensions ».

Ce qu’il faut tout de même savoir, c’est que les recommandations issues de cet atelier annoncé seront transmises à la fameuse Commission de réflexion sur les réformes présidée par Mme Awa Nana-Daboya. Pour quelle suite ? Ces recommandations vont aussi se perdre dans les dédales, dormir dans les tiroirs jusqu’au prochain séminaire de…Quelqu’un parle d’un autre APG bis en perspective, avec cet atelier dont les résolutions vont aussi rester des années sans application. Visiblement, demain n’est pas l’aube pour la mise en œuvre des réformes.

Liberté

Togosite.com

LEAVE A REPLY