Mise en œuvre des réformes au Togo : De la nécessité pour le front anti-marche de faire ses preuves.

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La problématique de la mise en œuvre des réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales recommandées par l’Accord politique global (APG) reste d’actualité.

Mise en œuvre des réformes au Togo : De la nécessité pour le front anti-marche de faire ses preuves.

Ils étaient nombreux, les partis de l’opposition et/ou leaders à être démangés par l’initiative de la marche organisée le 21 mai dernier par le Combat pour l’alternance politique en 2015 (CAP 2015) et à monter au créneau pour la fustiger. Et si ces opposants à la marche mettaient en œuvre la démarche qu’ils trouvent idoine pour faire matérialiser ces réformes ?

Démangeaison générale pour une simple marche

L’objectif affiché, celui de réclamer la mise en œuvre des réformes et un processus de la décentralisation et des élections locales inclusif, mettre la pression sur Faure Gnassingbé afin qu’il fasse bouger les lignes, était légitime. La matérialisation des réformes aurait le mérite de décrisper un tant soit peu la crise politique traversée par le Togo depuis des décennies et éclaircir l’atmosphère politique suffisamment sombre depuis le captage par le Prince de son 3e mandat. Mais l’initiative du CAP 2015 a suscité une levée de boucliers dans les rangs mêmes de l’opposition. C’est un front anti-marche qui s’est promptement formé pour la circonstance.

Parti des Togolais, voilà l’une des premières formations à désapprouver la démarche du CAP 2015. Pour ce parti qui constitue une véritable déception du landerneau politique togolais, les conditions ne sont pas encore réunies pour une marche.

« Nous ne sommes pas dans cette dynamique pour le moment. Je pense que nous devons sensibiliser nos populations, leur expliquer les concepts qui sont cachés derrière cette notion de décentralisation que les gens ne comprennent pas encore. Les populations doivent d’abord comprendre cette notion, savoir pourquoi elles doivent revendiquer et ce qu’elles doivent revendiquer », a indiqué le 13 mai dernier, soit à une semaine de la manifestation, Nathanaël Olympio, le Directeur de Cabinet du Président national du parti Alberto Olympio. Il trouve la marche unilatérale. De par le passé, avait-il argué, le message porté par les partis politiques de l’opposition vers les populations a été «confus» à cause des besoins et des préoccupations multiples de ces populations. « Il y a tellement d’urgences. Nous devons arriver à quelque chose de clair et de précis pour que les populations ne soient pas perdues », a-t-il ajouté, faisant observer que ce n’est qu’après que des manifestations seront possibles.

Les Togolais avisés s’y attendaient, Agbéyomé Kodjo et son parti, l’Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (OBUTS) ne se sont pas fait prier pour descendre la démarche. Pour le nouvel opposant « nutritif », pardon, constructif du Togo, ce n’est pas le moment de descendre dans les rues pour poser ces réclamations.

«Nous osons espérer que les partis parlementaires qui ont rejeté un projet de loi introduit par le gouvernement fassent une légère modification d’une autre proposition de loi et la déposent à l’Assemblée nationale pour voir s’il y aura débat. Il n’y a pas eu au préalable cette démarche, et on dit qu’on veut aller marcher. Pour nous à OBUTS, s’il n’y a pas cette démarche, nous ne nous inscrivons pas dans cette logique de descendre dans les rues, histoire de faire pression sur le gouvernement », a déclaré le Vice-président Gérard Adja. Les responsables du parti trouvent même matière à exclusion dans l’initiative du CAP 2015. « Nous n’allons pas accepter qu’il y ait une opposition qui exclue les autres parce que nous avons l’impression qu’il y a un pouvoir exclusif et une opposition exclusive, ce qui est anormal dans un même pays », a ajouté l’adjoint d’Agbéyomé Kodjo.

La liste des opposants à la marche n’est pas exhaustive. On en comptait aussi parmi les acteurs de la société civile.

Les anti-marche attendus à l’œuvre

« Il va falloir trouver un autre mot pour pouvoir classer ces opposants de circonstance aux convictions aléatoires, les opposants de salon qui l’ouvrent une fois tous les X sans jamais rien proposer, ces dissidents du RPT/UNIR qui se comptent eux aussi dans l’opposition, font la courte échelle au parti usurpateur au pouvoir, ne s’opposent qu’à l’opposition et ne s’en prennent jamais à l’usurpateur ». Cette réaction de dépit d’un compatriote lance le débat de la démarche idéale pour l’effectivité de la mise en œuvre de ces réformes politiques aussi importantes et attendues depuis une décennie. Quelle est diantre la meilleure formule pour ce faire ?

Mise en œuvre des réformes au Togo : De la nécessité pour le front anti-marche de faire ses preuves.

L’initiative du CAP 2015 ne vient pas ex-nihilo. Faut-il le rappeler, le Chef de file de l’opposition Jean-Pierre Fabre a écrit en janvier 2016 à Faure Gnassingbé afin de l’interpeller sur la mise en œuvre des réformes, la problématique des élections locales et plein d’autres sujets. Mais ce dernier n’a même pas daigné répondre au courrier. En lieu et place d’une réaction idoine, il a fait prendre le décret d’application de la loi portant statut de l’opposition et concédé les avantages dus au chef de file de l’opposition.

Le président de l’Alliance nationale pour le changement (ANC) a parlé et écrit au ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales afin d’avoir le document sur la feuille de route sur la décentralisation et les élections locales. Mais il a été tourné en bourrique.

Un autre parti du CAP 2015, la Convention démocratique des peuples africains (CDPA) a aussi écrit aux autorités pour poser les mêmes revendications ; mais peine perdue. Mme Brigitte Adjamagbo-Johnson et les siens ont cru devoir prendre au mot Faure Gnassingbé qui se déclarait dans son allocution du 26 avril dernier, ouvert aux contributions diverses, en organisant un atelier les 28, 29 et 30 avril 2016, pour apporter leur pierre à la construction de l’édifice. Mais là aussi, le pouvoir n’a accordé aucune importance à leur démarche.

Dans le feu de la dynamique de « délégitimation » de la marche par les « opposants de l’opposition », il a été reproché à l’ANC de n’avoir pas introduit une (autre) proposition de loi de réforme à l’Assemblée nationale. Et pourtant il y en avait eu une première faite en novembre 2014 par l’opposition parlementaire mais qui n’a pas connu de suite favorable, simplement à cause du refus de l’opposition d’accorder des passe-droits réclamés à Faure Gnassingbé qui voulait briguer un 3e mandat. Le projet de loi initié par le gouvernement lui-même a été d’ailleurs rejeté en juin 2014 par les propres députés du RPT/UNIR. Il se pose alors plus que jamais la problématique de la démarche idoine et efficace pour la mise en œuvre des réformes. C’est ici que les anti-marche du CAP 2015 sont appelés à faire leurs preuves.

Le plus important n’est pas de dézinguer toute initiative que prennent les autres, notamment le chef de file de l’opposition et les siens. Ils ne doivent pas se contenter juste de critiquer ceux qui réfléchissent (sic) et initient des choses. En tant que formations politiques, ces anti-marche disposent sans doute des ressources humaines pour détecter la bonne formule pour obtenir ces réformes et les questions légitimes posées par le CAP 2015. C’est le moment pour eux de faire leurs preuves et démontrer qu’ils ne sont pas là seulement pour critiquer Jean-Pierre Fabre…

Source : [31/05/2016] Tino Kossi, Liberté

27Avril.com

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