Mévente dans les marchés du Togo : La galère des commerçants

718

L’un des secteurs clés de l’économie togolaise, le secteur commercial connaît d’énormes difficultés aujourd’hui. Au centre de ces difficultés, la mévente. Finies les années de gloire où les commerçants togolais sont cités en exemple dans la sous-région voire au-delà. Si certains n’ont pas encore plié leurs étalages et fermé leurs boutiques, ils sont sur le point de le faire. Et les commerçants au bord du gouffre, sont à la limite du supportable.

Mévente dans les marchés du Togo : La galère des commerçants

Depuis quelques années, le pouvoir d’achat des Togolais régresse lentement. Conséquence, les Togolais ont du mal à remplir leurs paniers. La recherche du prix le plus bas possible devient une règle d’or. La qualité est reléguée au second rang. Des grands marchés aux petits marchés de quartiers, le diagnostic est le même. Du petit commerçant de quartier aux grands commerçants, tout le monde crie sa détresse.

Aucun marché ne fait exception

Dès l’entrée du marché d’Adéwui, le constat est frappant. Il n’y a pas d’affluence. Les deux hangars que compte le marché  sont clairsemés.  Ici et là, les commerçants sont derrière leur étale. Ils attendent désespérément un éventuel client.

Il est 9 heures ce 04 mars 2017. Sous le premier hangar du marché, il y a  Mme Stéphanie, 35 ans environ, la main gauche sur la joue, derrière sont étale de tomate, le regard lointain déclare : «   je suis revendeuse dans ce marché depuis quelques mois mais le constat est qu’il n’y a pas de clients »

Derrière Mme Stéphanie sous l’autre hangar aussi clairsemé que le premier, se trouve Abdoulaye. Ce dernier, un Nigérien, la quarantaine, le sourire crispé confirme les propos de Stéphanie.

« J’ai acheté ces sacs de riz depuis des mois. Mais ils sont toujours devant moi. Personne ne vient ; même pas pour demander le prix. On a du mal. Sauf les revendeuses de nourritures s’en sortent un peu »

D’un autre côté, sur la quinzaine de boutiques que compte le marché, le 1/3 est fermé. « Si les boutiques sont fermées ou ne trouvent pas de preneurs,  c’est à cause de la mévente. Certains sont venus mais deux (2) ou trois (3) mois après, ils sont repartis. Ce qui fait que les gens ne veulent pas risquer  en investissant dans ce marché », explique Dédé, une ancienne commerçante du marché venue faire ses provisions.

Ce marché qui devrait être un pôle économique du quartier tend vers sa fermeture. Puisqu’à défaut des clients, les commerçants vont finir pas déserter le marché. A quelques kilomètres de là au marché d’Akodesséwa, la situation n’est guère reluisante.

Il est 14 heures ce 08 mars 2017. Le marché d’Akodésséwa est situé dans la banlieue-est de Lomé. Le mercredi, c’est le jour où le marché s’anime. Mais ce mercredi, le constat est amer : malgré l’affluence relative, les clients achètent moins. Mme Sagbo, 55 ans environ,  revendeuse d’ignames depuis une quinzaine d’années, le sourire laconique presque forcé, un pagne en bandoulière, confie : « Nous sommes dans ce marché depuis plusieurs années. Et la situation de ces derniers temps, on ne l’a jamais vécue. Les clients se font de plus en plus rares. La situation se détériore jour après jour».

A quelques mètres des étales d’igname de Mme Sagbo, on retrouve Mme Adjanon Adaku. Cette dernière, la quarantaine, vend de l’épinard, des tomates et des piments. Elle commerce dans ce marché depuis 5 ans.  Toute seule devant son étale, dans une robe jaune, très nerveuse, lance : «  Depuis ce matin j’ai rien vendu. Et ce n’est pas la première fois. Ça dure depuis des mois. Et je  ne sais quoi faire. Nos produits se gâtent. Je suis endettée jusqu’au cou ».

Pour les acheteurs l’explication n’est autre que la cherté des produits par rapport à leur revenu. « On vient au marché, si on ne trouve pas ce qui correspond à notre bourse, on repart. Aujourd’hui c’est difficile de manger et de s’habiller convenablement à Lomé », affirme Akou, 32 ans environ, coiffeuse, venue acheter des condiments.

Même les périodes de fête, la situation reste la même.

« Avant, pendant les périodes de fêtes ou des vacances, on vend bien. Mais actuellement tout le monde se plaint. Les gens disent qu’ils n’ont pas d’argent. Quand ils se décident à venir, c’est pour demander des rabais impossibles. C’est insupportable », témoigne Alpha, un Malien, détenteur d’une boutique de vêtements et chaussures au Grand Marché de Lomé. Et il n’est pas le seul.

« Les commerçants jouent un rôle important dans l’économie. Si  cette situation n’est pas solutionnée rapidement, on risque un effondrement économique et social », explique Liberté, étudiante, la vingtaine, venue aider sa mère, une revendeuse de poissons frais au marché de Bé.

Bien que de nombreuses sortes de produits soient disponibles aujourd’hui sur les marchés de Lomé, rares sont les consommateurs togolais qui peuvent les acheter. Malgré, une croissance économique que les autorités ne cessent de tambouriner, les salaires ne suivent pas le rythme. L’atmosphère morose dans les marchés en dit long sur la détresse des commerçants. Si cette situation perdure, le Togo va faire face à un véritable effondrement social. Aux conséquences, malheureusement imprévisibles.

Source : Augustin Amégandjin, Le Canard Indépendant

27Avril.com

LEAVE A REPLY