L’épopée des « faux Eperviers » met en lumière les maux du football togolais

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L’épopée d’une équipe de football togolaise s’étant faite passer pour la sélection nationale lors d’un match amical à Bahreïn a mis en lumière les maux qui minent ce sport au Togo, où il n’y a plus de championnat et où la Fédération connaît des crises à répétition.

Deux mois après l’affaire décrite par un observateur comme « tragi-comique », l’indignation et la confusion sont toujours vives dans le pays ouest-africain. Car si l’épisode peut faire sourire, il est en réalité lourd de conséquences.

« C’est une mauvaise image pour le pays, déjà, et pour l’équipe nationale, donc ça fait pas très sérieux », déplore Thierry Froger, sélectionneur du Togo. « C’est très, très gênant », d’autant que c’est la 2e fois, note-t-il, en référence à un match en Egypte lors duquel des joueurs togolais avaient arboré les maillots aux couleurs nationales sans autorisation.

A Bahreïn, les « faux Eperviers » ont été battus 3-0 et ce serait ce score surprenant qui aurait éveillé les soupçons de la fédération Bahreïnie.

« Ca tue le football dans notre pays et désormais plus personne n’aura confiance », déplore Dimas Dzikodo, directeur du quotidien privé Forum de la Semaine.

Une enquête judiciaire a été ouverte à Lomé et des personnalités ont été interpellées parmi lesquelles l’ancien ministre des Sports Antoine Folly. Et le débat autour de la Fédération togolaise de football (FTF) prend de l’ampleur.

En proie aux dissensions internes depuis des années, cette institution fonctionne mal. Son bureau a été dissout en décembre 2009 par la Fédération internationale de football (Fifa).

Gérée par un comité intérimaire depuis un an, la FTF tente de se restructurer et a élu ce week-end un nouveau bureau.

Beaucoup estiment que c’est ce flottement à la tête du football togolais qui a permis l’organisation du match de Bahreïn.

« Lorsqu’on en arrive là, c’est simplement parce qu’il y a un problème dans le pays. Actuellement le ballon ne roule plus (. . . ). Le Togo est le seul pays au monde affilié à la FIFA qui reste sans pratiquer le football pendant plus de deux ans, sans championnat. C’est quand même grave », estime Dimas Dzikodo.

Selon le journaliste qui a enquêté sur l’affaire, le coup n’a pu être monté sans des complicités à la FTF. « Il y a une implication très poussée au sein même de la Fédération togolaise de football ».

Thierry Froger, comme d’autres sources du milieu, estime que c’est « l’appât du gain » qui a motivé l’opération qu’il qualifie de « suicidaire ».

L’ex-entraîneur des Eperviers Bana Tchanilé est soupçonné d’avoir organisé la rencontre truquée. Il a présenté des « excuses » pour ses « erreurs » après le match et est désormais recherché.

Les « faux Eperviers » seraient des joueurs de première et deuxième division au Togo. Ils n’ont pas été inquiétés.

« Ils savaient qu’ils étaient en train de participer à un faux, c’est des joueurs qui en réalité doivent être punis », dénonce Dimas Dzikodo.

Le sélectionneur du Togo est lui plus clément. « On est au Togo, où les gens ont des problèmes, certains pour manger, d’autres pour vivre décemment (. . . ) s’il y a un pardon à donner à quelqu’un, c’est aux joueurs ».

Thierry Froger souhaite que les instances gérant le foot au Togo trouvent une entente « pour que le championnat redémarre vite ».

« Il faut prendre conscience que les gens ont besoin de sport et ont besoin de football. C’est d’utilité publique », affirme-t-il.

Jeune Afrique

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