L’argent des Africains : Sylvie, déplacée de guerre et vendeuse de beignets en Centrafrique – 136 euros par mois

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Sylvie Grekoudou, 37 ans, vend des beignets dans le camp des déplacés de l’aéroport de Bangui. Elle a fui les violences de décembre 2013 à Bangui pour se retrouver dans ce camp avec ses sept enfants. Sans soutien, elle a lancé son commerce pour « joindre les deux bouts ». Pour ce nouveau volet de la série sur l’argent des Africains, elle nous dit tout sur ses dépenses mensuelles et ses projets pour le futur.

« Quand je suis arrivée dans ce camp, je n’avais quasiment rien. Si je ne n’avais pas lancé ce petit commerce, je ne sais pas où on en serait aujourd’hui », lance Sylvie Grekoudou tout en sortant des beignets de l’huile chaude. Son mari a été abattu par des éléments de la Séléka le 6 décembre 2013. « Ils l’ont accusé d’être un Anti-Balaka. La nuit, ils sont revenus tirer des coups de feu devant notre maison. Je suis partie avec mes enfants pour éviter qu’il leur arrive malheur », raconte-t-elle.

La jeune mère de 37 ans était couturière dans le quartier Combattant, proche de l’aéroport de Bangui. « Mon mari était inspecteur des impôts et on parvenait à équilibrer nos revenus pour mettre nos enfants dans des conditions stables », se souvient-elle. Aujourd’hui, plus de machine à coudre, plus de clients et… plus de mari.

Salaire : 136 euros par mois

Pour s’occuper de ses enfants, elle a trouvé une idée originale : faire des beignets à l’aide des petits pois distribués par le Programme alimentaire mondial aux déplacés. « Au début, on ne faisait que manger ces petits pois jours et nuits parce qu’on n’avait pas autre chose. Mais maintenant, avec les bénéfices de mon commerce, on peut varier les aliments qu’on mange. »

 

Pacôme Pabandji pour Jeune Afrique.

Camp des déplacés de l’aéroport de Bangui. © Pacôme Pabandji pour Jeune Afrique.

Sylvie doit passer 12 heures sous le soleil chaud de Bangui, à l’entrée du camp des déplacés pour vendre ses beignets et gagner 62 972 F CFA, soit 96 euros par mois. « Je sais que c’est un sacrifice mais je le fais pour mes enfants. Car il faut que j’écoule tous les beignets faits le même jour. Si je ne le fais pas le jour-même, c’est une perte », reconnaît Sylvie. Mais depuis quelques mois, la jeune couturière a pu obtenir un petit « travail » à côté : un centre de formation en couture fait appel à elle pour dispenser des cours.

Là, elle gagne presque 40 euros par mois. « Ça me permet de faire des provisions pour mon commerce. » Ses provisions, elle les achète quand il y a distribution de vivres aux déplacés du camp par les ONG humanitaires. Certaines familles vendent leurs vivres pour s’acheter autre chose, de son côté elle en profite pour faire de bonnes affaires sur des bidons d’huile et les petits pois. Elle dépense chaque mois près de 50 euros pour ses provisions.

Transports et courses : 60 euros

Sylvie enseigne la couture dans le centre de formation qui l’a employée, trois fois par semaine. Pour s’y rendre, elle se déplace à moto-taxi. Pour l’aller et le retour en un jour elle dépense 0,75 euros. Pour ses petites courses, elle dit ne pas avoir besoin de payer un taxi. « J’économise sur tout. En plus, le marché de Combattant n’est pas loin du camp. Du coup je fais tout sur place. » Ce qui lui revient à 10 euros de transports mensuels. Dans le camp, elle fait partie d’une organisation de femmes déplacées qui cotisent 6 euros mensuellement qu’elles remettent à l’une d’entre d’elles. Elles appellent cette opération la « tontine ».

Pacôme Pabandji pour Jeune Afrique.

Des enfants jouant dans le camp des déplacés de l’aéroport de Bangui. © Pacôme Pabandji pour Jeune Afrique.

Dépenses pour les enfants : 70 euros

« Tout ce que je fais, je le fais pour mes enfants », juge-t-elle. C’est d’ailleurs la plus grosse dépense sur son budget mensuel. Et pourtant, la jeune mère ne s’en plaint pas. Sur ses sept enfants, quatre sont inscrits à l’école, ce qui représente un coût mensuel de 15,2 euros. En plus de s’occuper de leurs repas quotidiens, elle se charge de leur donner de l’argent de poche, environ 7,5 euros par mois au total. Elle dépense encore près d’une cinquantaine d’euros dans la nourriture et les fournitures diverses qu’il faut acheter pour ces derniers. « Je ne parviens à rien épargner. On vit par la grâce de Dieu mais je sais que si mes enfants réussissent, je ne souffrirai pas demain. C’est pourquoi je mise sur leur éducation et leur bien-être. »

Jeune Afrique

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