L’APG, caduc selon le RPT/UNIR : Avenir politique ombrageux pour le Togo

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Depuis quelque temps, le débat sur la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles de l’Accord politique global (APG) du 20 août 2006 est ressuscité et bat son plein. L’opposition, notamment le Combat pour l’alternance politique en 2015 (CAP 2015) a renoué avec les marches dans le but de remettre la pression sur Faure Gnassingbé afin qu’il fasse matérialiser ces réformes importantes pour l’enracinement de la démocratie et pour la paix civile au Togo. Mais de toute vraisemblance, ces efforts seront vains.

L’APG, caduc selon le RPT/UNIR : Avenir politique ombrageux pour le Togo

Pour le RPT/UNIR, l’APG est caduc. C’est en tout cas ce qu’a déclaré son représentant au cours d’un débat public initié par la Plateforme citoyenne Justice et Vérité et l’Initiative Afrobaromètre. Et une telle mentalité jette un voile noir sur l’avenir politique de notre pays.

L’APG est caduc pour le RPT/UNIR

La problématique de la mise en œuvre des réformes constitutionnelles, institutionnelles, électorales et le processus de la décentralisation et des élections locales ne laissent visiblement personne indifférent. Ces deux thématiques ont été l’objet d’un débat public qui a eu lieu jeudi dernier à l’Hôtel Eda Oba, organisé par la Plateforme citoyenne Justice et Vérité (PCJV) et l’Initiative Baromètre et auquel ont participé des représentants de la classe politique, à savoir l’Union pour la République (UNIR), l’Alliance nationale pour le changement (ANC), le Comité d’action pour le renouveau (CAR), l’Alliance des démocrates pour le développement intégral (ADDI), l’Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (OBUTS), mais aussi de la société civile.

« Les réformes politiques en lien avec la réconciliation » et « La décentralisation en lien avec la réconciliation », tels étaient les deux sujets ayant constitué le menu de ce débat fort apprécié des citoyens. Il aura surtout permis de connaitre la vraie position du pouvoir RPT/UNIR sur ces questions majeures, à travers son délégué Florent Badjam Maganawé, ancien ministre des Enseignements primaires et secondaire. Si sur les deux thèmes, le représentant du parti au pouvoir n’a pas été convaincant, suscitant parfois de l’hilarité dans la salle à certains de ses propos, c’est sur le premier surtout qu’il aura créé scandale. « Caduc », ainsi a-t-il déclaré l’Accord politique global qui a prescrit des réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales visant à consolider la démocratie. « L’APG est dépassé parce que la Commission électorale nationale indépendante, le découpage électoral, les droits de l’Homme, beaucoup de choses ont été faites, et c’est dans l’APG », a-t-il dardé en guise d’explication. Pas trop étonnant, venant de Florent Maganawé qui laisse souvent tout sortir de sa bouche sans contrôle. Les représentants des syndicats des enseignants peuvent témoigner, eux qui ont entendu des insanités, du genre ils puent l’alcool…

Volée de bois vert sur Florent Maganawé

Cette déclaration de Florent Maganawé qui déclare que l’APG est caduc, et donc fait une croix sur les réformes a été vécue comme un véritable scandale par les représentants de l’opposition et de la société civile à ce débat. Le délégué du RPT/UNIR a été repris de volée par tous ses interlocuteurs qui sont offusqués par ses propos.

« (…) Je suis d’ailleurs heureuse que le débat qui avait remué la société togolaise trouve sa réponse dans ce que le représentant d’UNIR a dit qu’ils ne veulent pas les réformes. On avait accusé l’ANC d’être le parti qui a tout fait pour saboter les réformes. Je note aujourd’hui que le rejet du projet de loi et la mise en stand-by de la proposition de loi faite par les députés de l’opposition sont du pouvoir », a rétorqué Me Isabelle Améganvi, 2ème Vice-présidente de l’ANC qui représentait son parti à ce débat public, après avoir opposé un grand « NON » à cette caducité de l’APG alléguée par Maganawé.

Même son de cloche chez Me Dodji Apévon du CAR qui, avec une petite dose d’ironie, a relevé n’être nullement étonné d’entendre le représentant du pouvoir faire ces déclarations et surtout rappelé à son interlocuteur les réformes « essentielles » qui n’ont pas été mises en œuvre, à savoir la limitation du mandat présidentiel, le mode de scrutin, la transparence des élections et le problème de découpage électoral.

Le représentant de l’ADDI, Dr Kperkouma Walla s’offusque de ces propos d’autant plus que les réformes prescrites par l’APG ont été reprises par la Commission Vérité, Justice et Réconciliation dans son rapport rendu le 3 avril 2012. « La question est de savoir si ces réformes ont été faites, la CVJR reviendrait là-dessus. L’essentiel des réformes qui doivent être opérées afin de créer une atmosphère apaisée, n’est pas encore fait », a-t-il relevé.

Agbéyomé Kodjo, le patron de l’OBUTS aussi (sic) qui a entre-temps fait un mercato politique retentissant et rejoint ses anciennes amours, n’a pas partagé cette sortie de l’envoyé de son nouvel ami – suivez les regards – au débat.

Même ressentiment au niveau de la société civile. « Qu’on prononce la caducité d’un accord qui a été signé et auquel les parties n’ont pas renoncé ou qu’elles n’ont pas fini d’exécuter, cela pose un problème. Tout le monde est d’accord aujourd’hui qu’il faut les réformes, et la question n’est plus s’il faut faire ces réformes. La question à laquelle on doit répondre est plutôt : pourquoi on ne fait pas ces réformes ? Les faits montrent que rien n’est fait et l’Etat ne montre pas qu’il veut les faire », a déclaré le président du Collectif des associations contre l’impunité au Togo (CACIT), Spéro Mawulé.

« La communauté internationale et nationale a compris que le Togo avait un certain nombre de problèmes récurrents dont les plus importants sont les réformes constitutionnelles et institutionnelles, notamment la limitation de mandat, la possibilité d’alternance, le problème de l’armée et d’organisation des élections. Ce sont les réformes qui intéressent le pouvoir qu’il fait en laissant de côté la quintessence de ce qui a été proposé dans l’APG », renchérit Jean Dégli, le président de l’organisation de la société civile « Bâtir le Togo ».

Même le Directeur de la Décentralisation, Amlalo Messan Sédoh qui représentait le Gouvernement à ce débat n’a pas apprécié les déclarations de Florent Maganawé. « Je pense que l’APG ne peut pas être enterré. Il faut avancer davantage pour que les réformes soient faites et que le peuple soit ragaillardi », a-t-il conseillé.

La mentalité du pouvoir confirmée, avenir ombrageux pour le Togo

Au-delà des réactions légitimes suscitées, ces propos de Florent Maganawé ne sont que la révélation et/ou la confirmation de la réelle mentalité du pouvoir face à cet accord. Au moins cette déclaration qui n’est que la position (officieuse) du parti au pouvoir aujourd’hui rendue publique situe l’opinion sur ce que pense réellement Faure Gnassingbé de l’APG et le sort qu’il réserve aux réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales prescrites. Cette caducité décrétée a au moins le mérite de mettre un terme au suspense. « Maganawé est tout simplement envoyé par Faure pour signifier à ses opposants qu’il n’y aura pas de reformes tant qu’il vivra et est au pouvoir. Il ne doit plus être question de discuter avec ces messieurs (…) Quand le rapport des forces sera équilibré, cette minorité va céder», a pesté sur la toile un compatriote qui, devant l’obstruction de la voie du dialogue, prescrit à l’opposition la solution d’une force alternative proportionnelle à celle du pouvoir– avec tout ce que cela s’entend – pour l’affronter.

Avec ces propos, le RPT/UNIR met donc un terme à ce débat sur l’APG et les réformes qui dure depuis dix (10) ans. Faut-il le rappeler, avant Florent Maganawé, un autre ponte du pouvoir proclamait en octobre 2014 la caducité de l’APG. Il s’agit d’Aboudou Assouma, Président de la Cour constitutionnelle censé pourtant être au-dessus de la mêlée.

« L’Accord politique global est caduc aujourd’hui. Ce n’est pas le pouvoir qui l’enterre. Il est tout simplement caduc. De 2006 à ce jour, beaucoup de pas ont été franchis. Le Togo dispose aujourd’hui d’une Assemblée nationale pluraliste et plurielle qui doit jouer pleinement son rôle. Le contexte dans lequel l’APG avait été signé n’est plus le même aujourd’hui ; cela doit être clair pour tous les acteurs politiques », déclarait-il. Le message envoyé ou plutôt la leçon à tirer par l’opposition est que tous autres dialogues, concertations informelles et initiatives prises par le régime lui-même ou sur recommandation ne seront que trompe-l’œil.

Le chef de file de l’opposition a beau écrire à Faure Gnassingbé pour le relancer sur les réformes ou les élections locales, le CAP 2015 a beau marcher, le pouvoir a déjà décrété la caducité de l’APG et tout son contenu, et donc fait une croix sur les réformes. C’est ici que l’on doit se faire du mauvais sang pour l’avenir du Togo. Car ces propos sont dangereux et poussent l’opposition et le peuple désireux de goûter à l’alternance à explorer des pistes de solutions extrêmes.

Le Prince ne compte pas faire les réformes qu’il conçoit comme une façon de se faire hara-kiri. Florent Maganawé l’a avoué à demi-mot : « Quand on parle des réformes… tout ce qu’on entend, c’est que le président s’en aille et que nous opposition, on vienne s’asseoir (…) », et d’avouer presque l’impossibilité de cette option : « Si on (Ndlr, l’opposition) pense que les réformes doivent être synonymes de « UNIR doit partir », alors NON ». Pour Maganawé qui n’exprimait que la position du pouvoir, l’essentiel c’est d’aller aux élections (verrouillées de tout temps). « Il ne s’agit pas de démissionner, il s’agit d’aller aux élections et de les gagner… alors si vous ne vous organisez pas pour gagner, nous (Ndlr, UNIR) n’allons pas vous organiser à votre place », conclut-il.

Il faut le rappeler, l’APG a été légitimement peint comme la « Bible politique » du Togo par l’ancien président malien Alpha Omar Konaré, car ayant permis de plancher sur des questions sensibles sources de tensions politiques au Togo, diagnostiquer les maux politiques qui minent le pays et surtout prescrit les recettes pour en sortir, les réformes, lesquelles visent à consolider la démocratie, l’Etat de droit et la bonne gouvernance. Il était notamment recommandé de revoir le régime politique approprié au pays, la nomination et les prérogatives du Premier Ministre, les conditions d’éligibilité au mandat de Président de la République, la limitation de la durée du mandat présidentiel, entre autres.

C’est triste que le pouvoir déclare la caducité de cet accord et fasse une croix sur les réformes. Cette position explique pourquoi depuis 10 ans, Faure Gnassingbé ne s’est jamais gêné de les mettre en œuvre. Après avoir profité de l’APG qui lui a accordé la légitimité qui lui manquait après les tueries d’avril 2005, le voilà qui jette cet accord à la poubelle, fait une croix sur les réformes, couillonnant tout son monde, l’opposition, la communauté internationale et inaugurant ainsi une période d’incertitudes pour le Togo. On doit simplement avoir peur pour l’avenir du pays.

Source : [13/06/2016] Tino Kossi, Liberté

27Avril.com

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