Les Togolais se portent-ils mieux en douze années de règne de Faure ?: Ce que coûte l’absence de démocratie et d’alternance politique au Togo

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Les Togolais se portent-ils mieux en douze années de règne de Faure ?: Ce que coûte l’absence de démocratie et d’alternance politique au Togo

« Il y a quelque chose de puérile dans le goût de la grandeur ». Pour Jean ROSTAND, dans Pensée d’un biologiste, les risques énormes de perte de vies humaines dans la recherche forcenée de la grandeur à n’importe quel prix sont dans les transgressions immorales et dans les impostures cumulatives des héros à rebours. Ils sont toujours au firmament du non sens, parce qu’ils sont prêts à renverser la logique, l’éthique pour prendre résidence dans les excentricités stériles avec l’illusion d’un sur-homme.

Nous avons tous vu comment le fils du « Timonier » s’est extasié d’une éclipse qui le porta au pouvoir avec un millier de Togolais sacrifiés à l’autel d’une exécution testamentaire, clamée haut et fort pour justifier une répression fauve. D’un cynisme débordant, le fils d’Eyadéma avoue avec aisance au Palais des congrès que la descendance GNASSINGBE ne pouvait laisser le pouvoir lui échapper au risque de ne plus jamais le rattraper selon les déclarations et les instructions prémonitoires de son propre père.

Les ordonnances et les prescriptions de GNASSINGBE, père semblent être les justifications d’un embrigadement politique avec toutes les tragédies politiques de succession et toutes les fractures d’une République qui a tout perdu dans ses repères, dans la construction de la concorde nationale, dans un vivre-ensemble. Le règne d’usurpation et de spoliation renvoie la population à une distanciation, parce qu’elle ne se reconnaît nullement dans les dérives de ceux qui s’attribuent des places dans les institutions fossilisées d’une République en rebut. Ils sont si licencieux que leurs propres engagements résonnent en des pièces de comédie. Ils n’ont d’inclination qu’aux parjures et aux affabulations d’autorité. L’ostracisme citoyen frappe les régimes solitaires, pervers qui vivent en vase clos, dans un sectarisme fracassant et qui n’ont aucune chance de sursaut de conscience.

L’esprit pauvre de gouvernance non seulement affaiblit l’horizon des dirigeants aux principes corrompus, mais fait dépérir toutes considérations et toutes les valeurs auxquelles adhèrent les citoyens contraints à penser leurs propres places ailleurs, loin de la République. L’image d’un pays en retard d’évolution nous met en situation complexuelle pour peu que nous levons le regard par-dessous nos frontières. La misère orthogonale nous crucifie dans le silence. La saignée des jeunes pour l’expatriation dans un pays sans avenir atteste le grand échec d’un règne déviant, aggravé d’esclavagisme pour le compte du service de la dette. Les ruines politiques, morales, judiciaires, économiques, sociales se perpétuent sans discontinuité sous le père et sous le fils qu’on peut se demander l’échelle à laquelle le Togo existe.

L’eau potable, l’éducation, les questions de santé, le pouvoir d’achat, le chômage, les problèmes de sécurité ont-ils connu une quelconque amélioration en douze ans de règne d’un roitelet à l’image d’Eyadéma ?

1) Le refus de démocratie et ses corvées pour le peuple

L’opacité de régence des affaires publiques donne un fouet certain à l’enrichissement illicite qui dépossède les populations des services publics, du mieux-être, des jouissances de la richesse nationale. Ceux qui font la minorité « fauriste » sont aujourd’hui assis sur les régies financières et les sociétés d’Etat ; ils sont autant administrateurs que commerçants avec les ressources du pays totalement « privatisées » à leur compte et couverts d’un parapluie atomique de l’impunité. Les richesses et les fortunes illégalement accumulées de la spoliation du peuple sont expédiées dans des banques étrangères et dans les paradis fiscaux sans un soupçon d’investissement sur place pour créer de vrais emplois, doper le secteur privé, prêter levier à la croissance et au développement humain.

En cinquante ans de règne dynastique et aux cruautés multiples pour une pérennisation des privilèges familiaux, claniques, l’organisation de la cité sur des bases « ethnicistes » doublée des faire-valoir à la périphérie du pouvoir ne peut s’offrir le luxe de la transparence ni des élections justes, équitables, incontestables. Les habitudes vieillies font le moule à l’usurpation, à l’imposture, aux crimes d’Etat pour contraindre tous ceux qui lorgnent vers l’alternance à s’écarter de leurs ambitions légitimes et de la volonté populaire. Le libre cours donné à la prédation en circuit fermé de nos fontaines de richesses par la galaxie d’une oasis de régence de la République a propulsé le peuple du Togo dans l’indigne absolue. Les besoins sociaux sont toujours vertigineux pour une population qui croît vite, mais le budget reste squelettique et insignifiant pour faire face aux attentes du pays.

Ainsi, nous sommes indéniablement dans une marche à reculons d’année en année pour atteindre l’hypothermie économique avec des clignotements au rouge, gonflés d’un harcèlement des usuriers préteurs, résolus à vendre même nos cadavres pour se faire rembourser.

Pour René Dumont, dans l’Afrique noir est mal partie, la prospérité se créée par l’épargne et le réinvestissement judicieux, productif pour financer le développement. La dynastie perverse et de courte vue n’a aucun objectif de service public à défendre pour échafauder un plan de construction d’un avenir radieux profondément assumé et dégager l’horizon national. Elle n’a que de flatteries et de trahisons à servir aux togolais dans des gesticulations ampoulées et médiatico- ridicules pour se donner bonne conscience dont se moque un peuple lucide, intelligent qui, avec l’expérience du temps, sait flairer les espiègleries organisées.

Le désastre politico-social est visible dans un pays où les populations sont en loques, écrasées par une misère brulante, un dénuement complet que dépeint royalement le faible taux de consommation et les plaintes des commerçants dans tous les secteurs de la vie économique. Les togolais se laissent mourir faute d’argent pour assurer les soins de santé. Les pharmaciens du Togo peuvent mieux nous renseigner sur les grandes difficultés à écouler les médicaments des maladies bénignes, cycliques, parce que la masse active s’est repliée sur les médicaments de rue.

Le refus démocratique frappe de pénalité nos concitoyens radicalement dépossédés de l’appétit de vivre et de la dignité de se sentir homme. Les énergies créatrices par le bas s’éteignent au Togo, dans une civilisation de vertiges, parce que le pays est dans une strangulation dynastique dépourvue d’espérance au regard de la liturgie de faux et du foisonnement des scandales qui constituent le marchepied d’un régime rougit par le sang et qui n’a le meilleur génie que de promouvoir la classe des milices nommément identifiée par des enquêtes onusiennes sur les crimes de masse dans notre pays. Montesquieu qui sait observer les républiques dans leur évolution dit à juste titre dans L’esprit des lois : «Les grandes récompenses dans une monarchie et dans une république sont un signe de leur décadence, parce qu’elles prouvent que leurs principes sont corrompus ».

2) Résistance citoyenne : désobéissance civile et non-coopération

Les hommes prennent vite conscience de ce dont ils sont dramatiquement dépouillés. Les images quotidiennes qui inondent le regard des citoyens sur le mode de gouvernance par la transgression et la spoliation fleuries de répressions cruelles au Togo les déterminent, les arrachent de toutes sympathies et de toutes cautions à la tragédie humaine orchestrée par une lamelle « identitaire » tranchante en crimes autoritaires et en holdup électoraux. C’est par la force des images que s’accomplissent les motivations les plus fermes, les plus populaires.

Ceux qui s’étonnent des écarts de comportement de nos compatriotes face à l’autorité et à la chose publique ne réalisent pas la proportion de chocs et de révoltes qui perturbe l’âme du citoyen pour faire de lui, le combattant radicalement affirmé dans une rupture avec les pratiques dynastiques aux antipodes des attentes et des aspirations légitimes du peuple togolais. Distance et distanciation font l’arme infaillible de la résistance citoyenne. Quand on voit ce que vaut l’exhortation du régime aux opérations de propreté mensuelle de nos villes par rapport au répondant de nullité enregistré à chaque occasion, il y a lieu d’inférer que la différence glaciale des Togolais participe d’un mépris pour le régime qui ne sait rien respecter ; pas plus que ses propres engagements. Les faux serments inutilement clamés dans la propagande médiatico-publicitaire n’ont jamais édifié une autorité. Tout gouvernement, tout régime qui se flatte d’une présence médiatique sans une effectivité de fonctionnalité, de justice, d’éthique se dispense de faire la politique. Il tourne en des flots de gesticulation qui élèvent les ruminations et les frustrations jusqu’à l’implosion sociale.

Le vivre-ensemble est cruellement inexistant dans notre pays, parce que la solidarité populaire avec l’action du gouvernement s’est effacée et laisse une couronne à un chef auto-intronisée et qui ne daigne respecter la Constitution, faire l’Etat de la Nation, déclarer ses biens à l’occasion des présidentielles. La projection de l’Etat sur une communauté nationale pour tricoter un avenir en partage n’est nulle part envisageable. Ce qui signifie que la République togolaise sous Faure GNASSINGBE est un leurre. Aucun service public ne tient son rang ; toutes nos institutions sont fossilisées et plongées dans des ravins éthico-moraux. La preuve en est que nous sommes devenus dans les services administratifs du pays des esclaves de la légion étrangère après plus de quarante ans d’investissements matériels , humains dans nos facultés de référence en économie, en gestion, en sociologie et autres. Les togolais ne s’appartiennent plus. Là où les gouvernants font appel aux talents extérieurs après avoir formé leurs propres cadres dans les mêmes matières, les mêmes domaines, il faut être certain que l’imagination leur font défaut ou qu’ils ont beaucoup de choses à se reprocher dans le devoir d’organisation de la république.

La pédagogie par l’exemple est la seule force de persuasion qui embarque les peuples aux côtés de leurs chefs, de leurs leaders. Sous le règne d’un globe –trotter, nous avons en douze ans perdu l’administration de nos régies financières, de nos hôpitaux, de nos ministères, de nos écoles pétillantes en crève, de nos universités sans moyens didactiques, sans amphithéâtres, sans professeurs, de nos banques au cumul de déficit, de notre commerce presque entièrement entre la main des étrangers. Aussi, avons-nous-aussi perdu confiance en notre République moribonde. Seule la foi en l’Alternance politique nous rassemble de plus en plus dans un regain de conscience et de combat parce que : « D’un pays sans espoir, naissent des enfants sans crainte » Il veut être « prince » à n’importe quel prix, il a perdu la République.

Didier Amah DOSSAVI

Source : www.icilome.com

1 COMMENT

  1. “Au risque de ne plus jamais le rattraper”. Le Togo est une monarchie ? Non ! Qu’il sache que la famille Gnassingb, quoi qu’elle veille quittera le pouvoir. Au monde entier de nous aider virer ces dinosaures dont l’amour et l’me de l’tre humain ne leur disent rien. L’alternance politique au Togo, serait un dcollage conomique et politique pour toute l’Afrique.

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