Le Togo et le culte de la médiocrité

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« Le propre de la médiocrité est de se croire supérieur » – François de La Rochefoucauld

Notre pays qui aspire à l’émergence à l’horizon 2030, a inscrit l’économie numérique au cœur de son développement. Fort de l’enjeu que représentent les technologies de l’information et de la communication, le gouvernement avait exprimé récemment sa volonté de faire de l’économie numérique un secteur stratégique pour l’ensemble de l’économie nationale.

Le Togo et le culte de la médiocrité

Mais le gouvernement a-t-il réellement les moyens de sa politique ? Le Togo est l’un des pays en Afrique, à avoir un parc informatique très limité et un accès réduit à Internet. Lorsqu’on parle dans certains pays de fracture numérique du fait de l’inégalité de l’accès à Internet, au Togo il s’agit plutôt d’analphabétisme numérique.

Pourtant début 2012, Faure Gnassingbé avait procédé en grande pompe, à l’inauguration du câble sous-marin censé doubler les capacités des connexions ADSL. « Ca y est ! Le Togo est désormais un pays moderne. L’acte posé hier par le chef de l’Etat au point d’atterrissement du WACS à Afidegnyigba a, en effet, propulsé définitivement les Togolais dans l’univers du multimédia et du très haut débit. Désormais connecté directement depuis sa côte, le Togo peut aujourd’hui se permettre toutes les applications numériques possibles et offrir tout service demandant une large bande passante », s’était enthousiasmé Togotelecom sur son site. Le Directeur général d’alors, Sam Bikassam y était allé de ses envolées lyriques. « Le projet WACS aujourd’hui achevé, de par sa capacité et la distance, est de loin, le plus grand projet de câble sous-marin réalisé ces dix dernières années », a-t-il déclaré.

Mais le « haut débit » promis avec tambour et cymbale n’était qu’un leurre. La qualité de la connexion au réseau Internet est d’une défectuosité effarante. Et point n’est besoin de revenir sur les désagréments que subissent les consommateurs au quotidien. La vérité en fait, c’est qu’il y a deux types de connexion internet, le très haut débit réservé exclusivement à la minorité pilleuse, et la médiocrité pour l’écrasante majorité des Togolais. «L’Internet qui est au Togo est réservé à Lomé II et à Togo Télécom, point final», révélait Alberto Olympio.

Aujourd’hui, c’est Vincent Bolloré qui se décide à sauver le Togo de son alphabétisme numérique. Si l’industriel français n’existait pas, le pouvoir de Lomé l’aurait certainement créé. Le patron de Vivendi va doter le pays ainsi que d’autres africains de la fibre optique. C’est ce qu’a annoncé avec enthousiasme, le site du gouvernement togolais, republicoftogo.com : « Selon la chaîne de télévision BFM Business, Vivendi, le Groupe multimedia présidé par Vincent Bolloré, a lancé en toute discrétion la construction d’un réseau de fibre optique d’environ 5000 kilomètres couvrant une demi-douzaine de pays africains ». Tout gaiement et toute honte bue, on se félicite que ce soit Vincent Bolloré qui offre de la fibre optique à tout un pays. Le culte de la médiocrité atteint son summum au Togo.

Dans les années 1990, le régime de Gnassingbé Eyadema avait même refusé la participation du Togo au premier projet de déploiement d’un câble sous-marin de fibre optique parce que son entourage lui avait fait croire qu’on s’en servirait pour lui faire un coup d’Etat. Ignorance quand tu nous tiens ! Apparemment, l’histoire ne nous avait pas servi. Tout récemment en 2012, un nouveau projet ACE (Africa Coast to Europe), un câble sous-marin desservant la côte occidentale de l’Afrique a été lancé. Un projet qui a l’avantage d’améliorer la connectivité, de démocratiser l’accès à Internet et à la téléphonie et de rendre les prix plus abordables pour les usagers. Mais le Togo était encore aux abonnés absents. Cela n’étonne pas qu’on soit toujours à la traine…

Source : Médard Amétépé, Liberté

27Avril.com

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