L’argent des Africains : Yasmina, retraitée et gérante d’une table d’hôtes en Algérie – 960 euros par mois

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Yasmina est une jeune retraitée de l’Éducation nationale qui après avoir raccroché sa blouse d’enseignante a enfilé son tablier pour ouvrir une table d’hôtes à Alger. Sous le magnifique citronnier du jardin, elle nous a ouvert son porte-monnaie.

Si ce n’étaient ses mèches blanches, Yasmina Sellam paraîtrait dix ans de moins. Élancée comme une tige de bambou, énergique comme un agrume, la maîtresse de la table d’hôtes « Dar Djeddi » ressemble, à 61 ans, à son radieux jardin lové au cœur de la forêt de Bouchaoui, à l’ouest d’Alger. De ses 28 années de carrière d’enseignante en bioclimatologie, Yasmina a conservé la générosité des paroles et le plaisir de la transmission.

À sa table, ouverte depuis janvier 2012, on ne fait pas que manger, on apprend aussi l’histoire des plats et, par conséquent, de la gastronomie algérienne. « Les recettes de cuisine meurent en Algérie » déplore la propriétaire des lieux qui a lancé son commerce en utilisant sa pension de retraite de 80 000 dinars par mois (environ 640 euros). Pour conserver ces recettes en péril,  Yasmina les a soigneusement copiées et leur redonne vie à chaque repas préparé à ses clients.

Sa spécialité : le couscous à la rose servi avec un jus de géranium. Cette activité de table d’hôtes, exercée « à son rythme » en fonction de la demande et de sa disponibilité, rapporte en moyenne 320 euros par mois, correspondant presque au salaire moyen mensuel établi à 302 euros en 2014 par l’Office nationale des statistiques (ONS).

Charges de la maison

Pour entretenir le luxuriant jardin de 400 m2 de « Dar Djeddi » et arroser les mille et une plantes qui viendront garnir les plats de Yasmina, la famille Sellam dépense chaque mois 80 euros en eau et électricité. Maman de trois enfants de 32, 27 et 21 ans dont les deux derniers vivent encore au domicile familial, Yasmina dépense aussi près de 120 euros par mois pour les courses de la maison.

Aides aux enfants et parents

Plus que l’entretien de la maison, ce sont surtout les aides aux enfants qui pèsent dans le budget de Yasmina. Le couple Sellam verse ainsi mensuellement près de 400 euros au fils cadet installé comme agriculteur biologique sur les terres familiales. Digne héritier de sa maman, il valorise les produits du terroir algériens qu’il emballe joliment pour les vendre ou les présenter aux quatre coins du monde. Un travail de longue haleine qui n’est pas encore rentable. Yasmina donne aussi environ 80 euros d’argent de poche à sa fille qu’elle accompagne chaque matin à l’université ce qui lui coûte 64 euros d’essence mensuellement. Outre ses enfants, Yasmina entretient sa maman dont la maladie nécessite la présence quotidienne d’une aide à domicile qu’elle rémunère 160 euros par mois.

Petits plaisirs

Enfin, Yasmina ne boude pas les petits plaisirs. Si elle n’est guère dépensière en habits – qu’elle coud elle-même car elle n’aime pas « être habillée comme tout le monde » –  en revanche elle ne compte jamais pour « un bon démo ou un bon parfum ». « J’adore le football et notamment l’équipe du Barza alors pour voir du beau football, je m’équipe d’un bon démo, quel que soit son prix », commente cette Algérienne originaire de Mila, à l’est du pays. Même attitude pour les parfums. « Un Chanel ou Nina Ricci, je ne calcule pas ». Car « l’argent est gagné pour être dépensé » conclut Yasmina.

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Jeune Afrique

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