L’argent des Africains : Mohamed, gérant d’un salon de thé au Maroc – 566 euros par mois

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Mohamed, 56 ans, tient un salon de thé avec sa femme au cœur de la médina d’Essaouira, une ville côtière du Maroc. Dans le cadre de notre série sur l’argent des Africains, il nous ouvre ses portes et… son portefeuille.

« Lorsque l’on est arrivés à Essaouira avec ma femme, on est repartis de zéro. » Accoudé derrière le comptoir de la bien-nommée pâtisserie « Bienvenue », le sourire et la sympathie de Mohamed invitent à la discussion et à la dégustation.

L’hospitalité est un domaine qui le connaît. Après avoir officié pendant 18 ans en tant que chef voiturier du prestigieux hôtel cinq étoiles La Mamounia à Marrakech, lui et sa femme, alors superviseuse des machines à sous, ont décidé d’investir toutes leurs économies dans un complexe touristique avec restaurant, salle des fêtes et piscine. Un projet ambitieux qui « ne marchait que pendant l’été » et qui a endetté le couple, les forçant à tout vendre pour venir s’installer à Essaouira en 2006. Ils transforment alors un ancien bain maure appartenant à la belle-mère de Mohamed en pâtisserie. L’affaire génère environ 12 000 dirhams par mois en moyenne, soit 1104 euros.

Frais liés à la pâtisserie : 538 euros

« Nous n’avons pas de salaires fixes, ceux-ci dépendent des bénéfices », explique Mohamed. D’autant que l’essentiel des ventes se fait sur huit mois de l’année, les touristes représentant 90% de la clientèle. « Ce sont eux qui font vivre Essaouira, une ville très pauvre. » Les locaux, eux, préfèrent d’autres pâtisseries, moins chères. Une différence de prix que Mohamed justifie par la qualité de ses produits, avec des ingrédients (fruits secs, fleur d’oranger, beurre, etc.) qui coûtent environ 368 euros par mois. Le loyer de la pâtisserie, payé à sa belle-mère, dépend aussi des résultats des ventes mais varie autour de 138 euros par mois. Sans compter les charges (eau, électricité), qui s’élèvent à 32 euros par mois.

Déduction faite de ces frais, il reste environ 566 euros à Mohamed et à sa femme pour subvenir aux besoins de la famille, dans un pays où le salaire moyen par personne est estimé à environ 400 euros.

Charges de la maison et alimentation : 497 euros

Mohamed a trois enfants de 21, 17 et 14 ans, et porte une attention particulière à leur éducation. L’aîné suit des études en Ukraine, financées par sa tante, la cadette prépare son bac cette année, et le dernier est scolarisé dans une école privée qui coûte 69 euros par mois. La famille vit dans une vieille demeure de la médina appartenant aussi à la belle-mère de Mohamed, qui comprend pas moins de 14 chambres. S’ils ne payent pas de loyer, ils s’occupent néanmoins des charges de la maison : 46 euros pour une femme de ménage, 55 euros pour l’eau et l’électricité et 18 euros pour une connexion internet. L’alimentation, elle, leur revient à environ 378 euros par mois.

Le rêve d’une deuxième pâtisserie

Le travail, c’est une affaire de famille pour Mohamed. C’est de sa tante, « une très grande pâtissière », et de sa sœur qu’il tient ce goût pour les pâtisseries marocaines.  C’est aujourd’hui la femme de Mohamed qui s’occupe principalement des cuisines de la boutique à Essaouira, en attendant l’ouverture, espèrent-t-ils, d’une deuxième pâtisserie à Marrakech. « C’est un projet qu’on aimerait réaliser et qui marcherait beaucoup mieux. On en discute avec ma sœur, qui vit là-bas, et des amis », confie Mohamed avec enthousiasme. En attendant, les fins de mois sont difficiles et le couple doit parfois emprunter de l’argent à des proches.

Taux de conversion établi à 1 euro = 10,87 dirhams marocain.

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Jeune Afrique

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