La start-up africaine de la semaine : Noohkema, le lion des jeux vidéos

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L’entreprise camerounaise Noohkema entend lancer ses premiers jeux vidéos dans les prochaines semaines. Elle vise le marché mondial et souhaite développer des produits dits transmédias, avec des adaptations en films d’animation et livres interactifs.

Le lion (Noohkema en langue bamiléké) s’apprête à rugir contre le braconnage des éléphants en Afrique. Avant fin août, Jimbo : The Big Elephant, un jeu mettant en scène un pachyderme s’attaquant à des chasseurs, arrivera sur les écrans de portable et consoles. « Nous sommes à la phase de mise au point définitive », s’enthousiasme Michel Nkuindja, 35 ans, le patron camerounais de Noohkema Game Studio, assis devant deux écrans d’ordinateurs, dans la véranda du siège en travaux de la jeune pousse, implantée dans le quartier huppé de Bastos, à Yaoundé.

Un sondage réalisé dans le cadre d’une étude de marché l’a conforté dans son choix d’un projet ludo-éducatif. « Nous avons eu plus de 80% de retours favorables », affirme ce mordu de BD et de films d’animation depuis son enfance.

Deux jeux développés

L’entreprise de développement de jeux vidéo compte même faire coup double. Meenlah (l’enfant du village, toujours en bamiléké), le projet phare de la start-up camerounaise, sera disponible avant la fin de l’année. Un parcours d’obstacles reposant sur des masques africains, avec des frayeurs au programme, destiné aux joueurs de plus de 14 ans.

Grâce à des moteurs de développement de jeux comme Unreal Engine 4 et Unity, Noohkema aspire à puiser dans le fond culturel local pour élaborer des produits.

Partant du jeu vidéo, les fondateurs veulent à terme transformer leur entreprise en une société « transmédia ». « Concrètement, un jeu est appelé, grâce à des adaptations successives, à devenir un film d’animation, un livre interactif, etc… », détaille le développeur.

Des mentors reconnus

« Il est très prometteur, lâche Beaugas-Orain Djoyum qui dirige ICT Medias Strategies, éditeur du magazine TIC Mag. Il devrait surpasser ses concurrents s’il reste sur sa lancée. » Des concurrents, à l’instar de Kiro’o Games de Guillaume Madiba ou SDK Game Africa, qui ne semblent point inquiéter l’entrepreneur, pour le moment : « Au contraire, cela me stimule. » affirme Michel Nkuindja.

Noohkema peut, du reste, compter sur les conseils de quelques mentors, comme Churchill Mambe Nanje, fondateur du moteur de recherche spécialisé dans les services de recrutement et de carrières Njorku, Bertrand Tiotsop, patron de Publicity and Design, une agence spécialisée dans le divertissement, et l’expert-comptable Victorien Ekath Ekat.

Les dirigeants de Noohkema ont par ailleurs bénéficié de l’accompagnement de la fondation Tony Elumelu. Outre les 5000 dollars reçus, une formation en gestion de projet leur a permis de réaliser une étude de marché.

Levée de fonds

Michel Nkuindja espère mobiliser les 250 000 dollars nécessaires pour achever ses projets. Il demandera pour cela un effort supplémentaire à ses quatre associés et espère une contribution supplémentaire de l’investisseur – dont il ne souhaite pas dévoiler l’identité − qui a déjà mis 30 000 dollars au pot.

Depuis deux ans, les cinq cofondateurs, qui constituent aussi le personnel de l’entreprise, ont apporté l’essentiel des 100 000 dollars déjà investis. Si Michel s’occupe de l’administration et de la stratégie, son compatriote Steven Nguetsa pilote les effets spéciaux, le Gabonais Emmanuel Nguema assure la direction artistique, tandis que la direction technique incombe au Mauritanien Adnan Chaumette. Les trois premiers se sont rencontrés à Net-Info, la première école de formation 3D en Afrique du Nord, implantée à Nabeul, au nord-est de la Tunisie.

Prudent, le manager ne souhaite pas se projeter en terme de revenus ; il compte s’appuyer sur une combinaison de modèles pour assurer la rentabilité. D’abord le pay to play qui permettra à tout joueur d’accéder au jeu contre paiement sur un store. Ensuite la mise à disposition gratuite avec une bannière publicitaire, rendue possible grâce à des partenariats avec des régies dédiées. Enfin le free to play, largement répandu dans le secteur, et qui permet d’évoluer dans le jeu en achetant des items.

Reste donc à transformer l’essai…

Jeune Afrique