La prétention du Togo d’accueillir le Sommet de la Francophonie.

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La Diaspora togolaise a engagé une offensive en faveur de la démocratie au Togo. Il ne peut en être autrement. Une cinquantaine d’années de confiscation du pouvoir au profit d’un clan militaro-ethnique, ça finit par réveiller tout le monde.

La prétention du Togo d’accueillir le Sommet de la Francophonie.

En dehors de l’émulation qui se voit davantage sur le terrain, au Togo même, après la lettre pastorale,  la diaspora togolaise aussi se met à l’œuvre : l’inaction n’est plus une option. C’est probablement dans ce sens que l’Alliance Togolaise Internationale (ATI) a écrit au ministre canadien des Affaires étrangères, M. Stéphane Dion.

La redaction de 27avril.com a obtenu copie de la lettre dans laquelle la curieuse prétention du Togo d’accueillir le Sommet de la Francophonie, après Madagascar en 2016, est mise à rude épreuve.

Pour Pierre Adjété, président de l’ATI, « Le refus systématique de la démocratie, au Togo, devient irrationnel et même dangereux, avec une forme de témérité malsaine et de désinvolture d’État jusqu’à vouloir accueillir le Sommet de la Francophonie, à l’horizon 2018 ou après, dans les conditions politiques actuelles gelées et inchangées; toute une défiance contraire aux objectifs fondamentaux expressément fixés, à dessein, par la Charte de la Francophonie à tous ses États membres, indépendamment de leur souveraineté ». Voilà que les choses sont remises au bon endroit et à la bonne hauteur.

Nous vous proposons l’intégralité de la lettre sur ce fameux désir du Togo d’accueillir la Francophonie et ce qu’en pense déjà la Diaspora togolaise. Une occasion d’intensifier les pressions sur le régime autiste, en tout cas. Jugez-en.

Ci-dessus l’intégralité de la lettre de l’ATI au ministre des Affaires Étrangère du Canada

15 juin 2016

L’honorable Stéphane Dion, c.p.
Député de Saint-Laurent
Ministre des Affaires étrangères
Affaires mondiales Canada
Ottawa (Ontario) K1A 0G2

Objet : La démocratie au Togo – La prétention du Togo d’accueillir le Sommet de la Francophonie.

Monsieur le Ministre et Cher Professeur,

Mieux que tout autre, vous savez qu’il n’existe aucune fatalité indigéniste à la démocratie; laquelle fatalité voudrait que l’Afrique doive ignorer ou tropicaliser les valeurs universelles de dignité humaine et de reddition de compte qui font l’essence de tout État de droit.

Le Bénin, le Ghana et le Burkina Faso, tous limitrophes du Togo, ne seront devenus des modèles de démocratie au fil des dernières années, récoltant d’innombrables admirations et avantages, si les irritations politico-sociales et ethniques diverses, les répressions courantes ainsi que l’autoritarisme comme mode de gouvernance étaient restés  leur réalité.

Comme vous le savez également, plus personne n’est aux commandes de la promotion de la démocratie dans la Francophonie. La Francophonie elle-même est devenue un damier noir-blanc d’imprécisions, très aléatoire en accompagnement, en observation et en cautionnement de certaines excentricités politiques, réputées coûteuses humainement, financièrement et en réputation pour l’organisation internationale.  Les populations africaines sont néanmoins restées capables et dignes de distinguer les élections et les négociations vraies de leurs fausses transmutations récurrentes sur leur continent.

Aussi, sommes-nous heureux de votre engagement personnel à donner « un souffle nouveau à la diplomatie et au leadership du Canada relativement à d’importants enjeux internationaux et au sein d’institutions multilatérales », comme l’indique votre Lettre de mandat à ce poste stratégique de ministre des Affaires étrangères.

Monsieur le ministre, la démocratie est encore en souffrance en Afrique francophone, du fait même que les derniers États récalcitrants au changement s’y concentrent, en bastions d’une époque que l’on avait vite fait de croire révolue. Ces pays continuent d’opposer une résistance misanthrope à détourner les institutions et, ainsi, dénaturer des Constitutions entières au profit de leur insatiable besoin de confiscation des pouvoirs républicains; certaines de ces malencontreuses aventures s’étendent sur une cinquantaine d’années, de père en fils, et c’est le cas du Togo.

En de pareilles circonstances et dans notre cas d’espèce, tout est mis en œuvre pour pervertir les élections, diaboliser les oppositions républicaines, se tailler sur mesure des opposants d’apparat ou de convenance, refuser l’application des réformes institutionnelles convenues dans un Accord politique global (APG) signé depuis 2006 pour s’arroger le droit d’en prononcer unilatéralement la caducité. De plus, le pouvoir togolais s’emploie depuis avril 2012 à ignorer l’essentiel des modestes recommandations de la Commission vérité, justice et réconciliation (CVJR), convertir tous les résultats des nombreux dialogues politiques antérieurs en embarras au point de décrédibiliser tout dialogue futur, etc. En somme, faire diversion, faire désordre et même faire le contraire de la Convention de Salisbury pourtant utile à la crédibilité des Parlementaires et seulement pour détourner les promesses et abuser des populations qui sont néanmoins prêtes à vivre l’alternance politique porteuse de l’enthousiasme collectif qui permet de mieux relever les nombreux défis du développement, comme dans les autres pays limitrophes du Togo.

Monsieur le député, la Francophonie rime avec démocratie, et davantage encore en ce XXIe siècle des Peuples. C’est avec cette conviction que l’Alliance Togolaise Internationale, un mouvement de la diaspora togolaise –née à Montréal en avril 1994 pour rassembler les Togolaises et les Togolais ainsi que les Amis du Togo, désire attirer votre bienveillante attention sur le cas togolais. Cette posture politique est devenue suffisamment intenable que la vénérable Conférence des Évêques du Togo, très récemment en avril 2016, n’avait eu de choix que de la qualifier de « surprenante léthargie », tout en appelant les citoyens du Togo autant que les Femmes et les Hommes de bonne volonté à une large « responsabilité politique sans laquelle toute vie commune est vouée à des égarements et à des errements sans répit. »

En conséquence de ce portrait peu élogieux, notre souhait est aussi que la rigueur et la flexibilité qui forment la marque bien connue de votre personnalité soient également mises au service d’une autre avancée démocratique sur le continent africain, particulièrement au Togo.  Le refus systématique de la démocratie, au Togo, devient irrationnel et même dangereux, avec une forme de témérité malsaine et de désinvolture d’État jusqu’à vouloir accueillir le Sommet de la Francophonie, à l’horizon 2018 ou après, dans les conditions politiques actuelles gelées et inchangées; toute une défiance contraire aux objectifs fondamentaux expressément fixés, à dessein, par la Charte de la Francophonie à tous ses États membres, indépendamment de leur souveraineté.

Depuis le très honorable Pierre Elliott Trudeau qui, dans sa jeunesse, avait visité le Togo, le Canada compte véritablement parmi les Amis du Togo, malgré certaines contingences administratives passagères.  Et, au fil des années, l’étendue de la diaspora togolaise au Canada ainsi que la présence qualitative des citoyennes et des citoyens qui la composent n’ont fait que confirmer la richesse et l’efficacité de cette convergence amicale.

Au lendemain de la Conférence des ambassadeurs et chefs de missions diplomatiques canadiens que vous venez d’organiser, à Ottawa, nous avons cru bon de vous saisir, respectueusement, pour qu’une fois encore comme ce fut le cas dans le soutien significatif du Canada pour  le démantèlement de l’apartheid, dans le cas du Togo également le Canada puisse contribuer à l’avancée, non pas d’une cause politique quelconque, obscure et déstabilisatrice, mais véritablement contribuer à l’éclosion de la dignité humaine aux côtés des Togolaises et des Togolais en Afrique sur le terrain, ici même au Canada et à travers le monde.

Que le Togo veuille accueillir ou pas le Sommet de la Francophonie, l’Alliance Togolaise Internationale est loin de s’y opposer. Mais il est devenu urgent que cette perspective probable soit clairement identifiée, d’ores et déjà, afin que des conditions probatoires explicites ainsi que des résultats tangibles soient associés à une telle ambition diplomatique togolaise. Ainsi, il serait possible d’éviter que l’évènement ne soit récupéré et transbordé dans un véhicule de propagande malveillante qui serait enjolivé, rapidement, d’une série d’opérations internes et externes de visibilité désobligeante à valeur de prime à la non-démocratie.

C’est avec cet ensemble de préoccupations portées par une détermination et une responsabilité avérées que nous comptons aussi vous rencontrer, prochainement, afin de vous fournir davantage de considérations objectives, persistantes, lesquelles fondent les motivations de l’Alliance Togolaise Internationale à s’activer et à compter avec la renaissance diplomatique canadienne que vous conduisez si admirablement.

Nous sommes dans cette attente; permettez-nous de vous en remercier à l’avance.

Recevez, Monsieur le Ministre et Cher Professeur, l’expression de notre considération très distinguée.

La prétention du Togo d’accueillir le Sommet de la Francophonie.

 

Pierre S. Adjété, Président de l’ATI
[email protected]
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La prétention du Togo d’accueillir le Sommet de la Francophonie.

 

 

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