La Nouvelle Gouvernance de l’Alignement de Faure Gnassingbé : La carotte et le bâton pour pérenniser l’indifférence et la fatalité au Togo

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Lorsqu’un classement objectif et international des pays comprend le Togo, la réalité de la gouvernance des inégalités de celui qui dirige le Togo, Faure Gnassingbé, apparait au grand jour. Les marches de protestation, les pétitions et bien d’autres formes de luttes sont en train d’émerger sans  unité d’action, caractéristique des échecs passés de l’opposition togolaise. Le coup d’Etat de 1967 du père de Faure Gnassingbé se perpétue donc sous d’autres formes [1]

La Nouvelle Gouvernance de l’Alignement de Faure Gnassingbé : La carotte et le bâton pour pérenniser l’indifférence et la fatalité au Togo

Aussi, il importe d’abord de retrouver les points de consensus de l’ensemble de ceux qui peuvent offrir des alternatives au Togo. Le rejet de la gouvernance de l’alignement de Faure Gnassingbé qui contribue à pérenniser l’indifférence et la fatalité par le jeu machiavélique de la carotte et du bâton, devrait  pouvoir servir de fondement à l’émergence d’un programme commun et de candidatures communes.

1. Promesses non tenues et retour de la contestation au Togo : impossible mobilisation générale de la population sans unité ?

Malgré le refus systématique de Faure Gnassingbé d’accepter des experts indépendants, si possible avec la Diaspora, de faire l’inventaire de l’amélioration ou pas de la prospérité économique des citoyens togolais depuis 2005, des indicateurs économiques permettent de se faire une idée de la mauvaise gouvernance et de ses impacts sur les populations. Rappelons tout de même que le niveau de pauvreté et d’inégalité n’ont fait qu’augmenter au Togo depuis 11 ans. Depuis l’accession au pouvoir en 2005 par le sang, avec des militaires non républicains, le bilan global de la gestion de Faure Gnassingbé et d’une certaine oligarchie togolaise dépendante de la « bonne » ou de la « mauvaise » volonté de leur chef, reste malheureusement bien maigre, et inexistante sur le plan social et sanitaire.

La reprise des marches de protestation, organisées par une partie représentative de l’opposition togolaise, le Combat pour l’Alternance Politique dit « CAP 2015 » sous la direction de l’Alliance nationale pour le Changement, (ANC dirigée par Jean Pierre Fabre) dans la capitale togolaise, la volonté de faire réagir la population par la signature de pétition de Sursaut-Togo (Koffi Yamgnane, ou encore les propositions des  parlementaires du parti ADDI (Prof. Dr. Aimé Gogué) de l’opposition pour éviter une décentralisation unilatérale de Faure Gnassingbé et les velléités d’harmonisation au sein de la Diaspora togolaise non alignée, sont quelques-unes des amorces de re-contestation de la pensée unique de Faure Gnassingbé et ses soutiens militaires et étrangers. Mais l’unité n’est pas encore au rendez-vous. C’est pourtant ce que souhaite le peuple togolais, voire même certains pays occidentaux las de la gabegie dans les postes décisionnels au Togo.

Tout de même, toutes ces formes de contestation identitaires vont permettre de distinguer entre ceux qui s’alignent ou pas sur la pensée unique du parti au pouvoir (UNIR). Les interminables mensonges de Faure Gnassingbé sur les réformes constitutionnelles, institutionnelles, électorales et sociales depuis l’accord politique global de 2006 sont en train de s’enliser avec en filigrane un découpage des circonscriptions en guise de décentralisation. Aussi, ceux qui ont cru bon de prendre l’argent pour mieux légitimer des élections présidentielles de 2015 sans vérité des urnes, commencent à voir les limites de la gouvernance de l’alignement. En effet, il y a parmi les citoyens togolais comme parmi les dirigeants des 107 ou 108 partis politiques du Togo, quatre catégories d’individus :

  • ceux qui sont ont choisi  de s’aligner définitivement et sans regrets ;
  • ceux qui s’alignent temporairement avec ou sans regrets ;
  • ceux qui refusent de s’aligner en affichant un certain « apolitisme » ; et
  • ceux qui refusent de s’aligner en affichant une opposition farouche.

Quelles que soient les postures vraies ou fausses, les opportunistes et les adeptes du nomadisme politique  sont légion  au Togo. En effet, l’alignement peut aussi devenir un alignement alimentaire, voire sécuritaire. Mais, le principe de l’alignement est justement de tenir « l’aligné(e) » sous sa dépendance, voire sous son contrôle partiel ou total.

Alors, en refusant de comprendre le fonctionnement cynique de la gouvernance de l’alignement de Faure Gnassingbé, la lutte togolaise s’est fourvoyée en des querelles intestines. Pourtant, il suffit de relire « Machiavel [2]» pour se convaincre que l’objectif ultime de Faure Gnassingbé ne peut se résumer à se faire « Hara Kiri ou Seppuku [3] ». Mais continuer à utiliser le bâton (l’armée) et la carotte (l’argent) pour diviser les chefs des partis dits d’opposition, les responsables de structures de la Diaspora togolaise, est une forme moderne d’Hara Kiri qui semble bien fonctionner avec l’opposition togolaise, pour le moment. Le retour de la contestation ne doit plus se faire sans unité sur les fondamentaux de ce qui unit ceux qui souhaitent véritablement un mieux-être pour l’ensemble du peuple togolais. Chacun doit être conscient que la nouvelle gouvernance de l’alignement de Faure Gnassingbé a pour but de diviser les partis de l’opposition pouvant offrir des alternatives et d’empêcher toute mobilisation générale de la population.

2. Prospérité : le management des dirigeants africains est globalement mauvais

C’est le très sérieux groupe de réflexion de Londres, le Think Tank Legatum Institute, qui, à partir de 89 variables, structurées autour de huit sous-indices, a comparé 142 pays dans le monde dont 38 pays africains. Tout en mettant en exergue les différences, les résultats ont été regroupés en un index unique de la prospérité. Le rapport porte sur la prospérité ou non des pays, mais aussi des populations dans le monde, ce en référence à une série d’indicateurs économiques [4].

Disons le franchement, entre 2012 et 2015,- dates d’analyse de l’index sur la prospérité de Legatum Institute pour les pays africains-, la gouvernance et le management des dirigeants africains apparaissent globalement comme mauvais pour les populations. En effet, Si l’Afrique australe a progressé de 0,36 points avec en filigrane une amélioration du pouvoir d’achat des populations et aussi une meilleure répartition des richesses entre les populations, les trois autres régions d’Afrique subsaharienne ont régressé, alors qu’au cours de cette période l’amélioration de la croissance économique et du cours des matières premières étaient plutôt favorables. L’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a vu son index régresser avec -1,66 points, l’Afrique de l’Est, -1,77 points et l’Afrique centrale,-2,51 points [5].

Aussi, les progressions relativement faibles ici et là entre 2012 et 2015 ne doivent pas induire en erreur sur une stratégie globale d’un mauvais management des Etats africains si l’objectif est bien de rester en priorité au service des populations africaines. Les stratégies choisies aux plans économique et politique n’ont pas débouché sur des avancées significatives aux plans social et culturel. D’ailleurs, il s’agit :

  • soit de la résultante d’un manque de stratégie collective africaine ; ou
  • soit d’un refus de mise en œuvre quand celle-ci est bien élaborée mais sans financement.

Sans état d’âme, de nombreux dirigeants africains adeptes de la mendicité annoncent régulièrement et fièrement qu’ils sont allés ou vont aller chercher le financement complémentaire de leurs projets de développement, – parfois à près de 90 % -, auprès des bailleurs de fonds dits « partenaires au développement ». Pourtant ces derniers considèrent l’aide au développement comme un instrument d’appui à leur commerce extérieur. Ils s’attendent donc nécessairement à un retour sur investissement pour eux.

Il faut rajouter un manque de compétitivité face aux économies émergentes d’Asie notamment la Chine et l’Inde. C’est ce biais qui fait que les priorités de nombreux dirigeants africains pour l’ensemble de leur population, se transforment – parfois manu militari ou sous les fourches caudines de certaines organisations internationales, régionales ou bilatérales ou même de certaines entreprises multinationales ou d’investisseurs étrangers puissants -, en priorité pour les intérêts étrangers, qu’ils soient publics ou privés.

Avec une croissance faible et durable au sein des pays de l’Organisation pour la Coopération et le Développement économiques (OCDE) notamment les pays de l’Union européenne, cette région du monde dite « pays riches » s’est muée durablement en un poids négatif dans la création de richesses mondiales et constitue une faiblesse pour la croissance économique mondiale.

Le management des dirigeants africains doit nécessairement changer au risque que les Africains ne se réveillent un jour en apprenant que leurs dirigeants ont vendu, hypothéqué l’ensemble des terres, des matières premières et des capacités productives et commerciales du continent aux dépens de la prospérité de l’ensemble de la population.

La désunion des  oppositions politiques en Afrique est aussi en partie responsable de la perpétuation de cet état de fait.

3. Du changement, non ! des alternatives, oui ! gare au bâton !!!

Alors, faut-il du changement à la tête des Etats comme le réclame une grande partie des partis politiques d’opposition en Afrique, au Togo en particulier ?  Une réponse affirmative semble évidente. Mais c’est justement le piège ! Les changements d’individus à des postes de responsabilité, surtout orchestrés par les pouvoirs en place, permettent de « réussir » le changement sans que rien ne change et que l’accaparement des fruits de la croissance économique reste unilatéralement cantonné dans les mains de ceux qui ont les armes, la coercition et donc le pouvoir.

Par ailleurs, à force de réclamer le changement sans l’obtenir, ou de souhaiter un développement intégral sans un début de commencement possible, ou encore de vouloir marquer des « buts » en politique sans une équipe qui n’a jamais marqué de but, de nombreux partis politiques africains devraient s’interroger sur l’objet même de leur objectif affiché et peut-être se regrouper pour mieux s’accorder sur ce qui fait leur unité commune d’action. Sans cela, il n’y a peu de chances que les changements se transforment en alternative bénéfique pour les populations africaines.

Ce sont donc des individus qui offrent des alternatives, donnent des gages de l’exemplarité et offrent une expertise de leur capacité d’organisation et d’efficacité dont a besoin l’Afrique en général, le Togo en particulier. Mais encore faut-il qu’il y ait un programme alternatif et commun, un management opérationnel et efficace, une discipline de groupe avec les « bonnes personnes » au  « bon poste » et surtout un environnement où la vérité des urnes fonctionne. Alors, justement c’est à ce moment précis que les pouvoirs africains en place sortent le « bâton » quand il ne s’agit pas tout simplement d’éliminer, sous toutes ses formes, tous ceux qui peuvent aider à la prise de conscience sur la vérité d’une gestion inefficace et donc mauvaise pour le bien-être des populations.

Cette mauvaise gestion que ne peut plus cacher les chiffres de la croissance économique par habitant en baisse pour l’Afrique subsaharienne passant de 0,9 % en 2012 à 0,6 % en 2015  et pour le Togo, de 2,5 % en 2012 à 2,4 % en 2015 [6]. Il n’est pas étonnant que le Fonds monétaire international commence à s’alarmer en rappelant dans ses « Perspectives économiques régionales sur l’Afrique subsaharienne » qu’« un changement de cap s’impose [7]». Ces ratés dans la croissance africaine sont en partie une conséquence décalée de la mauvaise gestion collective de ses dirigeants qui ne se fait pas au profit des populations. Si la vérité est difficile à entendre, la réalité sur le terrain reste palpable avec des velléités de crises sociales qui restent pour le moment étouffées par la gouvernance de la peur, de la coercition et du « bâton » des autocrates africains.

Les conséquences négatives de cette mauvaise gouvernance sont en train de modifier les mentalités des citoyens africains qui refusaient de considérer leurs dirigeants comme des mauvais gestionnaires, parfois incompétents. En effet, l’incapacité à créer de la valeur ajoutée, de la richesse en surplus afin d’assurer une meilleure répartition semble être le dernier de leur soucis dès lors que tout est mis en œuvre pour se maintenir au pouvoir. Les complicités se retrouvent autant à l’intérieur des pays africains qu’à l’extérieur. D’ailleurs, certains dirigeants africains sont plus souvent à l’extérieur en train de se faire soigner que dans le pays. Aussi, ceux qui dirigent le pays ne sont ni élus, ni connus officiellement et ne peuvent pas faire l’objet d’une procédure les conduisant à rendre des comptes aux populations.

La résultante de cette inefficacité de management collectif de l’Afrique de la part de nombreux dirigeants africains est bien là. Un bilan humain et social mauvais car pour de nombreux Africains, il ne fait pas bon vivre en « Afrique », d’où les crises migratoires au sein de l’Afrique, et vers d’autres continents. Le bilan se résume souvent à une incapacité à générer des emplois et des salaires décents d’où l’accroissement de la pauvreté et des inégalités. De plus, il faut bien constater les faibles opportunités d’emplois et une course des salaires vers le bas, légitimée souvent par les dirigeants africains qui vivent eux dans l’opulence et l’insouciance. C’est cela qui transforme une partie importante de la population africaine, plus particulièrement les jeunes et les femmes, en des Africains humiliés, désœuvrés, mendiants, voire prostitués.

Tout ceci peut être évité si, d’après les autocrates africains, l’on accepte « religieusement » la gouvernance de l’alignement. Ce message est répété en cœur, discrètement et sous menace ou chantage, par de nombreux dirigeants africains. Les Africains de la Diaspora sont d’ailleurs les premiers visés…

Ces dirigeants africains sont des adeptes de la démocrature, cette forme de la démocratie à l’Africaine où l’on accède au pouvoir par la contre-vérité des urnes, par les armes ou par le sang ou même les trois à la fois et ou l’on refuse de s’éclipser discrètement à la fin de son mandat en choisissant de modifier les constitutions avec justement, les partisans du parti au pouvoir, les affidés des réseaux mafieux et ésotériques, bref les « alignés ». Cet alignement est contagieux ! De nombreux chefs traditionnels, comme par exemple au Togo, ont choisi cette voie périlleuse pour préserver leur pouvoir. En contrepartie, on trouve souvent une forme de corruption de bas niveau : un téléphone portable ou une mobylette, voire parfois quelques sacs de riz ou un zébu… juste pour s’aligner ! Quel manque d’honneur ! Comme le dit si justement le doyen Godwin Tété, « Oui ! Honorables et chers Chefs traditionnels, le régime éyadémao-gnassingbéen vous a réduits à l’état de véritables parias !!! Et vous le savez pertinemment !!! Que faire alors ?! [8] »

27Avril.com

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