Komi Selom Klassou à la Primature : Un an d’«atalakou » à Faure Gnassingbé, de figuration, de…néant !

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Talonnés par les soucis quotidiens de la vie sous Faure Gnassingbé, les Togolais ont sans doute oublié que ce 5 juin 2016, cela faisait exactement un an que Selom Komi Klassou était parachuté à la Primature, en remplacement d’Arthème Ahoomey-Zunu.

Komi Selom Klassou à la Primature : Un an d’«atalakou » à Faure Gnassingbé, de figuration, de…néant !

Connaissant l’homme, un cacique, et n’ayant pas de grandes références en matière de dévouement au travail et de défi relevé à ses différentes fonctions, les Togolais n’attendaient pas grand-chose de lui. Et ils semblent avoir raison. En tout cas, rien à mettre à son actif dans la corbeille du bilan après un an de séjour au Premier ministère. Si ce ne sont des « atalakou » (louanges) à son bienfaiteur Faure Gnassingbé.

A la nomination de Komi Klassou…

En apprenant la démission d’Arthème Ahoomey-Zunu et étant assurés qu’il ne devrait pas être reconduit à la Primature, beaucoup de Togolais étaient contents de se débarrasser d’un Premier ministre qui n’avait d’égard que pour lui-même – en tout cas, pas pour le personnel soignant. Dès lors, ils attendaient impatiemment de connaitre son remplaçant. Mais c’était avec déception qu’ils ont appris la nomination, le 5 juin 2015, de Komi Selom Klassou. Et pour cause, il s’agit d’un faucon du régime RPT qui a subi une petite chirurgie esthétique ou tôlerie-peinture pour devenir UNIR. Depuis son jeune âge, notamment étudiant, l’homme avait fait étalage de ses talents en matière de louanges à l’endroit d’Eyadema et d’un zèle garçon. En termes de compétences, il n’avait pas de grandes références à faire valoir.

C’était manifeste que cette nomination visait simplement à récompenser une loyauté au régime de père en fils qu’à mettre à la Primature un bosseur pour relever les grands défis qui s’imposent après le captage du 3e mandat par Faure Gnassingbé, et qu’il ne fallait pas en attendre grand-chose. N’empêche que des voix s’étaient élevées dans les rangs du pouvoir et ses béquilles pour faire croire le contraire. « Le Togo a besoin d’hommes non seulement de bonne volonté, mais engagés qui aiment leur pays et qui sont prêts à donner le meilleur d’eux-mêmes dans l’intérêt de nos populations », avait relevé Ahoomey-Zunu lors de la cérémonie de passation de services le 11 juin 2015, peignant son successeur comme répondant parfaitement à ce profil.

Même son de cloche chez l’opposant certifié ISO 22 000 entre-temps pressenti ou plutôt qui s’était autonommé avant l’heure au poste – suivez les regards – qui, visiblement satisfait du choix de Sélom Klassou, avait estimé qu’il était à même de « traduire dans les faits, la vision du chef de l’État pour ce nouveau quinquennat ». Cela tombait bien, puisque l’heureux élu avait une philosophie, celle de se rendre utile « à l’endroit voulu par le président de la République ». Qu’en est-il en termes de bilan après un an de séjour à la Primature ?

Aucune prise sur les défis énoncés

Mandat social, telle était la coloration donnée à ce 3e quinquennat gagné dans les conditions de « transparence totale de la fraude » par Faure Gnassingbé. Et Komi Selom Klassou n’a fait que calquer son programme de gouvernement sur le projet de société de son patron qui a chanté se mettre au service de la satisfaction des besoins de ses bien-aimés électeurs du 25 avril 2015. Quatre (04) axes principaux composaient le programme du Premier ministre présenté aux députés à l’Assemblée nationale le 29 juin 2015, juste au lendemain de la formation de son gouvernement : l’inclusion économique et sociale, la modernisation du pays à travers l’approfondissement des grands travaux et l’intensification des politiques des grands travaux, la poursuite de l’agenda des reformes politiques avec une nouvelle dynamique et faire l’avancement et la décentralisation, la capitalisation des acquis des reformes de la défense et de la sécurité.

Mais tous les Togolais peuvent se faire une idée du bilan des douze premiers mois de son séjour à la Primature. Ne serait-ce que sur le plan politique, notamment les réformes annoncées et les élections locales, il est creux. Non seulement on n’a pas eu le fameux calendrier précis devant aboutir aux locales attendues, mais en plus aujourd’hui, l’Accord politique global (APG) du 20 août 2006 qui avait sauvé le pouvoir de Faure Gnassingbé est déclaré caduc par le RPT/UNIR, et donc les réformes aussi. Par ailleurs, le démarrage du fameux mandat social se fait encore désirer. L’histoire retiendra que c’est sous son magistère que des citoyens aux mains nues ont été assassinés en novembre 2015 à Mango, avec l’un d’eux qui a eu la tête écrasée par un char.

Certains avocats du pouvoir rétorqueront qu’il est trop tôt pour juger l’action de Komi Selom Klassou. Soit. Mais, voilà, la fonction de Premier ministre n’est pas un CDI (contrat à durée indéterminée) où on a toute l’éternité devant soi pour remplir sa mission. On peut être débarqué la minute qui suit, surtout qu’avec Faure Gnassingbé, on n’est jamais sûr de rien. D’ailleurs l’information d’un probable remaniement ministériel avait abondamment circulé entre-temps dans la presse, avec le Poste de Premier ministre lui-même en jeu. Klassou n’est donc rassuré de rien. En termes de prise sur les ministres et les actions, l’homme n’en a pas. Comme toujours, certains éternels supers ministres faisant partie du shadow cabinet de Faure Gnassingbé préfèrent faire « saute-mouton » et lui rendre compte directement plutôt que de s’adresser au Premier ministre qui est leur chef hiérarchique direct.

Le Prince lui-même ne serait pas satisfait de l’homme et lui préférerait certains de ses ministres pour certains types de missions. C’était le cas lorsqu’il s’était agi de le représenter au sommet de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) à Dakar au Sénégal les 4 et 5 juin derniers où Faure Gnassingbé s’est curieusement absenté. C’est le super ministre Adji Otèth Ayassor qui y était envoyé, en lieu et place du chef de gouvernement. Le Premier ministre n’est visiblement là que pour inaugurer les chrysanthèmes, lancer des séminaires de seconde zone, recevoir quelques audiences sporadiques quand le grand patron n’est pas là, puis c’est tout.

Des « klassouteries » tout de même !

Komi Selom Klassou n’a tout de même pas chômé. A défaut du relèvement des défis énoncés, le Premier ministre aura au moins laissé une empreinte pour la postérité. On reproche souvent à son prédécesseur son égo surdimensionné, une tendance à prendre les gens de haut ; mais avec son successeur, c’est le règne du « atalakou » (les louanges) et autres bizarreries qu’il convient d’appeler sous le vocable de « klassouteries ».

L’homme a inauguré son règne avec une curiosité ayant consisté à débarquer à l’improviste, le 14 juillet 2015, au diner offert par l’Ambassadeur de France au Togo pour marquer la célébration de l’indépendance de l’ancienne métropole, alors même qu’un de ses ministres représentait déjà le gouvernement. Cela avait créé une confusion qui s’était ressentie dans l’allocution du diplomate.

Avec M. Klassou, tout part du chef de l’Etat et revient au chef de l’Etat. La moindre action du gouvernement est peinte comme une faveur et faite « sur instructions personnelles du chef de l’Etat ». Conseil des ministres, descente sur le terrain au chevet des populations victimes d’aléas climatiques, diner offert à des hôtes…on doit tout à Faure Gnassingbé. Lorsque le soleil se lève, c’est grâce à Faure Gnassingbé ; quand il pleut, c’est lui qu’on doit remercier ; les Togolais qui mangent cinq repas quotidiens (sic), c’est lui qui a favorisé ce bonheur ; conseils de famille, naissance d’enfants siamois par césarienne…rien ne se passe au Togo sans que le Prince ne le rende possible.

Le Premier ministre n’hésite pas à louanger son bienfaiteur dans tous ses discours. A chaque phrase sa dose de « grâce au chef de l’Etat », « sur instructions de Son Excellence Monsieur le Président de la République », « grâce à la magnanimité du chef de l’Etat », ce qui crée une overdose de louanges. Et ce ne serait pas une mauvaise chose que l’académie française adopte prochainement le verbe « klassouter », c’est-à-dire « louer de manière exagérée quelqu’un ».

Les commérages politiques, c’est aussi le « Faure » de notre bien-aimé Premier ministre. Pendant qu’il est invisible sur le terrain, il est tout de même sensible aux critiques. Interpellé par l’Honorable Jean Kissi à travers un courrier sur le manque de respect des membres du gouvernement à l’égard de la représentation nationale, consistant souvent pour eux à ne pas déférer aux interpellations des députés, Monsieur le Premier ministre a retrouvé ses réflexes de professeur d’université, usé de pédagogie en rappelant à son interlocuteur une prétendue procédure à respecter ; une façon de justifier l’attitude de ses poulains.

Pour ceux qui ne le savent pas, la plupart des ministres narguent proprement les députés et prétextent d’un calendrier chargé pour les tourner en bourrique, et parfois c’est pratiquement un an après envoi des correspondances d’interpellation que certains préposés au gouvernement daignent répondre à l’Assemblée nationale. Pendant qu’il s’adonnait à ce commérage politique, c’est Adji Otèth Ayassor que Faure Gnassingbé a préféré envoyer à Dakar pour le représenter au sommet de la CEDEAO. Avec Klassou, on n’est pas au bout des « klassouteries »…

Source : Tino Kossi, Liberté

27Avril.com

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