Koacinaute: Isabelle Ameganvi doit des excuses publiques au peuple

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Le débat sur les réformes est devenu aujourd’hui, le sujet le plus discuté aussi bien chez les hommes politiques que chez les citoyens ordinaires qui espèrent vivement leur réalisation pour accéder à une nouvelle ère où les règles de gouvernance ne relèveraient plus du hasard ou de l’improvisation, mais d’une législation claire et consensuelle à même de codifier les activités républicaines des gouvernants et des gouvernés. 

 
L’enjeu qui entoure le débat sur les réformes est de taille et l’on comprend toutes les précautions prises autour du sujet depuis la proposition de loi introduite à l’Assemblée nationale par le pouvoir UNIR Search UNIR jusqu’à la dernière en date introduite par le couple ANC-ADDI, sans oublier l’atelier du HCRRUN du 11 au 15 Juillet 2016. 
On est là en politique et chacun joue sa carte, fait ses calculs. Le principe de rapport de force, comme c’est d’ailleurs le cas dans tous les parlements du monde, s’est encore fait sentir lors des débats en commission du 05 Août 2016 à l’assemblée nationale, obligeant les initiateurs de la proposition de loi à rabattre leur queue entre les pattes, non sans amertume, comme l’atteste le ton de la sortie tonitruante de Isabelle Améganvi, présidente du groupe parlementaire ANC, dans le point de presse qu’elle a fait la même soirée au sortir des débats à l’assemblée.
 
Toute dimension gardée, le suivi de ce point de presse suscite une immense curiosité.

1- Les explications d’Isabelle Améganvi permettent d’établir que le couple ANC-ADDI dans les préparatifs de leur proposition de loi, ont pris seulement le soin de veiller à ce que leur procédure respecte l’esprit de l’article 144 de la constitution et le règlement intérieur de l’assemblée nationale. Aucune action de lobbying n’a été faite à l’endroit des députés des autres partis de l’opposition représentée à l’assemblée nationale, ni à l’endroit des députés UNIR Search UNIR qui constituent la majorité parlementaire. Or, il est de notoriété publique même dans les grands parlements du monde, que des sujets qui font l’objet de proposition de loi au parlement, sont préalablement discutés dans les couloirs avec les députés issus d’autres sensibilités pour leur faire prendre conscience du bien-fondé de la proposition de loi et si possible obtenir leur adhésion. Dans le cas d’espèce, la proposition de loi du couple ANC-ADDI n’a été portée que par 20 députés de l’opposition sur les 91 que compte l’assemblée nationale togolaise.

 L’ANC et l’ADDI étaient appelées à un travail d’approche pédagogique des autres députés d’autant plus qu’elles connaissent bien les réalités politiques et la configuration de l’assemblée nationale togolaise. L’absence d’une telle démarche ne peut que conforter l’hypothèse d’une action entreprise sans conviction ni espoir de résultat, juste pour le besoin de disposer d’arguments à brandir contre ceux qui traient souvent les députés ANC Search ANC de fainéants qui siègent à l’Assemblée nationale sans prendre d’initiatives.

2- Me Isabelle Améganvi croit bien dire en relevant au cours de ses explications que la proposition de loi introduite par l’ANC-ADDI provient d’un consensus parce que l’APG n’a pas été signé hors consensus. Or, ce sont les mêmes responsables du CAP2015 qui ont passé leur temps à nous rabattre les oreilles au cours de leurs meetings que les dispositions de l’APG préconisent que les décisions doivent être prises de façon consensuelle. Si l’APG était déjà un consensus comme le dit Me Isabelle Améganvi, comment peut-il encore recommander que les décisions au niveau des responsables politiques, soient prises de façon consensuelle ? 

 
L’analyse de ces deux éléments du fond, nous amène à nous poser de sérieuses questions relevant juste du bons sens. Me Isabelle Améganvi, avocate de profession, de surcroît présidente du plus grand groupe de l’opposition à l’assemblée nationale ?
La connaissance des textes, la rigueur et l’éloquence dans la démonstration étant du ressort des avocats, l’exercice de Me Isabelle Améganvi a déçu plus d’un confrère au point de presse. La prestation était plus dirigée vers l’expression d’une rengaine personnelle qu’à donner des explications claires sur une situation qui devait être portée à la connaissance de la population. La démonstration était tellement abracadabrante, tant elle voulait dire plusieurs choses à la fois. Au finish, on s’est posé la question de savoir si elle-même arrive à se retrouver dans ce qu’elle dit.
 Au finish, nous sommes parvenus à comprendre la logique dans laquelle elle était, si non Nicolas Boileau-Despréaux n’a-t-il pas dit que « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement – Et les mots pour le dire arrivent aisément » ? 
Dans un tel élan, les insanités ne se font généralement pas rares et elle avait fini par lâcher le morceau qu’il ne fallait pas : “Je suis lessivée, ahurie, et épuisée par le comportement de nos collègues de UNIR Search UNIR qui nous faisaient croire à un moment sous un hangar d’une revendeuse de tchouk”.

3- Ces derniers propos tenus loin d’être de simples paroles, représentent en réalité la carte de visite de dame Isabelle Améganvi qui s’efforce chaque jour que le bon Dieu fait à se donner une image très soignée sur les médias. Une image qui cache difficilement un corps physique qui a prêté asile à un esprit démoniaque fabriqué depuis l’époque de la conférence nationale souveraine, et dont les manifestations sont visibles auprès de ses captifs, pour peu qu’on y fasse attention. Chassez le naturel, il reviendra toujours au galop. C’est ce que l’on peut dire pour résumer ces propos empreints de xénophobie tenus par Isabelle Améganvi, une prétendue avocate, qui plus est présidente du groupe parlementaire le plus représentatif de l’opposition à la représentation du peuple. Loin de lui faire un procès, nous sommes simplement surpris que ces ressentiments ethnocentristes cultivés et entretenus depuis la conférence nationale souveraine par des pseudo-intellectuels débarqués d’Europe, subsiste encore en ce 21è siècle chez des personnes pas des moindres. On n’aurait pas fait attention à ces propos s’ils émanaient d’un citoyen habitant une de nos contrées perdues dans nos forêts ou savanes. Même là encore, les nombreuses campagnes de sensibilisation menées par les pouvoirs publics et les organisations de la société civile ont participé à faire évoluer les mentalités qui ne sont plus à ce stade. Si malgré l’éducation, l’instruction et la prise de conscience collective consécutive à la révolution dans le domaine de l’information et de la communication et aux enjeux de la mondialisation, si malgré tout cela Isabelle Améganvi se permet de tenir ce genre de propos qui en réalité constituent une insulte à l’endroit de certaines composantes du peuple, c’est bien la preuve qu’elle n’a aucun respect pour le peuple togolais qu’elle prétend représenter, et qu’elle ne mérite aucun des titres ronflants dont elle se prévaut.

Au demeurant, que maîtrise-t-elle des ambiances sous les pots de tchouk ? Ce n’est pas parce qu’elle n’en fréquente pas qu’elle doit développer du dégoût et manifester de la répugnance à l’endroit des pots de tchouk ! Sait-elle, Ô combien nombreux, les avantages que les clients tirent sous ces pots de tchouk ? A-t-elle une idée des réalisations, des corrections, des réconciliations, des inspirations, des arrangements, des règlements de conflits et que sais-je encore, rendus possibles sous les pots de tchouk. Blaise pascal avait donc raison quand il disait : « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » ? Et ça c’était valable aux temps de Blaise Pascal où on ne parlait pas du monde comme d’un village planétaire. Aujourd’hui où les barrières et les frontières ont été levées, où l’espace n’est plus un mystère, il serait simplement idiot et stupide de continuer de tenir des propos comme si on était encore aux temps de Blaise pascal. Et là encore, Blaise pascal en tenant ces propos en son temps, avait pris une longueur d’avance sur ses contemporains qui ne voulaient regarder plus loin que le bout de leur nez. Un proverbe du terroir ne dit-il pas que « L’enfant qui n’a goûté d’autres plats que ceux de sa mère, pense que la cuisine de sa maman est la meilleure » ?
En tout état de cause, Isabelle Améganvi se doit de présenter des excuses publiques au peuple pour ces propos outrageux, à la limite blasphématoires qui jettent un regard condescendant et péjoratif sur tous ceux dont le tchouk représente un symbole dans la tradition. Elle doit savoir que la symbolique du tchouk va au-delà des simples scènes de plaisanteries qu’elle a souvent l’occasion d’observer de passage. Si seulement elle s’était donné la peine de s’ouvrir aux autres pour apprendre d’eux, elle aurait eu l’occasion de découvrir et de comprendre que, contrairement aux discussions houleuses et stériles qui ont souvent cours à l’assemblée nationale sur la question des réformes, un terrain d’entente aurait été déjà trouvé si les échanges entre les 91 députés se déroulaient sous un hangar autour d’un pot de tchouk. 

Nous l’invitons, pour sa propre gouverne, à faire un tour dans un des nombreux cabarets de vin de palme dans son Kpélé natal. Elle aura sans nul doute l’occasion de découvrir dans ces cabarets qu’ils sont nombreux, ces citoyens togolais qui n’ont pas eu la chance de mettre pied à l’école mais qui, grâce au cumul de sagesse tirée des discussions de cabaret, sont capables de tenir un argumentaire assorti d’articles de droit, une chose dont sont incapables des avocats en droit.

Tchouk : Boisson locale chez le peuple Kabyè dans le Nord Togo, faite à base du sorgho

PS : La direction de KOACI rappelle qu’un “koacinaute” n’est pas un journaliste de la rédaction de KOACI mais un contributeur inscrit ayant la possibilité de poster sur le site en vue d’une diffusion et ce dans une dynamique de libre expression plurielle.

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