HOLLANDE et JAMMEH ont séduit par leur sens de responsabilité.

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La semaine dernière, deux événements politiques majeurs ont défrayé la chronique et marqué positivement l’histoire contemporaine à des degrés divers.

Manifestement, ces deux faits politiques n’ont aucun lien de causalité entre eux. Mais, tout compte fait, ils relèvent d’une même logique rationnelle de courage politique et d’amour pour la patrie. Ces faits ne relèvent ni de la banalisation ni de la superficialité.

D’abord, le renoncement du Président français, M. François HOLLANDE, à un second mandat à la tête de l’Etat mérite d’être retenu. En clair, avoir décidé, après analyse de la situation politique dans son propre camp et dans son pays, de ne plus être candidat à l’élection présidentielle, donc au renouvellement de son mandat est un acte de courage politique sans précédent, même dans les pays à vieilles traditions démocratiques.

Que dire ? Sinon que le Président HOLLANDE a fait preuve de dignité et de raison. Cet homme que beaucoup ont sous-estimé est un fin politique. Un visionnaire incompris. M. HOLLANDE s’est retiré pour faire comprendre à tous ceux qui s’acharnent contre lui et qui dressent un bilan catastrophique de son quinquennat qui n’a pas été de tout repos, que la critique est aisée mais, agir relève d’une autre dimension.

En choisissant de s’effacer, HOLLANDE place tous ses détracteurs au pied du mur. Ils sont obligés de montrer leur capacité intrinsèque. Beaucoup ont fait preuve d’égoïsme et d’égotisme voire d’ingratitude envers lui. Qu’à cela ne tienne. Ils sont désormais dans l’obligation de montrer leur vrai visage. Bref, ils doivent prouver ce qu’ils ont dans les tripes. Et, pour eux tous, quel que ce soit leur bord, c’est maintenant que le plus dur commence ; c’est le moment de vérité. HOLLANDE, contrairement à SARKOZY, a fait montre de hauteur d’esprit. Il a démontré qu’en politique, lorsque certaines conditions ne sont pas réunies, il vaut mieux savoir céder la place et laisser le tribunal de l’histoire faire son œuvre. C’est un choix qui fait honneur à l’homme d’Etat qu’il est.

Pour permettre à nos lecteurs de mieux s’imprégner de la vision de M. HOLLANDE, nous publions le discours qu’il a prononcé depuis le Palais de l’Elysée le jeudi 1er décembre 2016 pour porter sa décision à la connaissance du peuple français.

Le second événement qui a frappé l’opinion dans toute sa diversité, reste indiscutablement la réaction du Président gambien, M. Yaya JAMMEH, après sa défaite qui ne surprend guère.

L’élection présiden-tielle en Gambie est une chose. La défaite du Président sortant était prévisible voire même programmée dès lors que l’opposition, dans son ensemble, s’est alignée derrière un seul candidat, en l’occurrence, M. Adama BARROW.

En revanche, le plus surprenant, le plus déroutant voire l’inattendu parce que, imprévu, c’est le courage politique de M. JAMMEH qui a pris l’initiative historique de reconnaître sa défaite avant même la proclamation officielle des résultats. Mieux, il a mis un point d’honneur à appeler immédiatement son adversaire pour le féliciter. Qui l’eut cru ? C’est dire que les Africains sont aussi capables de sursaut patriotique.

Arrivé au pouvoir, il y a plus de 22 ans à la suite d’un coup d’Etat qui a renversé le Président Dawda DIAWARA, Yaya JAMMEH, soutenu par une junte militaire, a dirigé d’une main de fer la Gambie, un petit pays enclavé dans le Sénégal. Présenté par les médias internationaux comme un dictateur impitoyable, un tyran sanguinaire sans état d’âme, ce militaire « civilisé » ne plaisante pas avec les Occidentaux qu’il aime traiter avec tous les mépris. Pour JAMMEH, les occidentaux s’occupent de ce qui ne les regarde pas. Il ne s’embarrasse pas de précaution pour leur dire ce qu’il pense. Personne ne pouvait donc s’attendre à ce qu’il cède aussi galamment, sans aucune tentative de confiscation de pouvoir. Eu égard à son parcours sanglant et dévastateur pour l’économie et l’isolement de son pays sur le plan international, il a pris de court tous les politologues, les analystes et les observateurs de par le monde. M. Yaya JAMMEH a prouvé après l’élection de M. TRUMP comme Président aux USA, que les commentateurs peuvent se tromper à tout moment. On s’étonne malheureusement que c’est ce moment que certains ont choisi pour évoquer comme par hasard le sort qui sera réservé à JAMMEH. Nous devons faire preuve de maturité pour sortir l’Afrique de l’ornière. A chaque chose son temps. Pour beaucoup de dictateurs à travers le monde, le pouvoir politique est le rempart en d’autre terme, le bouclier contre la Justice de leur propre  pays après leur départ du pouvoir. Cette race d’hommes aime jouir de l’impunité à vie et c’est pour se protéger qu’ils s’incrustent. En tout état de cause, quelle que soit l’ampleur de ses crimes, JAMMEH mérite les félicitations et la reconnaissance de ses compatriotes et de tous les Africains. Il a fait la démonstration qu’en politique on ne doit jamais fonctionner sur des préjugés. En politique, il faut  bannir le mot jamais. Il a démontré que sur ce terrain, lorsque certaines conditions sont réunies, tout devient possible. Nous devons donc laisser le temps au temps pour que la leçon qu’il vient d’administrer au monde entier soit assimilée et bien retenue.

Si au Togo, en 1991, les participants à la Conférence Nationale avaient fait preuve de sagesse et de doigté, nous aurions pu faire l’économie de beaucoup de drames et notre pays serait aujourd’hui un joyau. Et pourtant, à l’époque, EYADEMA était prêt à se retirer à Pya son village natal. Les choses ont pris d’autres tournures à cause de l’intransigeance, de l’entêtement et de la soif de vengeance des soi-disant démocrates qui ne voulaient rien savoir ni concéder alors que le rapport de force n’était pas en leur faveur.

Nous devons donc tirer leçon de ce qui se passe ailleurs et surtout autour de nous parce que nous les Togolais, nous avons beaucoup à apprendre des autres. Car, si JAMMEH était Togolais,  il agirait autrement à cause de son environnement. Nous devons retenir que les contours de la démocratie sont parfois difficiles à cerner sinon insondables.

Rodrigue

Togosite.com

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