Guerre de clans autour de Faure Gnassingbé pour sommet de Lomé

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Stanislas Baba

L’on tend progressivement vers la signature de la « Charte de Lomé » demain samedi. Mais il faut le dire d’emblée, l’organisation du sommet extraordinaire de l’Union africaine sur la sécurité et la sûreté maritimes et le développement en Afrique, dont les travaux se déroulent cette semaine dans la capitale togolaise, est l’objet d’une guerre de clans autour de Faure Gnassingbé. Contrairement à ce qu’on peut croire, des fossoyeurs de ce rendez-vous font partie de l’entourage du chef de l’Etat.

Dimanche dernier à 13 heures 30, dans l’émission « Plateau de la Semaine » sur la Télévision togolaise, Stanislas Baba, Coordonnateur du Milenium Challenge Account (MCA), remettait en doute la signature de la Charte de Lomé par les chefs d’Etat et de gouvernement africains. Pour lui, il y a tout un préalable qui devrait être fait avant la signature de cette charte. Il a donné un certain nombre d’éléments qui, selon lui, ne sont pas réunis pour que le document soit signé ce samedi.

Dans le journal de 20 heures, du même jour, le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et de l’Intégration africaine, Robert Dussey, comme une réponse du berger à la bergère, a dissipé ce doute en rassurant que la charte sera bel et bien signée par les chefs d’Etat et de gouvernement ce 15 octobre. A l’en croire, la réussite du sommet sur la sécurité et la sûreté maritimes et le développement en Afrique passe par la signature de cette charte. Robert Dussey a insisté sur le fait que le chef de l’Etat togolais s’est personnellement impliqué pour que ce document soit signé par ses pairs à Lomé à l’issue des assises.

Devant la sortie de ces deux personnalités, pas des moindres, l’on commence par se poser des questions. Comment deux personnalités qui appartiennent au même système puissent parler un langage aussi différent en ce qui concerne ce sommet international qui revêt une importance capitale pour le régime pour lequel ils travaillent ?

Selon nos investigations, des clans se sont formés autour de Faure Gnassingbé dans le cadre de l’organisation du sommet de Lomé. Les uns sabordent le travail des autres.

Il nous souvient que dès l’annonce de la tenue de ce sommet à Lomé, l’organisation a été confiée au ministère des Affaires étrangères. Cette décision n’a pas été du goût de ceux qui, autour du chef de l’Etat, veulent également se voir investis de ce privilège. Pour cela, ils ont tout fait pour convaincre Faure Gnassingbé.

Entre-temps, le ministère des Affaires étrangères s’est vu déposséder de l’organisation du sommet et confiée à la Primature. Dans la foulée, le Premier ministre, Komi Sélom Klassou, a créé une dizaine de commissions qui se sont révélées des géants aux pieds d’argile. A l’issue de quelques réunions à la Primature, qui n’ont pas donné grand-chose, l’organisation du sommet a été réattribuée au ministère des Affaires étrangères, avec pour instruction de s’occuper uniquement des volets « diplomatie et charte ».

Une commission dirigée par le Général Ayéva Essofa, dont fait partie Stanislas Baba, a donc été créée pour prendre en charge les autres volets de l’organisation du sommet de Lomé. C’est cette commission qui s’occupe actuellement de tout. Malgré cela, des mains tapies dans l’ombre œuvrent pour que la charte ne soit pas signée par les chefs d’Etat et de gouvernement, peut-être parce que la tête de celui à qui est confié ce volet ne leur plaît pas.

Comme on le voit, ce sommet qu’abrite Lomé est devenu un moyen pour certains d’affaiblir d’autres dans un même système qui dirige le pays. Selon les confidences d’une source proche du dossier, les vrais saboteurs du sommet sur la sécurité maritime ne sont pas les opposants, comme on tente de le faire croire à l’opinion. Ils se retrouvent dans le régime. C’est une guerre de clans, chacun veut user de sa proximité avec le chef de l’Etat pour nuire à l’autre. Et chaque camp a ses soutiens qui se trouvent toujours dans le système.

Cette guerre est à l’origine des imperfections qu’on constate aujourd’hui dans l’organisation de cet événement. On comprend dès lors pourquoi lundi dernier, Faure Gnassingbé qui devrait présider la cérémonie d’ouverture des side events, s’est rétracté à la dernière minute. Le tapis rouge dressé sur l’esplanade du Palais des congrès pour l’accueillir a été tout simplement plié. C’est finalement le Premier ministre qui a présidé la cérémonie d’ouverture.

Une chose est certaine, des têtes vont tomber après ce sommet. On annonce d’ailleurs un remaniement ministériel dans les prochains jours. Nous y reviendrons.

I.K

icilome.com

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