Burkina Faso vs Togo : Roch Kaboré pour des « institutions fortes » au Burkina, Faure Gnassingbé opaque aux réformes de l’APG

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La démocratisation est un processus assez difficile en Afrique. Certains pays l’ont acceptée, mais d’autres non. Etant une quête perpétuelle, les dirigeants de pays où elle s’exprime déjà cherchent à la renforcer. C’est le cas au Burkina Faso où Roch Christian Kaboré veut la consolider en offrant une nouvelle Constitution à son pays, non pour s’enraciner au pouvoir, mais pour booster cet idéal de gouvernance. A contrario au Togo, Faure Gnassingbé, lui, refuse les réformes politiques devant faire entrer le pays dans le concert des Nations civilisées en matière de démocratie.

Burkina Faso vs Togo : Roch Kaboré pour des « institutions fortes » au Burkina, Faure Gnassingbé opaque aux réformes de l’APG

Kaboré veut réformer la Constitution au Burkina

Le Burkina Faso a intégré le cercle fermé des pays normaux sur le continent africain, en acceptant l’alternance au pouvoir à travers une élection qui a séduit le monde entier. D’abord le peuple a pris son destin en main en chassant du pouvoir en octobre 2014 Blaise Comaporé qui voulait s’incruster après 27 ans de régence. Puis après une transition assez mouvementée, il a fini par choisir un homme de consensus pour prendre les rênes du pays en novembre 2015 en la personne de Roch Marc Christian Kaboré. Par cette tournure positive, le Burkina Faso est entré dans le cercle fermé des pays démocratiques du continent africain. Mais le président ne s’en contente pas et veut renforcer davantage cet idéal au pays des hommes intègres.

C’était une promesse de campagne de Kaboré de réformer la Constitution burkinabé, marqué par le feuilleton autour de l’article 37 sur lequel son prédécesseur avait voulu jouer pour s’accrocher au pouvoir, et la renforcer, pour éviter la récidive. Son ambition est de renforcer les institutions de la République et le principe de la séparation des pouvoirs afin de barrer la route à d’autres Blaise Compaoré.. A peine dix (10) mois après son entrée en fonction, le président burkinabé vient de joindre l’acte à la parole.

La Commission chargée d’élaborer l’avant-projet de nouvelle Constitution a été formée et installée le jeudi 29 septembre dernier, à travers une cérémonie solennelle. Composée de quatre-vingt-douze (92) membres, elle comprend des représentants du chef de l’Etat, des partis politiques, de la société civile, des forces de défense et de sécurité, du monde rural et économique ainsi que des juristes et des défenseurs de l’environnement. Ce projet de nouvelle Constitution, Roch Kaboré veut en faire une nouvelle victoire pour le peuple.

« Le monde entier reste attentif à ce qui passe au Burkina Faso. Depuis le succès de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, la résistance contre le putsch des 15 et 16 septembre 2015, la bonne tenue des élections présidentielle, législatives et municipales, la qualité de l’expérience démocratique dans notre pays est unanimement appréciée (… ).Il nous faut des institutions fortes qui survivent à leur géniteur », a-t-il relevé dans son adresse aux membres de la Commission, reprenant ainsi habilement une recommandation du président américain Barack Obama qui prescrivait aux pays africains, au cours de sa toute première tournée africaine après son élection à la Maison Blanche, de se doter des institutions fortes et non des hommes forts, comme cela est de coutume sur le continent ; ce qui lui avait valu une réplique d’un certain Blaise Compaoré à l’époque au sommet de sa gloire. « L’Afrique doit adopter des textes conformes à ces réalités et la loi fondamentale ne va pas déroger à cette règle », a déclaré pour sa part le président de ladite commission, Halidou Ouedraogo.

Le projet est de passer à une Ve République renforcée en matière démocratique et faire oublier les pages sombres de l’ère Compaoré. Les membres disposent d’un délai de deux mois pour fournir un avant-projet de Constitution à même d’« édifier une nation forte et démocratique » et qui devra être soumis à référendum.

Faure Gnassingbé opaque aux réformes

Le Togo se voit toujours damer le pion dans beaucoup de domaines par ses voisins. En matière de démocratie et d’alternance, il n’y a pas photo. Au Bénin et au Ghana, on en est au nième changement de main du pouvoir, le Burkina est le dernier voisin à prendre ce train. Mais le Togo a visiblement signé un pacte avec l’immobilisme. C’est un même clan, le RPT/UNIR, et mieux, une seule et même famille génétique qui régente le pays depuis bientôt un demi-siècle. Mais on ne semble pas prêt à engager des réformes pour arrimer le pays à l’évolution du monde.

Parlant de la réforme de la Constitution, au contraire du Burkina où le projet de modification est une initiative délibérée de Roch Kaboré pour booster la démocratie dans son pays, au Togo c’est un engagement formel que le pouvoir avait pris lors des pourparlers intertogolais ayant suivi la montée sanglante au trône de Faure Gnassingbé en 2005 et qui s’étaient conclus par un Accord politique global (APG) le 20 août 2006. A travers l’ancêtre de l’UNIR, le RPT, Faure Gnassingbé avait donné sa parole d’engager des réformes constitutionnelles et institutionnelles devant promouvoir la démocratie, l’Etat de droit, la bonne gouvernance et autres vertus connexes, en contrepartie de la légitimité à lui accordée par l’opposition. Il se devait donc d’honorer sa part du contrat. Mais voilà depuis une décennie que ces réformes se font désirer.

La réforme de la Constitution devrait consacrer la limitation du mandat présidentiel, le retour du mode de scrutin à deux tours, le renforcement des prérogatives du Premier ministre, et celles institutionnelles, permettre le renforcement des institutions et leur bon fonctionnement, le tout au service de la démocratie. La Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) avait insisté sur le retour aux fondamentaux de la Constitution de 1992 adoubée par tout le peuple togolais. Mais Faure Gnassingbé n’en a cure. Le projet de loi du gouvernement et la première proposition de loi de réformes de l’opposition ont été rejetés en juin 2014 et en janvier 2015. Après avoir empêché la mise en œuvre de ces réformes, le Prince a profité de la Constitution tripatouillée à lui laissée par son défunt père pour candidater à un 3e mandat en avril 2015 et l’emporter (sic). Même après avoir eu l’objet de ses désirs, il n’entend pas se rattraper.

C’est devant ses pairs de la CEDEAO en mai 2015 que Faure Gnassingbé a refusé de signer le protocole visant une harmonisation de la limitation à deux des mandats présidentiels dans ses pays membres. La seconde proposition de l’opposition parlementaire n’a pas connu meilleur sort en août dernier. Au niveau du pouvoir, on ne semble plus lié par l’APG. A maintes reprises, ses porte-voix l’ont déclaré caduc. Faure Gnassingbé lui-même ne donne pas meilleur gage de vouloir vraiment des réformes. C’est depuis l’Allemagne en juin dernier au cours d’un voyage qu’il avait annoncé s’en tenir toujours aux réformes et surtout promis la mise en place d’une commission d’intellectuels pour plancher sur la question. Le Haut-commissariat à la réconciliation et au renforcement de l’unité nationale (HCRRUN) a organisé un atelier dit de réflexion et d’échanges sur ces réformes du 11 au 15 juillet derniers. Ses conclusions qui auraient été accueillies avec enthousiasme par Faure Gnassingbé étaient censées être versées à sa fameuse commission d’universitaires et autres intellectuels. Mais depuis bientôt deux mois après la clôture de l’atelier, elle n’est pas encore formée.

Pendant qu’ailleurs les dirigeants prennent délibérément l’initiative d’engager des réformes constitutionnelles pour renforcer l’encrage de la démocratie, ici au 228 Faure Gnassingbé n’a que faire de ses engagements pris devant les représentants de la communauté internationale. Dieu sait si à son agenda, il envisage vraiment mettre en œuvre les réformes. Malheureusement pendant ce temps, les autres pays avancent sur le terrain de la démocratie…

Source : Tino Kossi, Liberté

27Avril.com