Aide koweïtienne à l’agriculture togolaise : Que sont devenus les 40% de caution promise par le gouvernement ?

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Parallèlement au Programme national d’investissement agricole et de sécurité alimentaire (PNIASA), le gouvernement togolais bénéficie depuis quelques années de l’aide koweitienne pour booster le secteur agricole et permettre aux petits agriculteurs de relancer leurs productions.

Aide koweïtienne à l’agriculture togolaise : Que sont devenus les 40% de caution promise par le gouvernement ?

Mais si on ne remarque pas de la bousculade au portillon, ce n’est pas faute de volonté des prétendants de bénéficier de cette aide remboursable. Outre le fastidieux procédé de rédaction des projets, on a appris que contrairement à l’accord de départ, le gouvernement a abandonné la caution qu’il devrait apporter aux producteurs afin que leur quote-part soit allégée.

Fonds koweitiens, vous connaissez ? Selon deux articles du site du gouvernement republicoftogo.com, le Koweït a déjà soutenu par deux fois le secteur agricole par des dons devant profiter aux petits agriculteurs.

Ainsi, « 3 millions de dollars viendront financer le secteur agricole et particulièrement les petits producteurs. C’est ce qu’a annoncé lundi le ministre de l’Agriculture, Ouro-Koura Agadazi. Les subventions ont été accordées par un Fonds koweitien à la demande du FIDA, le Fonds international de développement agricole. La répartition des aides sera assurée par une commission interministérielle composée de représentants du ministère de l’Agriculture, des Finances, de la Planification et du Développement à la base », écrivait le site le 24 juin 2013.

Un autre a suivi le 18 février 2015 et qui disait : « Le KFAED soutient les petits agriculteurs. Aide à l’agriculture de base/Le Fonds koweïtien pour le développement économique arabe (KFAED) a accordé mercredi 3 millions de dollars sous forme de don au ministère de l’Agriculture pour développer l’activité des petits producteurs et des groupements. Les bénéficiaires éventuels doivent soumettre leurs projets (production, achat de matériels, transformation, conservation ou commercialisation) à la  Faîtière des Unités Coopératives d’Epargne et de Crédit du Togo (FUCEC) ou à l’Union togolaise de banque (UTB). Les montants octroyés vont de 5 à 25 millions de fcfa ».

Mais entre ces deux dates, un autre journal écrivait le 23 septembre 2013 : « Le Fonds koweitien pour le développement appuie l’agriculture togolaise avec près de 3 milliards 500 millions de FCFA. C’est à l’hôtel Eda Oba ce vendredi 20 septembre 2013 que le Colonel Ouro Koura Agadazi, ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche a procédé au lancement officiel des activités de financement des petits et micro-crédits pour le développement et la promotion de la sécurité alimentaire au Togo ».

En nous en tenant exclusivement aux données contenues dans ces articles et en considérant que le dollar coûte 500 FCFA, ce sont au total 6 milliards 500 millions qui sont mis à la disposition de l’Etat togolais pour soutenir le monde agricole. Deux institutions, une bancaire et l’autre de microfinance sont chargées de s’occuper des prêts à accorder aux agriculteurs désireux d’en bénéficier.

Selon les informations que nous avons recueillies au siège de Coopec Solidarité, tout prétendant au prêt devrait disposer de 50% de ses prétentions comme actifs propres avant que l’institution ne lui accorde les 50% restants, au cas où son dossier est retenu. Nous n’étions pas convaincu, parce qu’avant de nous présenter, nous avons eu au téléphone le chargé des fonds koweitiens au ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de l’Hydraulique qui nous a expliqué que l’accord de dons prévoyait que le bénéficiaire dispose de 10% de ses prétentions. L’Etat se chargerait de le cautionner à 40% auprès de l’institution, ce qui fera 50% et la FUCEC ou l’UTB se chargera d’accorder les 90%.

Donc non convaincu par les agents à la FUCEC, nous sommes allé à l’UTB. Mais non seulement il nous a été confirmé que les bénéficiaires devraient disposer de 50%, mais aussi que le volume des projets rédigés n’a rien à envier aux mémoires des étudiants. Une situation qui décourage beaucoup d’initiateurs.

« Lorsque j’ai appris l’existence de ce fonds, j’ai été parmi les premiers à apprêter mon projet, mais grande fut ma déception lorsque je me suis entendu dire à l’UTB que je devrais produire 50% de ce à quoi je veux prétendre. Or j’avais un projet de 6,8 millions de FCFA et je me disais qu’au fil des mois, j’allais abandonner la craie pour me consacrer à plein temps à mon élevage couplé de cultures vivrières. J’ai failli dire au chargé du projet à la banque que je ne serais pas venu vers eux si j’avais à ma disposition la moitié du montant de mon projet. Je suis enseignant volontaire non déclaré à la CNSS, ne bénéficiant d’aucune protection sociale. Mais voilà que les conditions d’accès au fonds ne me permettent pas d’espérer améliorer un jour ma situation. Le ministère seul peut savoir la raison pour laquelle il a changé les règles du jeu en cours de route. Pour moi, c’est une réelle déception », s’est laissé aller un instituteur.

L’autre aspect des contraintes à l’épanouissement du secteur de l’agriculture est la rédaction des projets. La majorité des Togolais étant à tendance agricole, il est curieux que pour des projets devant booster le secteur, l’accent soit si concentré sur le volume des projets. Parce que le Programme national d’investissement agricole et de sécurité alimentaire (PNIASA), dans son projet PADAT, n’a pas procédé de la même façon, ce qui a certainement permis à beaucoup qui n’avaient pas recouru à des cabinets d’experts en rédaction de projets, d’être aussi pris en compte.

Un éleveur a déploré cet état de chose et proposé une alternative. « Il est clair qu’un projet très bien rédigé n’implique pas une garantie de réussite de l’activité. Puisque des gens ont quitté ce pays après avoir bénéficié de pareils financements. Donc il serait plus pratique que les autorités disposent d’un canevas à faire remplir aux prétendants aux prêts et qu’une visite régulière soit initiée. Moi je proposerais, pour être plus concret, que les fonds de roulement soient décaissés, mais que les autres achats de matériels et d’intrants soient effectués ensemble avec une équipe de suivi, ceci pour éviter que les objectifs des fonds ne soient détournés et que les remboursements ne soient pas problématiques », croit-il.

Le fonds koweitien a pour objectif de donner un coup de pouce à l’agriculture togolaise. Et pour soutenir cette initiative et la rendre viable, il a été convenu que l’Etat togolais accompagne les agriculteurs en les cautionnant à hauteur de 40%. Mais la situation actuelle démontre que les beaux discours n’ont eu de valeur que le temps de la signature de ces accords de dons. Et c’est le monde paysan qui en pâtit à l’heure du bilan.

Source : [31/05/2016] Godson K., Liberté

27Avril.com

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