A chacun son « Père » !

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« Ce n’est pas le titre qui honore l’homme, mais l’homme qui honore le titre » – Nicolas Machiavel

Jusqu’ici, les Togolais ne connaissaient que deux titres de « Père ». Celui de Père de l’indépendance du Togo attribué à Sylvanus Olympio et celui de « Père de la Nation » à feu Gnassingbé Eyadéma, d’après la commission présidée par Mgr Dosseh-Anyron, archevêque de son état.

A chacun son « Père » !

Grands usuriers de l’histoire, feu Dosseh-Anyron et ses compères n’ont pas eu le courage nécessaire d’établir que le titre de « Père de l’indépendance du Togo » impliquait nécessairement celui de « Père de la Nation Togolaise ». Sur le monument de l’indépendance, n’est-il pas gravé le message suivant si lourd de sens : « Peuple togolais, par ta foi, ton courage et tes sacrifices, la Nation est née » ?

Si la nation est née à l’indépendance, est-il besoin de démontrer que le commandant en chef de la lutte ayant débouché sur cette indépendance est non seulement le père de l’indépendance mais également le père de la nation togolaise? Ailleurs, ils l’ont compris. Aussi ont-ils élevé les héros des indépendances au rang de « Pères de leur Nation ». Au Togo en revanche, on se singularise et on tente de réécrire l’histoire selon le bon vouloir de Faure Gnassingbé. Heureusement que dans ce petit rectangle, tous ne sont pas des prébendiers du régime pour tenter  de réviser son histoire. Hommage au grand et infatigable combattant Godwin Tété, qui au travers de son ouvrage : « Sylvanus Olympio, Père de la Nation Togolaise » paru en 2008 aux éditions Harmattan, a véritablement réhabilité la vie et la mémoire de cet homme.

Preuve qu’au Togo, certaines personnes, au nom de leurs intérêts égoïstes marchent sur leur tête, ce titre de « Père de la Nation togolaise » refusé à Sylvanus Olympio, est bradé au profit de Gnassingbé Eyadema, celui-là même qui a revendiqué son assassinat. Aberration monumentale ! Pour certains, la Commission Dosseh-Anyron, en procédant ainsi, a tenté de couper la poire en deux. En réalité, c’était une énormité historique.

Depuis le 30 avril dernier, le vocabulaire des Togolais vient de s’enrichir d’un nouveau titre : celui de « Père de la démocratie togolaise ». A l’occasion de la célébration du 26ème anniversaire du CAR, les militants de cette formation politique, cirant les pompes de Me Yawovi Agboyibo, grand « tribun » revenu aux commandes selon des méthodes abjectes dignes du vieux parti-État, l’ont « intronisé » « Père de la démocratie togolaise ». Course aux titres ? A défaut d’être « Chef de file de l’opposition », voilà le Bélier noir bien servi. Désormais, il pourra se consoler avec ce titre et « laisser tranquille »  Jean-Pierre Fabre. Mais aurait-on raté un épisode palpitant de l’évolution politique du Togo ? Jusqu’ici, on ignorait que le Togo était une démocratie. Et qu’il fallait se presser de s’en attribuer la paternité. Folie des grandeurs, quand tu nous tiens !

Source : Meursault A., Liberté

27Avril.com

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