Méprise du PM français Valls sur le Togo

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« On nous réconcilia ; nous nous embrassâmes, et depuis ce temps-là nous sommes ennemis mortels » – Alain-René Lesage

Le Togo incarne l’un des régimes dynastiques en Afrique où le père et le fils cumulent 50 ans de règne au pouvoir. Il est d’ailleurs l’un des rares repaires, avec la Gambie, où l’alternance est en souffrance dans une Afrique de l’Ouest en pleine mutations démocratiques. Ironie de l’histoire, ce sont ces deux Etats qui ont imposé leur diktat à la CEDEAO en opposant un refus catégorique à la volonté de la Commission de l’institution sous-régionale d’instaurer l’alternance démocratique dans les quinze pays membres. La propension de Faure Gnassingbé et de Yahya Jammeh à s’éterniser au pouvoir, contre vents et marées, aura finalement raison du projet communautaire.

Méprise du PM français Valls sur le Togo

Au Togo, selon la campagne internationale pour la promotion de l’alternance démocratique en Afrique « Tournons la page », 88% de la population n’a connu qu’une seule famille au pouvoir. « Pourtant les Togolais ne vivent pas sous une monarchie. Depuis 1967, la famille Gnassingbé règne sans partage sur un territoire qui fait désormais exception dans une Afrique de l’Ouest où la démocratie s’est durablement installée », précise le rapport.

Pourtant lors de sa visite de 48 heures au Togo, le Premier ministre français Manuel Valls a donné l’impression de découvrir ou d’entendre parler pour la première fois de cette calamité démocratique en Afrique. Ses déclarations en disent long sur sa totale méprise ou méconnaissance de ce pays et de ses dirigeants. Quelques morceaux : « Le Togo change dans le bons sens », « Votre pays change, il avance, il progresse », «Il y a un Togo moderne, en renouveau », « Comment ne pas déjà ressentir les vibrations et les transformations ?», « Comment ne pas voir qu’une Afrique nouvelle se dessine et se prépare ici ?», « Monsieur le président, vous faites avancer ce pays avec patience, avec détermination », « Vous avez eu à cœur, et c’est comme ça que l’on reconnaît les grands dirigeants, de favoriser la réconciliation des Togolais entre eux et avec leur peuple».

Sur ce dernier point justement, les Togolais se demandent de quelle réconciliation parle Manuel Valls. Est-ce de la création de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) dont aucune des 68 recommandations n’a été mise en œuvre à ce jour plus de quatre ans après la remise du rapport à Faure Gnassingbé ? Comment peut-on parler de réconciliation quand les bourreaux de 2005, ceux qui ont massacré un millier de Togolais, sont toujours aux affaires et narguent leurs victimes? Comment peut-on parler de réconciliation quand les victimes de 2005 attendent désespérément réparation ? Comment peut-on parler de réconciliation quand ceux qui ont infligé des traitements inhumains et dégradants à leurs concitoyens ne sont nullement inquiétés, à contrario promus ?

Jamais les Togolais n’ont été autant divisés que sous Faure Gnassingbé. A commencer par sa propre famille biologique. Certains membres de cette famille naguère intouchable sont devenus des pensionnaires de la prison. C’est Gnassingbé père qui, depuis le caveau familial fait de marbre importé d’Italie, devrait se retourner dans tous les sens. Un « grand dirigeant » devrait savoir pardonner, le pardon étant la plus grande force de l’homme. Depuis sept ans, son demi-frère ainsi que ses coaccusés sont coincés entre les quatre murs dans une scabreuse affaire de tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat.

Ils sont également nombreux, les adversaires politiques à croupir dans les geôles de la dictature dans une rocambolesque affaire d’incendies des marchés de Lomé et de Kara. Plusieurs responsables politiques sont encore sous inculpation.

Comme le dirait l’autre, contrairement aux allégations de Manuel Valls, Faure Gnassingbé est le plus grand commun diviseur des Togolais.

Source : Médard Amétépé, Liberté

27Avril.com