M. Valls, Voici les changements dont rêvent les Togolais

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« Il ne peut y avoir de développement sans démocratie » – François Hollande

Lors de son déplacement au Cameroun en juillet 2015, François Hollande laissait entendre qu’« il ne peut y avoir de développement sans démocratie ». La démocratie est un facteur qui est déterminant pour le développement des jeunes nations d’Afrique. Le président français rejoint ainsi les grands défenseurs de l’idéal démocratique pour qui il ne peut pas y avoir de développement sans démocratie préalable.

M. Valls, Voici les changements dont rêvent les Togolais

Pour nous autres Togolais qui n’avons connu qu’une seule famille, les Gnassingbé, pour nous qui vivons depuis un demi-siècle dans la dictature du père au fils, quand nous entendons parler de la France, les valeurs qui reviennent c’est la démocratie, la bonne gouvernance, la justice, l’Etat de droit, les libertés, etc. Ces valeurs qui nous font tant rêver ne sont qu’un leurre au Togo des Gnassingbé.

Manifestement, pour la première et probablement dernière visite de Manuel Valls au Togo, les intérêts économiques ont pris le pas sur la démocratie. Les questions des réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales et de la décentralisation qui préoccupent les Togolais depuis plusieurs mois, ont été peu ou prou évoquées par le Premier ministre français. Pour Manuel Valls qui tançait, il y a quelques mois le président gabonais Ali Bongo d’être mal élu, c’est assez étonnant qu’il se plaise à s’afficher aussi fièrement aux côtés de Faure Gnassingbé et à se laisser même aller à quelques envolées à l’endroit de son hôte.

« Le Togo change dans le bons sens (…) Comment ne pas déjà ressentir les vibrations et les transformations ? Comment ne pas voir qu’une Afrique nouvelle se dessine et se prépare ici ? Monsieur le président, vous faites avancer ce pays avec patience, avec détermination pour qu’il rattrape le temps perdu lors des années difficiles. Et vous avez eu à cœur, et c’est comme ça que l’on reconnaît les grands dirigeants, de favoriser la réconciliation des Togolais entre eux et avec leur peuple », a-t-il déclaré.

Peut-être l’ancien maire d’Evry fait-il allusion au fait que certaines artères de Lomé sont réhabilitées ou construites ? Comme le dit si bien Laurent Duarte, coordinateur de la campagne « Tournons la page », «100 kilomètres de routes goudronnées ne feront jamais un bilan politique ». En tout cas, il n’y a aucun mérite après 50 ans de règne sans partage, à construire des « ruellettes » qui ne sont pas dignes de la Lomé la capitale, mais plutôt des villes de l’intérieur.

Le changement dont rêve l’écrasante majorité des Togolais est de pouvoir manger à leur faim, de pouvoir s’éduquer, se soigner, se loger, se vêtir, de pouvoir bénéficier d’une juste et équitable répartition des ressources et richesses du pays, de pouvoir choisir librement leurs dirigeants au cours des élections démocratiques, libres et équitables. Les gouvernants étant au service du peuple, il est légitime de les remplacer quand le peuple estime qu’ils ne remplissent plus leur mission. Mais cette possibilité n’existe pas au Togo. Et dans un pays où l’espérance moyenne de vie est de 56 ans (données de 2012), il est donc possible de naître et de mourir en n’ayant connu qu’un seul président, Gnassingbé.

Manuel Valls sait-il que dans la communauté de l’UEMOA qui rassemble huit (8) pays francophones de la sous-région, le seul à ne pas connaitre l’alternance politique depuis 50 ans est le Togo ? Sait-il que le Togo est le seul pays à ne pas avoir une limitation du mandat présidentiel? Sait-il que le Togo demeure le seul pays dans la sous-région à ne pas avoir une élection présidentielle à deux tours ? Sait-il que le Togo est le seul dans la sous-région à ne pas réaliser la décentralisation de ses institutions locales ?

Voilà les changements que nous voulons. Pour les routes, elles viendront d’elles-mêmes…

Source : Médard Amétépé, Liberté

27Avril.com