Les sommets et les séminaires, la nouvelle stratégie de diversion de Faure Gnassingbé

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Les sommets et les séminaires, la nouvelle stratégie de diversion de Faure Gnassingbé

C’est la nouvelle passion de Faure Gnassingbé. L’organisation de rencontres internationales et de séminaires. On a vu comment le pouvoir s’est récemment livré à une débauche financière pour l’organisation du fameux sommet sur la sécurité maritime qui a vu défiler à Lomé des chefs d’Etat africains, certains pour à peine une heure de temps.

Pour ce sommet, tous les sujets d’intérêt national ont été relégués au second plan. D’aucuns ont même traité d’antipatriotes ceux qui tentaient de rappeler les questions importantes restées sans suite sur le plan national, à l’instar de cette épineuse question des réformes. Visiblement par Faure Gnassingbé, même si la charte finale a été boudée pour plusieurs pays africains, dans son entourage, on se satisfait des résultats. Lesquels ? Le pouvoir de Lomé a pu se repositionner sur le plan africain comme un régime fréquentable qui se préoccupe des questions d’ordre panafricain. Ainsi, il tente de faire oublier ses engagements vis-à-vis de son peuple, notamment ceux des réformes politiques.

A peine fini, on annonce encore un autre sommet, celui Israel-Afrique. Là aussi, Faure et les siens disent vouloir constituer le point focal du pays hébreu dans la sous-région. On voit bien que là également, il s’agit d’offensive diplomatique pour attirer aux côtés du régime (et pas forcément du peuple togolais) des alliés pour constituer un lobby en sa faveur. En dehors de ce sommet, on raconte aussi l’éventualité d’un prochain sommet de la francophonie à Lomé.

Pendant que le régime enfarine le monde avec les sommets sur le plan international, sur le plan local, il a trouvé une recette correspondante : les séminaires/ateliers. On se rappelle l’atelier du Haut-Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement l’Unité Nationale (HCRRUN) destiné à connaitre des questions de réformes. Ah oui, après les dialogues, les commissions, il a fallu un atelier qui, lui-même, sera suivi d’une autre commission en perspective. Les réformes sur lesquelles tous les acteurs ont convenu depuis 10 ans, il a fallu encore organiser un atelier pour en rediscuter. Conclusions ? Les mêmes que depuis des années : il faut aller aux réformes institutionnelles et constitutionnelles pour doter le pays d’institutions fortes et indépendantes.

Pendant qu’on attend la constitution de cette commission, et voilà encore un nouveau séminaire annoncé, sur la décentralisation. Sur le sujet, il faut le rappeler, il y a déjà eu des dialogues, des commissions, des lois. Et alors que tout le monde attend une date pour aller à la phase décisive de la décentralisation, les élections locales, on annonce un… séminaire. C’est donc une rencontre que le pouvoir propose comme réponse aux multiples et diverses sollicitations des acteurs nationaux et des partenaires du Togo. Naturellement, après le séminaire dont les conclusions n’ont, soit dit en passant, aucune valeur juridique, il faudra s’attendre à peut—être de nouvelles commissions ou dialogues. Et la diversion se poursuivra.

Jusqu’ici, si le pouvoir se donne à cœur-joie à ces sommets et ateliers, c’est parce qu’ils lui permettent de gagner du temps et de se dérober à ses engagements. Un peu comme dirait un homme politique, « pour tuer une affaire il faut l’envoyer en commission ». Et depuis que Faure a réussi à s’installer durablement au pouvoir, il en a fait une méthode de gouvernance. Face à lui, rien ne semble encore pouvoir l’arrêter. Tous les autres acteurs (opposition comme société civile) semblent dépourvus de moyens pour obliger le régime à cesser de tourner en rond. Pendant ce temps, le cirque continue.

« La multiplication des initiatives de dialogue sans résultats tangibles contribue aussi au sentiment de frustration et à la résignation qui engendre l’immobilisme de la société », a lancé en juillet dernier l’ambassadeur de l’Union Européenne au Togo, Nicolas Berlanga-Martinez, à la suite du nième folklore du pouvoir dénommé atelier du HCRRUN.

Pour l’instant en tout cas, la stratégie fonctionne, et Faure Gnassingbé et ses amis continuent à narguer le peuple.

Mensah K.

icilome.com