Le Liban : Un piège sans fin pour les jeunes togolaises!

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«Le problème des pays du Tiers n’est pas celui du pain, mais celui du gagne-pain», Alfred Sauvy. Dès lors qu’une opportunité d’emploi s’offre aux jeunes des pays africains au Sud du Sahara comme au Togo, on la saisit becs et oncles, sans en mesurer les contours des contrats, quitte à braver toutes les lois et interdictions, pour une aventure de «non-retour». Le départ des jeunes Togolaises vers le Liban connaît un regain d’intérêt, pour peu qu’on leur y propose des emplois non pas décents, voire esclavagistes. Devant des promesses souvent illusoires de dollars US, la motivation est à son comble, même si le danger de mort est réel comme ce fut le cas de d’Amélie Sizing Banafeyikodu dont la dépouille a été rapatriée, ensevelie le 17 Novembre à Pya dans la Kozah.

Les parcours, les témoignages sont légion et chacun dans sa particularité illustre, O combien est-il illusoire de prétendre se faire fortune en travaillant comme domestique dans ce pays du Moyen-Orient et retourner sain et sauf au bercail.

Départ en douce, retour les pieds devant

Mère de deux enfants (un fils de 14 ans et une fille de 12 ans), c’est à 33 ans, en 2015 que la défunte Amélie Sinzing déniche le réseau de recruteuse qui lui ouvre les portes du Liban. Elle fait rapidement les démarches en catimini et saute dans un avion à partir du Ghana pour Beyrouth (Liban) en janvier 2015. Pour elle, l’aventure aura duré environs 22 mois, du 15 janvier 2015 au 17 Octobre 2016 où elle trouve la mort à Beyrouth.

Yeux rouges, gorges serrées ; c’est avec amertume que ses parents ont récupéré le corps dans un sarcophage à l’aéroport de Lomé mardi nuit. Si le médecin légiste au Liban argue une crise cardiaque, les proches de la victime se refusent à tout commentaire, convaincus que le mensonge a pris le dessus dans ce drame et ils ne sauraient avancer des faits sans en détenir les preuves.

Cependant, des sources très proches du dossier soutiennent qu’il n y a pas de preuves que la jeune femme ait été victime de maltraitance comme dans les autres cas.

« Je tiens à vous faire part de notre émoi et tristesse pour le décès de Sizing. J’espère qu’elle trouvera la paix et la sérénité auprès du bon Dieu. Nos sincères condoléances à vous et à sa famille. Elle restera toujours dans nos cœurs», a témoigné son employeur (Libanais).

Le cas Amélie n’est qu’un énième drame dans un phénomène de trafic humain, un fonds de commerce entretenu par des Togolais démarcheurs, recruteurs en complicité avec des agences de voyage sans scrupule.

Un business juteux sous le regard impuissant, quelque peu complice des autorités togolaises

Pendant qu’on pleure la mort fortuite d’une compatriote, il y a actuellement dans le pays, des hommes et femmes surtout constitués en réseau qui sillonnent le Togo à la recherche de prochains candidats aux aventures de tous les risquent.

Selon nos recoupements, pour une personne recrutée et convoyée au Liban, les démarcheurs engrangent directement entre 300 à 600 dollars US (180 000F CFA à 370 000F CFA environ). Indirectement, ils peuvent aller jusqu’à 1000 dollars US (environ 600 000F CFA).

Le système a établi que les frais de formalités et de voyage qui peuvent s’évaluer jusqu’à 3 000 dollars, restent à la charge de l’employeur, c’est-à-dire le ménage qui sollicite une jeune togolaise pour le travail de domestique. Aux recrues les plus naïves, les démarcheurs arguent que c’est eux qui ont pris en charge les formalités de voyage et peuvent soutirer jusqu’à 6 mois de salaire aux aventurières. Ce qui fait qu’indirectement, les marcheurs rentabilisent jusqu’à hauteur de 1000 dollars par tête recrutée.

Devant cette manne, ils ne sont pas prêts à dire les conditions réelles qui attendent les candidates au Liban. Ils jouent sur la situation de précarité dans laquelle naviguent les jeunes au Togo. Il faut le dire, c’est un travail peu digne (domestique communément appelé bonne ou «bonnage » dans le jargon).

En dépit des tournées de recrutement qu’ils font, de préférence dans les villages de l’intérieur du pays comme ce fut le cas de la défunte Amélie dénichée jusque dans une contrée à Pya dans la Kozah (région de la Kara), les recruteurs mettent à contribution les réseau sociaux à travers lesquels ils passent leurs annonces. Le discours est bien travaillé de sorte à dissiper toute méfiance.

Les termes du contrat du travail de Domestique au Liban – un engagement sans recul

Le contrat est d’une durée de 3 ans renouvelable. Les chiffres et les témoignages s’accordent que 2/10 domestiques se retrouvent dans les conditions de travail favorable à honorer le contrat des 3 ans.

Les termes du contrat stipulent que pour le salaire, les domestiques seront payées dans la majorité des cas comme suit :

Année 1 : 200 dollars US par mois, environ 120 000 F CFA par mois
Année 2 : 225 dollars US par mois, environ 140 000F CFA par mois
Année 3 : 250 dollars US par mois, environ 160 000F CFA par mois

Les salaires sont payés par mois, par trimestre, par an ou à la fin des 3 années du contrat. Pour les deux dernières options, le paiement a toujours posé problème entre les deux parties, l’employeur ne voulant pas s’acquitter. De même, les fourchettes des salaires ne sont pas toujours respectées.

Selon le contrat, toute immigrée au Liban est sous le contrôle absolu de son employeur qui détiendra désormais les papiers (cartes de séjour, passeport) de son employée. Toutes les sorties sont toujours sous la supervision d’un tuteur.

Esclavage moderne ou l’employeur « achète sa domestqiue »

Toute famille libanaise qui sollicite les services d’une travailleuse domestique doit débourser entre 3 500 et 5 000 dollars US (2 200 000F CFA à 3 000 000F CFA) rien que pour les formalités des recrues, de leur pays d’origine à Beyrouth. Une somme faramineuse que certains Libanais regardent comme un tribut qui leur donne tous les droits, y compris ceux de vie et de mort sur les employées. Ils ne peuvent dépenser cet argent et permettre que l’employée rompe le contrat sans autres formes de remboursement avant le délai du contrat. Autrement, il devra débourser la même somme pour faire venir une autre.

Les témoignages font état de ce que les gens au Liban ont très peu de considération pour les autres peuples, les Hommes d’autres cultures. Au Liban, il n’y a pas que les Togolaises, il y a également des ressortissant d’autres pays africaines qui y vont à la recherche du travail de domestique. Les indiennes, les philippines bref, des aventurières d’Amérique Latine aussi y trouvent font parties du lot.

Entre les promesses faites par les recruteurs au Togo et la réalité dans les familles d’accueil au Liban, c’est le jour et la nuit. Les domestiques travaillent parfois sans répit, largement au-delà des 8 heures de travail réglementaires établies par l’Organisation Internationale du Travail (OMT). Les conditions sont inhumaines, selon les rapports des rescapées.

La xénophobie ne suffit pas à maintenir le sexe des Patrons libanais dans leurs pantalons à l’égard des filles togolaises. Ils font parfois preuve de violences sexuelles et corporelles, parfois des assassinats purs et simples, surtout lorsque les victimes protestent et tentent de s’échapper.

Des réalités alarmantes

Dans ces conditions, nos sœurs meurent de morts lâches. En 2014, trois (3) togolaises ont été poussées du balcon par leurs patronnes. Elles en sont mortes dans l’indifférence totale. Certaines sont tuées et enterrées au Liban en discrétion. D’autres restent enfermées dans de chambres fortes dans les ménages pour peu qu’elles réclament violemment leurs droits et décident de rentrer au pays.

Pour celles qui ont plus de chance, elles se retrouvent dans la rue sans papiers et finissent inévitablement en prison.

A l’heure actuelle, il y a 6 Togolaises en détention à Beyrouth : deux (2) accusées de vol, deux (2) autres de sans papiers.

Deux (2) autres ont fini à la Caritas, dans l’espoir de pouvoir régulariser leur situation et regagner le pays. Les familles restent dans l’obscurité absolue au pays, ou souvent sans aucune possibilité d’aider leurs enfants en détresse au Liban. Ces chiffres ici, sont ceux des cas connus et avérés. Il est difficile de savoir combien sont en détresse dans les forteresses de leurs familles d’accueil, combien sont séquestrées et victimes de maltraitances de tout acabit.

Le Consulat du Togo au Liban, la Solidarité Togolaise au Liban : des lueurs d’espoirs bien limitées

En 2015, la communauté Togolaise au Liban était estimée à 2 875 personnes. Bien plus important qu’il n’existe de Libanais au Togo (environs 1 700 en 2016).

La situation politique du Liban étant complexe, il n’y pas encore un gouvernement digne de ce nom qui puisse recevoir les lettres de créance du consulat du Togo et le reconnaître en tant que tel dans la défense des droits des compatriotes ainsi que d’autres formalités administratives qui pourraient faciliter la vie à cette forte communauté togolaise dans ce pays.

Mais le plus sidérant, c’est que la “diplomatie saisissante” de Faure Gnassingbé n’a aucun égard pour les Togolais au Liban. Dans presque tous les dossiers urgents, des cas de vie ou de mort des Togolais au Liban, les lettres envoyées au ministère togolais des Affaires Etrangères sont restées sans suite. Même pas d’accusé de réception, laissant le consul au Liban dans une impasse, une situation régulièrement décriée par nos compatriotes aventuriers face à l’indifférence du régime.

Bien assurément, voler au secours des compatriotes en détresse n’est pas aussi rentable pour les couloirs de la présidence, plutôt qu’ouvrir des consulats dans des pays comme la république d’Azerbaïdjan où on ne sait combien de Togolais y vivent.

Mieux, on préfère s’adonner à des ballets diplomatiques dont la seule motivation est de décrocher des contrats avec des investisseurs, au plaisir des surfacturations et rétro-commissions qui ne disent pas leurs noms.

Quid de la vraie diaspora dont nul n’ignore l’apport gigantesque à l’économie nationale ?

Devant cette indifférence, les Togolais au Liban se réunissent au sein de la Solidarité Togolaise au Liban (STL). Une association qui, avec le soutien du consulat (officieux), raccordent les efforts pour tenir le coup dans ce piège qu’est le Liban. Quelques ONG au Togo comme au Liban sont mises à contribution, ainsi que les organisations de la société civile comme le Mouvement Martin Luther king du pasteur Edoh Komi.

Le gouvernement Togolais a, quant à lui, interdit ce genre d’aventure vers le Liban, en bloquant toutes formalités administratives dans ce sens. Raison pour laquelle les candidats recourent aux pays voisins comme le Ghana pour prendre les vols. Et on peut bien le constater sur le passeport que la défunte Amélie Sizing a obtenu son VISA au Ghana.

Pourtant, on rabat les oreilles des Togolais à longueurs de journée avec des histoires à dormir debout, des discours qui font état d’un travail de collaborations entre les services de sécurité et de migrations des pays voisins et le Togo. Au Togo, la rhétorique a une grande longueur d’avance sur le pragmatisme.

La société civile, les médias devraient doubler d’ardeur dans la sensibilisation contre ce phénomène de trafic humain vers le Liban et les pays du Moyen Orient ; un voyage d’aller simple sans retour.

La mauvaise gouvernance vend notre jeunesse à vil prix à un système esclavagiste moderne où les promesses mirobolantes en amont ont toujours eu raison du sens de discernement de nos jeunes en campagne, affamés et désœuvrés à qui même le FNFI (Fonds National de Finances Inclusives) de Faure Gnassingbé n’a pu apporter grand-chose.

Combien de centres de formations professionnelles avons-nous au Togo, et surtout dans les régions intérieures, dans les zones rurales ? Et quelle formation donnent-ils, ces centres ?

A.Lemou

 

 

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