La start-up africaine de la semaine : une tablette électronique conçue pour les boutiquiers dakarois

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À Dakar, Weebi (“simple” en pulaar) propose aux petits commerçants de remiser leur antique livre de compte au placard pour le remplacer par une tablette électronique. À la clé : la simplification de la gestion mais aussi la collecte des données sur les échanges réalisées quotidiennement dans la capitale sénégalaise.

Amadou est commerçant à Dakar et comme beaucoup de ses collègues, il fait crédit à ses clients avant de consigner minutieusement sur un gros livre de comptes les créances des uns et des autres. Jusqu’à ce que… catastrophe !

Une bouteille d’huile se renverse sur le livre de comptes, ruinant les ventes minutieusement recensées par Amadou depuis des années. C’est ici qu’intervient Weebi, une ardoise digitale — dans les faits une tablette — destinée aux petits commerçants de Dakar et conçue pour éviter ce genre d’écueil.

Voici pour l’elevator speech, ce discours simple et concis de l’entrepreneur dont la jeune société a fait un argument de vente. En stage en 2013 au département du Bureau international du travail à Dakar, Pierre Gancel, diplômé de Sciences Po Bordeaux, se rend compte de la rareté des données disponibles sur les habitudes d’achats de la capitale sénégalaise, tout particulièrement sur les cosmétiques ou les petits commerces alimentaires.

La data s’invite chez les boutiquiers

Un frein pour les investisseurs qui ne disposent pas de données suffisantes sur le marché. La faute à un antique système immémorial de livres de comptes. « On peine à s’en rendre compte en France, mais à Dakar tout repose sur la confiance, il est fréquent que des restaurants ou des boutiques fassent crédit », raconte ainsi Pierre Gancel.

Alors avec d’autres camarades, deux Sénégalais et un Togolais, il lance Weebi, « simple » ou « facile » en pulaar, la langue des commerçants peuls de Dakar, qui sont très souvent d’origine guinéenne. Un crédo qui sera bientôt complété par un slogan destiné à rassurer les commerçants : « Weebi na tidi », « simple et robuste ». Cheikh Sene le commercial, Kande Diaby le statisticien et Dadja Bassou le développeur formeront le reste du bataillon.

Après la création de la société en décembre 2015, les premiers prototypes voient le jour en juillet dernier. L’offre premium, la plus complète, qui comprend application, tablette et imprimante, court jusqu’à 149 000 francs CFA (230 euros). Mais le produit de base s’avère plus accessible pour le commerçant dakarois : 55 000 francs CFA pour l’application sur smartphone. Le tout fourni avec une imprimante thermique, c’est-à-dire sans encre. « Tout pour se débarrasser du stylo et du papier », explique Pierre Gancel.

Souvent, explique le jeune homme, les clients font le choix d’acheter une tablette attachée à socle antivol. Les associés peuvent compter sur les jeunes Sénégalais de Dakar très à l’aise avec les outils numériques et actifs sur les réseaux sociaux et plus enthousiastes devant une tablette que devant un livre de comptes. Jusqu’ici, une cinquantaine de commerçants se sont déjà laissés tenter. Les jeunes créateurs de Weebi visent désormais le palier des 300 boutiques clientes.

Collecte de données

S’ils se financent jusqu’ici sur leurs deniers personnels et leurs économies, la société se laisse un an pour valider la rentabilité de son modèle. En attendant, Weebi est déjà nommé dans plusieurs concours et regarde désormais du côté de l’USAID, l’agence de développement américaine, plutôt que vers les organismes français. Quoique récemment l’AFD a décidé d’investir 1,7 million d’euros dans les incubateurs de start-up en Afrique.

Derrière le besoin d’offrir un outil simple et accessible, Pierre Gancel ne perd pas de vue son objectif de départ : la collecte de données sur les habitudes d’achats et les commerçants, qu’il entend patiemment recueillir puis anonymiser. Avec l’ambition à terme de les mettre à disposition des chercheurs ou des investisseurs.

Jeune Afrique