La start-up africaine de la semaine : le jeu vidéo développé à Lomé qui veut séduire les « gamers » togolais

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Avec peu de moyens mais beaucoup de volonté, deux jeunes Togolais de Lomé ont lancé “The Boy In The Savannah”, un jeu vidéo d’arcade dont le héros est un petit garçon qui évolue dans la savane. La deuxième version du jeu, accessible sur le magasin d’applications mobiles de Google, Android, est parue en octobre et espère attirer de nouveaux “gamers”.

En décembre dernier, le studio LimPio, fondé par ces deux jeunes passionnés, a lancé The Boy In Savannah, (« Le garçon dans la savane » en français), le premier jeu vidéo entièrement né et développé au Togo. Le pitch de ce jeu en 2D (deux dimensions) est aussi simple que ludique : raconter les aventures d’un petit garçon qui évolue dans des contrées hostiles.

« On a toujours voulu faire des jeux vidéo sans jamais savoir comment », raconte Jules Tchédou, qui a grandi avec Grand Theft Auto et Dragon Ball Z. Graphiste de formation, à 22 ans il est l’un des tout jeunes pères du projet. Pour lui et son comparse programmeur, Gérard Pana, 24 ans, le déclic est venu de façon inattendue, du moteur de recherche américain Google. Le petit cactus qui apparaît parfois sur la page d’accueil du moteur de recherche quand la connexion est interrompue est devenu source d’inspiration.

« On s’est dit en le voyant : ça au moins, on doit pouvoir le faire « , raconte aujourd’hui Jules Tchédou. Surmonter les obstacles de connexion avec un cactus, oui, mais en l’adaptant à une thématique africaine. Or, où se trouvent les obstacles sur le continent ? Dans la savane. De là est né The Boy in Savannah.

Faire connaître l’Afrique

Une fois lancée, la première version du jeu atteint rapidement le millier de téléchargements — une seconde version, déjà, lui a succédé quelques mois plus tard. Ce qui est peu dans un pays de 6 millions d’habitants. Mais un résultat encourageant au Togo, où les quelques « gamers » se procurent en général leurs jeux via le téléchargement illégal ou vont s’adonner à leur passion dans les salles de jeux en arcane ou en réseau, où ils dépenseront 1 000 francs CFA pour s’amuser sur FIFA ou des jeux de combat. « Ici, au Togo, la connexion est souvent très mauvaise », se plaint Jules Tchédou. « Parfois, même envoyer un mail peut être problématique ».

Malgré le développement artisanal de leur jeux, les deux jeunes gens reçoivent aussitôt des félicitations, y compris de professionnels américains sur des forums spécialisés et des groupes Facebook qui rassemblent des développeurs indépendants. Certains saluent la prouesse technologique des deux Togolais au vu des faibles moyens dont ils disposent.

Et l’aventure suscite l’engouement ailleurs. Médias français comme américains se penchent sur le cas de la petite entreprise, dont le nom « LimPio » est composé du deuxième prénom de ses fondateurs, Gérald Limpiyè Pana et Jules Pio Tchédou.

Si le jeu est pour le moment proposé gratuitement sur la plateforme Google Play, l’objectif des créateurs est qu’à terme, sa notoriété leur permette de gagner suffisamment de fonds pour se lancer dans un projet de plus grande ampleur. Mais ce n’est pas tant l’argent qui intéresse ses fondateurs que l’idée de proposer un nouveau regard sur l’Afrique et sa culture.

Cibler la diaspora

Leur approche consiste à rompre avec certains clichés tenaces. Dans The Boy in Savannah, le personnage principal, un petit garçon, évolue certes dans la savane mais il n’est ni nu, ni vêtu d’un simple pagne. Il est habillé « à l’occidentale », explique Jules Tchédou. À mesure qu’il progresse dans le jeu, les infrastructures autour de lui, comme le paysage, évoluent. Par exemple, son village finit par être électrifié.

Une façon de montrer le dynamisme du continent, mais aussi d’évoquer son histoire dans les versions à venir. Encore récente, l’ « African Fantasy », dont Aurion au Cameroun est un autre exemple récent, est désormais en passe d’entrer dans le vocabulaire courant. Mais les créateurs de The Boy In Savannah rêvent désormais de connaître le même engouement que celui suscité par les jeux asiatiques. Cette fois-ci, ce sera « à la sauce africaine » : « On veut faire découvrir notre culture au monde entier », poursuit Jules Tchédou.

Mais pour en arriver là, le chemin est ardu. Pour s’en sortir, Jules Tchédou et Gérard Pana misent sur l’Europe et sur leurs compatriotes établis à l’étranger, même s’ils regrettent parfois que la diaspora togolaise ne soit pas aussi organisée que celle d’autres pays africains. Il n’en reste pas moins qu’ils tablent en priorité sur une hausse des téléchargements par ces Togolais installés à l’étranger, avant, si leur jeu suscite l’engouement, de se développer davantage au Togo même.

Jeune Afrique