Interview de Classio Koutoglo : « Le Togo ne peut plus continuer sur cette voie de présidence de père en fils sans limitation de mandat »

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Interview de Classio Koutoglo : « Le Togo ne peut plus continuer sur cette voie de présidence de père en fils sans limitation de mandat »

Suite à la manifestation des Togolais de la diaspora contre Faure Gnassingbé à New York en marge de la 71ème de l’assemblée générale des Nations Unies, un membre du mouvement organisateur a accepté parler des contours de cette manifestation. Il s’agit de Classio Koutoglo, Togolais résidant aux USA.

Le 22 Septembre dernier, la diaspora togolaise s’est fortement mobilisée pour crier son ras-le-bol par rapport à la gouvernance de Faure Gnassingbé en marge de la 71ème assemblée générale des Nations. Vous êtes l’un des organisateurs de cette manifestation. Dites-nous d’abord pourquoi cette manifestation ?

La manifestation contre la présence de M. Faure Gnassingbé et sa délégation à New York le 22 septembre reste dans la logique de la réclamation des réformes institutionnelles et constitutionnelles au Togo. Les fils et filles du Togo dans la diaspora pensent que M. Faure Gnassingbé et ses hommes seuls détiennent la clé pour ouvrir la porte effective des réformes qu’il a demandées en 2006 pour apaiser le peuple, suite au bain de sang qui a précédé son accession au pouvoir en 2005.

M. Faure Gnassingbé a signé l’Accord Politique Global (APG) qui comporte toutes les solutions adéquates au problème des togolais afin de retrouver un Togo réconcilié. Ce dernier, au micro des radios de la diaspora et celles du Togo, a promis l’application des conclusions de cet accord.

A partir du moment où il a décidé d’envoyer ses hommes devant le peuple, et 10 ans après, ces accords sont toujours mis au placard, et certains de ces ministres se permettent de dire que les accords sont caducs, les Togolais considèrent donc que M. Faure Gnassingbé ne tient pas ses promesses.

Vu les conditions dans lesquelles M. Faure Gnassingbé est arrivé au pouvoir et les manières dont il roulait et continue de rouler les Togolais dans la farine tout en protégeant la minorité qui pille, que lui même a dénoncée dans son entourage, les filles et fils du Togo pensent qu’ il faut prendre le courage à deux mains pour interpeller M. Faure Gnassingbé sur le plan international et lui demander de faire les réformes puis quitter le pouvoir à la fin de son mandat, sinon il conduit tout doucement le pays vers un danger .

Nous étions à New York pour dire à l’opinion internationale de parler à Faure Gnassingbé pour qu’il fasse les réformes et qu’il limite rapidement le mandat présidentiel dans les meilleurs délais.

Nous prenons juste la communauté internationale à témoin qu’il est inadmissible que le père de Faure Gnassingbé fasse 38 ans au pouvoir et que le fils refuse de limiter le mandat présidentiel.

Quelle a été l’ambiance et comment les choses se sont passées?

L’ambiance était celle des grands jours. A la suite de l’hymne national au moment où les gens se rassemblaient, à quelques mètres de l’entrée de la grande salle des Nations Unies, les Togolais de la diaspora scandaient des slogans hostiles et véridiques à l’ égard du président du Togo. Nous étions devenus brusquement une curiosité des diplomates et des présidents étrangers.

Certains présidents africains dont je tais les noms, ont envoyé des émissaires venir se renseigner. Il y a même un président africain bien apprécié par son peuple, qui visitait ses concitoyens sur un autre stand, qui est venu vers nous, s’est renseigné et a demandé à ses agents qui l’entouraient de prendre des photos pour lui. Les journalistes des grandes radios y étaient. Nous avons parlé avec plusieurs services secrets sur la situation du Togo. Nous avons reçu des directives et des conseils.

Avez-vous pu rencontrer Faure Gnassingbé même en personne ? Si non quelles ont été les raisons ?

Nous avons cherché Faure Gnassingbé. Notre organisation est tellement minutieuse sur certains points à telle enseigne qu’il serait difficile de rater une seule occasion pour le rencontrer face-à-face (rires). Nous croyions qu’il allait encore diviser les Togolais de la diaspora en recevant certains dans un hôtel. Désormais, nous voudrions lui dire que cette façon de faire ne sera plus possible.

Les raisons sont simples : il a vite compris l’avertissement et a sauvé son honneur et aux yeux du monde. Sinon, je peux vous rassurer que les Togolaises et Togolais étaient déterminés et furieux à le rencontrer et ils ont pris toutes les dispositions pour être présents partout où M. Faure Gnassingbé allait recevoir un groupe.

Vous avez tout de même livré un message à la fin de la manifestation. Que peut-on retenir d’essentiel dans votre déclaration ?

Le message est clair. Le Togo ne peut plus continuer sur cette voie de présidence de père en fils sans la limitation de mandat.

Les Togolais s’organisent à faire face à ce régime cinquantenaire qui fatigue tout le monde. La communauté internationale a été avertie des dangers que le Togo court si elle ne dit pas les quatre vérités à M. Faure Gnassingbé. La diaspora trouve que les réformes institutionnelles et constitutionnelles demeurent les moyens pour que les filles et fils du Togo se réconcilient. M. Faure Gnassingbé gagne plus en faisant les réformes et il sortirait plus grand que celui qu’il est aujourd’hui.

La diaspora togolaise contribue de manière considérable au développement du Togo, mais en retour elle est privée de certains de ses droits dont celui de vote. Ne pensez-vous pas que c’est plus utile de revendiquer ces droits que de demander le départ immédiat de Faure Gnassingbé?

Depuis combien d’années ces demandes ont été formulées et déposées sur la table des autorités du Togo ? Combien de fois ce droit, la diaspora ne l’a pas évoqué? C’est un mépris et le pouvoir a tout fait pour donner l’ouverture à la diaspora de rentrer au pays sans visa et refuse de lui donner le droit de vote. Comment peuvent-ils reconnaître les efforts de la diaspora dans l’économie togolaise et dans son développement puis refuser à ce que cette diaspora dise son mot sur les choix des autorités pouvant gérer les affaires du Togo ? C’est de la pure mauvaise foi.

Pour répondre le plus simplement à votre question, je voudrais vous dire que le droit de vote de la diaspora se trouve dans les réformes institutionnelles et constitutionnelles. Une fois que ces réformes sont faites, le droit de vote de la diaspora est d’emblée comme prévu dans les accords.

Après cette manifestation, quel projet concret avez-vous dans la diaspora pour faire bouger les lignes ?

La conférence maritime sur la sécurité sur la mer est un grand souci pour la diaspora. S’ il faut signer juste une charte au Togo et il faut prélever environ 5,5 milliards de francs CFA sur le budget de l’ Etat et 8 milliards de la caisse noire de l’ Etat sans présenter aucun détail sur la gestion de ces fonds au peuple, la diaspora pense qu’il faut purement et simplement arrêter ce sommet dans un Togo où M. Faure Gnassingbé, pendant 10 ans, n’a même pas construit un seul hôpital digne du nom pour le citoyen .

Pour la petite histoire, lorsque nous expliquions cet aspect de santé publique aux journalistes, aux curieux diplomates et aux services secrets des Nations Unies, ils n’en reviennent pas. Cela veut dire que la situation du Togo est grave.

Je pense qu’il est temps que le Togo profite de cette rencontre de la signature de la charte sur la sécurité sur la mer pour signer une autre charte pour les réformes.

Quel regard portez-vous sur la mobilisation des forces vives sur le terrain qui se battent également pour obtenir les réformes ?

Ceux qui aiment le pays se distinguent de ceux qui font leur malin. J’ai beaucoup de respect pour le travail que font certains partis et certaines organisations de la société civile sur le terrain. Je tiens à apprécier le parti « Les démocrates » de M. Habia Nicodème, CAP 2015, et bien d’autres qui font un travail de sensibilisation et d’éveil de conscience du peuple togolais. Je voudrais leur dire de converger leurs actions vers la centrale de l’opposition togolaise et de la société civile pour une unicité d’actions fortes qui connaît toujours des succès.

Après les réformes, tout parti peut donc rêver et ambitionner, car les règles mettront chaque parti sur le plan d’égalité. Lorsque ce temps va arriver, le peuple qui regarde et observe, choisira à son âme et conscience les bons travailleurs parmi les ambitieux. Ce qui importe la diaspora dans sa globalité aujourd’hui n’est pas l’ambition de postuler à la magistrature suprême de l’Etat, mais c’est de faire en sorte que le peuple puisse choisir librement ses représentants

Avez-vous un message particulier à l’endroit des Togolais de la diaspora et ceux qui sont au pays ?

D’abord, je voudrais remercier les membres de la Diaspora américaine et du reste du Monde pour leur sens citoyen et patriotique à l’ égard du Togo, notre patrimoine commun. Je crois que nous sommes enfin réveillés tous et nous connaissons ceux qui ne veulent pas du bien pour notre pays. Ils sont là pour non seulement diviser les filles et fils du pays, mais aussi piller toutes les richesses. Nous sommes debout au bon moment et j’en appelle à la conscience individuelle et collective de maintenir le cap de la pression.

A la jeunesse togolaise et au Peuple Togolais, je voudrais leur dire que personne ne laisse l’avenir d’un pays dans les mains des dirigeants moins clairvoyants et qui n’arrivent pas à résoudre les petits problèmes du Togo pendant 10 ans alors que nous voyons les présidents dans nos pays limitrophes qui ne prennent pas des jours avant de commencer à appliquer les décisions courageuses prises. Je voudrais leur dire que l’avenir se prépare dans le courage et dans l’audace.

Propos recueillis par Shalom Ametokpo

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