Grand reportage : Vo-Asso Djogbédji, De la boue à l’eau potable

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Il y a encore quelques mois, les populations de Vo-Asso Djogbédji ne s’imaginaient pas aller à la bonne fontaine et revenir avec de l’eau potable. C’est désormais une réalité dans cette  localité, située à une soixantaine de kilomètres au nord-est de Lomé. Ce petit village de la préfecture de Vo qui compte environ 500 habitants, jusqu’à un passé récent faisait face à  une tragédie humaine sans précédent  due à la  quasi-absence d’eau dans cette localité.

Suite à un reportage de votre journal (Liberté)  intitulé,  « A Vo-Asso Djogbédji, « l’eau, c’est la mort » », réalisé dans ce village, certaines bonnes volontés se sont manifestées pour venir en aide à ces populations. Ainsi, le Woman solidarity association of Togo in Chicago (Wosat), un groupement de  femmes togolaises résidant à Chicago, a financé la réalisation d’un forage à un coup estimé à plus de 8 millions de F CFA. La réception de l’ouvrage a eu lieu le mercredi 26 octobre 2016, à travers une cérémonie officielle qui a rassemblé tout le village avec les autorités traditionnelles qui ont fait le déplacement pour vivre l’évènement, en présence des membres de l’association bienfaitrice,. Désormais,  Vo-Asso Djogbédji a de l’eau potable.

Le reportage qui change tout

Parfois, il suffit juste d’un geste pour sauver une vie ou changer l’histoire de tout un peuple. Nul ne pensait qu’au départ, le grand  reportage titré « A Vo-Asso Djogbédji, « l’eau, c’est la mort » », allait porter  de fruits. Déjà, ce reportage avait suscité diverses réactions. Certaines personnes  étaient dubitatives par rapport à la véracité de cette situation, alors que d’autres découvraient, circonspectes, une réalité qui n’aurait plus le droit d’être en ce 21ème  siècle, encore moins dans une localité qui se trouve juste à quelques dizaines de kilomètres de Lomé. Même  les populations de cette localité, alors que nous étions sur le terrain pour le reportage, ne vendaient pas cher notre peau. Certains n’hésitaient pas à extérioriser leur pessimisme. « Plusieurs personnes sont déjà venues ici pour nous promettre des choses. Malheureusement, toutes ces rencontres sont restées à l’étape des promesses et nous pensons que vous êtes certainement de ceux-là. Nous sommes fatigués de tout ce cirque. Vous êtes tout de même les premiers journalistes à venir découvrir la situation dramatique que nous vivons ici à Vo-Asso Djogbédji, aidez- nous »,  nous disait  encore il y a quelques mois, un habitant de cette localité.

Ce reportage a eu le mérite de montrer à l’opinion tout entière, ce que vivent ces populations au quotidien par rapport au manque d’eau. Voici ce que nous disait dame Adoukoe, une quinquagénaire. « C’est de la boue que nous buvons depuis des temps à Vo-Asso. Ce puits n’a jamais contenu d’eau à proprement parler, et il faut passer des heures ici avec une débauche d’énergie afin de recueillir au moins une bassine d’eau pour le ménage ». Ces lignes démontraient à suffisance le désastre que vivaient les habitants.

Malgré tout, certains avaient  espoir au travail que nous avions fait. « Je pense que ce que vous avez fait pour alerter le monde entier ne sera pas vain. Cette fois-ci sera la bonne et je pense qu’un jour, les populations de Vo-Asso Djogbédji, diront à leurs progénitures que c’est grâce au journal Liberté que leur localité a pu avoir de l’eau potable », opinait le sieur  Kokoroko, natif du milieu. Et le rêve devient réalité !

WOSAT, « le messie »

Dans la vie, il y a des gens de cœur et qui sont exceptionnels. Les femmes de  Woman solidarity association of Togo in Chicago (Wosat) font certainement partie de cette catégorie de personnes. Rien ne prédestinait au départ que cette association allait venir en aide aux populations de Vo-Asso Djogbédji puisque ce  regroupement n’intervient que dans le domaine scolaire, en venant en aide aux enfants défavorisés dans les milieux reculés du pays. Chaque année, l’association fait venir au Togo une délégation de distribuer des cahiers et autres fournitures scolaires aux élèves pendant les vacances.  Comment ses membres sont-elles arrivées à s’intéresser au cas de Vo-Asso qui n’était pas dans leur cahier de charge ?

« Nous étions en train de faire les derniers réglages pour descendre à Lomé quand nous sommes tombés sur l’article évoquant le problème d’eau à Vo-Asso. Nous étions tellement touchées, surtout avec les images qui nous avions visualisées. C’était impensable pour nous qu’à cette époque, il y ait toujours des populations qui vivent dans ces conditions déplorables. C’est ainsi que le sujet fut discuté en une de nos  plénières et la décision a été unanimement prise qu’on réalise quelque chose dans ce village. L’équation était difficile à résoudre pour nous, c’était un véritable imprévu. Fallait-il ajourner ce que nous faisons d’habitude (distribution des cahiers ndlr) ou chercher au plus vite des fonds pour ce nouveau projet ? Mais l’essentiel était qu’on était tous d’accord par rapport à l’urgence du projet de Vo-Asso, qui doit être une grande première pour le mouvement. Pour joindre l’acte à la parole, nous avions donc pris attache avec des gens sur le terrain pour pouvoir conduire la réalisation de l’ouvrage. Pour ce qui est des fonds, nous avions cotisé entre nous, les membres et certaines bonnes volontés nous ont appuyées », raconte Christine Kuwornu, Présidente de WOSAT

Après quelques démarches préalables à l’endroit des autorités traditionnelles, une société de la place a été sollicitée pour la réalisation du forage. Quelques semaines plus tard, il a été réalisé et une cérémonie de réception officielle du chef d’œuvre a eu lieu.

Une date mémorable

C’est le jour qu’attendait tout le village. Les habitants étaient pressés de boire de l’eau potable, certains pour une des rares fois de leur vie. L’enthousiasme et la gaité étaient perceptibles. Déjà tôt le matin, des petits groupes de personnes se formaient pour faire les derniers réglages concernant les festivités qui vont meubler la journée. Les femmes s’occupaient de la cuisine alors que les hommes  érigèrent des hangars et sortaient les fauteuils  qui vont servir de sièges aux hôtes du jour. Les enfants n’étaient pas du reste. Ils s’occupaient de petites tâches à eux confiées par les aînés.

« Cette journée restera gravée dans nos mémoires car l’un des problèmes majeurs auxquels nous sommes confrontés dans ce village va trouver une solution. L’eau qui était une source de maladie pour nous ne le sera plus. Enfin nous aurons de l’eau. Nos femmes ne reviendront plus à la maison avec une bassine remplie de boue, mais de l’eau propre. Quant à nos enfants, ils pourront dorénavant aller à l’école dans de saines conditions. Nous attendons avec impatience la délégation des femmes », déclare Agbévidé, bien avant le début de la cérémonie. Les populations de Vo-Asso Djogbédji ne pensent naturellement que du bien des membres de WOSAT. « Ces femmes sont des envoyées de Dieu lui-même. Elles sont tellement gentilles que nous n’avons pas de mots pour leur dire merci », témoigne  un vieux.

Vers 15h de ce mercredi 26 octobre, le bruit des tam-tams  commençait  par raisonner. Une sono a également été mise à la disposition du village pour la circonstance. Peu avant 16h, les sages ont commencé à prendre place. Ils étaient habillés de la manière la plus correcte possible. Ces derniers ont arboré leurs pagnes qu’ils ne portent qu’à des évènements spéciaux.

L’arrivée de la délégation des femmes de WOSAT, qui ont effectué  spécialement le déplacement depuis Chicago, a suscité une ferveur populaire. Chacun se dirigeait vers elles pour les embrasser et leur témoigner sa gratitude. Pour ce qui est de l’ouverture officielle du forage, une petite prière a été dite suivie de la coupure de ruban. « Tout est accompli ! », crie un jeune du village à la fin de la cérémonie.

Dans leur adresse aux généreux bienfaiteurs, les populations de Vo-Asso Djogbédji  n’ont pas manqué de rappeler leur parcours par rapport aux soucis d’eau dans le village jusqu’à inauguration du joyau. « Nous ne pourrons pas vous dire merci, Dieu même sait que le geste que vous venez d’accomplir est ô combien important pour ce village. Il vous le rendra au centuple. Même les enfants qui sont dans le ventre de leur maman actuellement sont fiers de vous », lance le porte parole des populations. Les habitants ont également pris l’engagement de bien s’occuper du forage.

« WOSAT est reconnue pour ses actions en matière de l’éducation des enfants. Mais notre cahier de charges est vaste. Ceci explique notre présence dans ce village pour inaugurer un forage que nous avons financé. Nous comptons faire plus, pour soulager les populations qui sont dans la nécessité », a laissé entendre Christine Kuwornu, Présidente de l’association, accompagnée de ses collègues  Florence Wilson et Brigitte Patalaki, toutes heureuses d’avoir résolu un problème existentiel. Les populations ont également porté en triomphe le Journal Liberté pour le travail accompli.

Cette journée mémorable s’est terminée par une réjouissance populaire avec des prestations de danses traditionnelles mélangées à la musique moderne. La fête a été belle, surtout qu’il y a eu de l’eau de qualité à boire, après avoir « corrigé»  (mangé) des boules de pâte avec de la sauce d’adémè.

Djogbédji , en attendant les autres quartiers de Vo Asso

Le problème d’eau potable ne touche pas seulement Djogbédji. Tous les autres  villages environnants souffrent de la même difficulté. A la publication du reportage, d’autres regroupements se sont également manifestés en dehors de WOSAT. Parmi eux, il y a la plate-forme « Vo wake-up », qui regroupe les fils et filles de la préfecture de Vo, qui prévoit aider ses frères de Vo Asso. Un projet est élaboré dans ce sens et ce regroupement mobilise actuellement les fonds nécessaires pour la réalisation d’un autre forage pour le village de Vo-Asso. Kedi, Awoutoudome, Assogan, Deve, Atchandome, Mononkui, sont, entre autres, les quartiers de Vo-Asso qui ont cruellement besoin de l’eau.

L’eau, c’est la vie ; donner de l’eau à tout un village, au-delà d’un simple geste humanitaire, constitue une œuvre divine. Loin  de tout triomphalisme, nous avons assez de raison d’être fiers de ce que nous avons réalisé. Liberté a écrit, WOSAT a aidé.

Soiurce : Shalom Ametokpo, Liberté

 

27Avril.com