Gouvernance : Relance au Burkina, Gaspillage au Togo !

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C’est une constance, aussi bien sur le plan politique qu’économique, en termes de démocratie, de bonne gouvernance, les bons exemples viennent toujours d’ailleurs. En matière de démocratie notamment, le Togo est dépassé par tous ses voisins. Et même sur le terrain économique, les bonnes idées et pratiques sont fournies par eux. Au Burkina Faso de Roch Kaboré, la dynamique est à la relance de l’économie pour un meilleur devenir du pays. Mais au 228, on n’en pas fini avec le gaspillage des maigres ressources dont dispose le pays.

Gouvernance : Relance au Burkina, Gaspillage au Togo !

Des idées pour relancer l’économie au Burkina

L’économie burkinabé va mal, le Plan national de développement économique et social (PNDES) concocté pour son essor présente des faiblesses. L’analyse diagnostique serait incomplète et légère car les données sur lesquelles le diagnostic est fondé ne reflètent pas la réalité des faits. Cette réalité, les autorités burkinabés en sont conscientes et veulent y remédier. La dynamique est à la recherche des voies et moyens pour relancer l’économie, et toutes les idées sont les bienvenues, quel que soit le bord politique d’où elle vient.

C’est dans ce contexte que l’Union pour le progrès et le changement (UPC), un groupe parlementaire de l’opposition vient de faire des propositions, au terme  des journées portes ouvertes organisées les 6 et 7 octobre passés à Ouagadougou sur le thème « Quelles perspectives de relance économique dans un contexte post-insurrectionnel au Burkina Faso ? ». Ces élus proposent au gouvernement la mise en œuvre d’un plan d’urgence de relance économique prenant en compte les aspects sécuritaire, social et économique.

Le groupe suggère à l’Exécutif, sur le plan purement économique, de payer la dette intérieure et ainsi permettre aux entreprises de résoudre leurs difficultés financières,  organiser une conférence économique d’urgence avec l’ensemble des investisseurs nationaux et étrangers,  lancer un portefeuille d’urgence de la commande publique,  améliorer le climat des affaires afin d’attirer des investisseurs étrangers, rendre plus opérationnel le fonds de soutien aux entreprises en difficultés.

Aux plans social et sécuritaire, ces députés proposent de désamorcer la fronde sociale par un dialogue sincère avec les partenaires sociaux, restaurer sans délai l’autorité de l’Etat, sécuriser les investissements contre les actes de vandalisme, donner des signaux forts que la réconciliation nationale est possible dans la vérité et la justice, réaffirmer l’option pour une économie de marché et le rôle moteur du secteur privé dans la croissance économique.

S’agissant du financement du plan d’urgence, le groupe parlementaire UPC, il faut lancer immédiatement des eurobonds – opération consistant à mutualiser, à l’échelle européenne, la dette des pays de la zone euro afin qu’ils la remboursent ensemble, en émettant ensemble des obligations – concomitamment avec des emprunts obligataires sous-régionaux,  créer un fonds national d’investissement de la diaspora, procéder sans délai au recouvrement des arriérés des recettes fiscales et des chèques de trésor impayés, s’assurer du paiement des prêts avalisés et rétrocédés aux sociétés d’Etat.

Le gaspillage en mode de gouvernance au Togo

Peut-on prétendre que l’économie togolaise se porte bien ? Pas sûr, au-delà des discours lénifiants des gouvernants en place. Les voyants sont au rouge depuis de longues années, les secteurs qui portent l’économie nationale sont exsangues. Les phosphates ne sont-ils pas aux mains de réseaux mafieux qui détournent les retombées dans des circuits obscurs, dépouillant ainsi le Trésor public. Le clinker, le fer, le marbre et autres ressources naturelles sont exploités par une coterie de personnes et les ressources obtenues sont rapatriées dans les pays des étrangers exploitants. L’évasion fiscale est la chose la mieux partagée avec les sociétés exploitant ces richesses naturelles. Le scandale de Wacem en est l’illustration patente.

Le Port autonome de Lomé, même si le pouvoir ne cesse de vanter ses mérites, le peignant comme le seul en eaux profondes de la sous-région, ses performances sont loin d’aller avec ce statut. Elles vont plutôt decrescendo, le Port de Lomé étant fui par les opérateurs économiques qui vont sous d’autres cieux plus cléments. Cela fait un bout de temps que l’on relève cette situation afin de réveiller les gouvernants, mais c’est l’indifférence totale de  leur part. Quant aux sociétés de services comme Togotelecom, Togocel et autres, ce n’est pas non plus le miel. La situation économique du pays se répercute sur la part de ces secteurs économiques dans le budget de l’Etat. Des contributions qui deviennent insignifiantes au fil des années.

Tout autant que la situation politique, l’économie togolaise va mal, malgré les beaux discours servis par les gouvernants aimant chanter une certaine croissance à deux chiffres. Cela ne saurait être autrement lorsqu’une minorité de personnes accapare les richesses du pays, laissant la majorité dans l’indigence. Faure Gnassingbé lui-même a reconnu cette triste réalité en avril 2012. Le plus cocasse, les maigres ressources disponibles sont gaspillées. Alors que les urgences sont nombreuses et bien évidentes, les fonds disponibles sont utilisés dans des prodigalités, des expéditions présidentielles à travers le monde dont l’intérêt est plus que contestable. Durant la période septembre-octobre, Faure Gnassingbé aura réussi l’exploit de parcourir une bonne demi-dizaine au moins de pays au moins. Et lorsque l’on sait ce que coûte un seul voyage présidentiel, on peut se faire une idée de la facture à la fin. Au-delà des voyages infructueux, les fonds disponibles sont souvent investis dans des initiatives propagandistes à visée électoraliste comme le fameux FNFI, Fonds national de la finance inclusive et ses différents produits et autres futilités. Mais pour la réalisation de projets vraiment d’intérêt commun, comme les routes et autres ouvrages, on recourt à des prêts à taux d’intérêt exorbitants auprès de certains pays peu recommandables que les générations futures seront amenées à rembourser. Mais dans la plupart des cas, la viabilité de ces ouvrages pose problème car laissant des failles avant même la fin de l’exécution des travaux.

Ailleurs on est à la recherche d’idées innovantes pour relancer l’économie, et on est ouvert à celles venant de l’opposition. Mais ici, on se contente des incantations traditionnelles et autres initiatives folkloriques à portées problématiques. Le seul recours, c’est de saigner le contribuable, comme avec l’augmentation des prix des produits pétroliers, des frais de péages, des impôts et autres taxes afin de renflouer les caisses de l’Etat généralement vides. Au lieu de chercher des solutions viables pour relancer l’économie, on s’acharne sur les opérateurs économiques et les pauvres citoyens au nom d’un certain recouvrement fiscal qui sent plutôt un acharnement fiscal exécuté par l’Office togolais des recettes (OTR). On se contente de crier aux réformes économiques qui seraient très appréciées par les partenaires économiques ; mais les effets sur la réalité sont difficilement visibles…

Source : Tino Kossi, Liberté

27Avril.com