Exclusif/ Manuel Valls : « Je tenais absolument à venir à Lomé »

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Exclusif/ Manuel Valls : « Je tenais absolument à venir à Lomé »

A quelques heures de son arrivée à Lomé, première étape d’une tournée sous-régionale qui devra le conduire ensuite au Ghana et en Côte d’Ivoire, le Premier ministre français Manuel VALLS a accordé une interview exclusive à trois médias togolais, dont FOCUS INFOS. Dans cet entretien, le Chef du Gouvernement situe le cadre de sa visite, parle de coopération et des enjeux de demain pour l’Afrique.

Les visites d’officiels français au Togo vont crescendo : secrétaires d’Etat, ministres et maintenant chef du gouvernement. Est-ce le signe d’un renforcement de la coopération entre Paris et Lomé ?

Manuel VALLS : Je dirais plutôt que c’est un retour à la normale ! Et une volonté : la France veut donner une nouvelle dimension à sa relation avec le Togo. Votre pays change, il avance, il progresse. Nous voulons l’accompagner. Il faut plus de présence française, plus d’échanges, plus de coopération. La France et le Togo doivent réfléchir ensemble, très concrètement, domaine par domaine. C’est la raison de ma venue à Lomé.

Votre visite vous conduira au Togo, au Ghana et en Côte d’Ivoire : quel sera votre programme au Togo? Des signatures de contrats sont-elles prévues ?

M. V : Je tenais absolument à venir à Lomé. J’aurai des discussions très approfondies avec le Président Faure Gnassingbé ; nous évoquerons tous les sujets, qu’il s’agisse des relations entre nos deux pays ou de la situation dans la région. Quant aux signatures de contrat … Nos entreprises en signent tous les jours ! Elles investissent, elles échangent, elles voient bien tout le potentiel du Togo. L’Afrique est le continent de l’avenir – c’est ma conviction profonde, et c’est d’ailleurs mon quatrième déplacement sur ce continent en tant que Premier ministre. La croissance de demain se joue en Afrique de l’Ouest. Et l’économie togolaise est pleine d’opportunités ! La France croit dans le Togo. C’est ce message que je veux porter auprès notamment des entreprises françaises.

L’Union Africaine vient de signer il y a quelques semaines à Lomé, une charte sur la sécurité et la sûreté maritimes et le développement en Afrique. Quels appuis la France peut apporter à la mise en œuvre de cet important instrument juridique ?

M. V : Le Togo, comme tous les pays de la région, est victime de la piraterie maritime. C’est un fléau qui menace la stabilité des Etats, détruit les économies, accroît la criminalité et que nous devons combattre collectivement : le Togo et la France, l’Afrique et l’Europe. Le ministre de la Défense français, Jean-Yves Le Drian, était ainsi présent au sommet sur la sécurité maritime organisé par le Président Faure il y a quinze jours à Lomé. Cette initiative très importante a permis d’adopter une charte, avec des initiatives communes et une coordination des actions entre les pays de la région. La France et l’Europe prendront toute leur part pour accompagner la mise en œuvre de cette charte de Lomé.

La France et le Togo ont des liens étroits et historiques. Comment envisagez-vous l’évolution de la coopération bilatérale, dans un contexte de mondialisation où les pays du continent se tournent de plus en plus vers l’Asie et les pays émergents ?

M. V : Le Togo est à ce moment de son histoire où les besoins du pays sont énormes … Pour y répondre, il est libre, comme tout pays souverain, de choisir ses alliances ! La France n’a pas de chasse gardée, pas de relations exclusives. C’est à nos entreprises de démontrer qu’elles sont les meilleures face à la concurrence chinoise, turque … A nous d’être à l’écoute des besoins de votre pays, et de savoir y répondre. Car la France veut, bien sûr, demeurer le partenaire de référence du Togo !

Que répondez-vous à ceux qui affirment que l’Afrique francophone demeure le pré carré de Paris ?

M. V : Il n’y a entre la France et l’Afrique francophone aucun « pré carré », mais des liens privilégiés – c’est une histoire, une langue que nous avons en partage. Ces liens sont une chance, et nous voulons les entretenir, même s’ils ne sont bien sûr pas exclusifs. Nous développons donc nos contacts avec tous les pays d’Afrique ; et je me rendrai, après Lomé, à Accra. Notre relation avec l’Afrique, c’est cet héritage … mais c’est aussi une vision pour demain. La France, l’Europe, doivent tendre la main à un continent qui se transforme, à cette Afrique moderne, en effervescence. C’est notre responsabilité de créer ces nouveaux ponts entre nos deux continents.

La menace terroriste reste présente dans la sous-région avec Boko Haram ou AQMI. Comment la France soutient-elle les efforts Togolais et sous régionaux dans la lutte contre ce fléau ?

M.V : La France est, et sera, un allié indéfectible ! Ses armées sont déployées dans la Région pour lutter ensemble contre le terroriste islamiste, et resteront déployées le temps nécessaire. Je proposerai au Président Faure que la France et le Togo renforcent encore leur coopération dans le domaine de la sécurité. Le Togo est d’ailleurs déjà très engagé et assume ses responsabilités. En 2013, votre pays a ainsi répondu présent, participant à nos côtés au combat pour sauver le Mali des griffes des groupes djihadistes. Nous devons continuer à lutter coude à coude.

icilome.com