Dans les bras de l’enfer libanais, une jeune togolaise relate !

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Samantha, c’est le nom d’anonymat sous lequel une jeune togolaise, environ 30 ans, raconte son parcours de Lomé à Beyrouth, et sa situation actuelle. Elle fait déjà deux ans presque, en aventure sans aucun espoir de revoir sa famille.

“Il arrive que je passe mes menstruations sans me doucher, dans le même caleçon”

Avant le début de ce périple, Samantha vivait à Lomé. Nantie d’un Certificat de Fin d’Apprentissage, elle a entamé une formation hôtellerie et restauration. Elle n’a pu achever ce projet puisqu’un autre lui tenait à cœur : Réunir le plus vite possible un fonds et ouvrir un atelier de couture et avant qu’elle ne commence à oublier ce qu’elle a appris. C’est ainsi, comme dans tous les cas d’ailleurs que quelqu’un lui file le contact d’un démarcheur d’« esclaves togolais » pour le compte des « esclavagistes libanais».

« C’est sur WhatsApp que j’ai pris contact avec le monsieur en question. Depuis lors, il n’a cessé de m’appeler depuis le Liban. Il parlait ma langue maternelle et me prenais pour sa sœur. Il me rassurait à chaque appel sur les conditions de vie et de travail de domestique au Liban : Tu auras un jour de repos par semaine, où tu pourras retrouver les compatriotes togolais pour des échanges. Tu pourras changer d’employeur si la famille d’accueil te traite mal… », nous confie la jeune togolaise.

Elle est passée par le Bénin d’où le billet d’avion lui a été envoyé ainsi que le Visa à elle octroyé sous les démarches actives du réseau de recruteurs. Samantha en un temps éclair, finit les formalités administratives à la charge financière des « généreux recruteurs » et rallie le Liban où elle fut accueillie par un couple de libanais tous souriant. Sourires narquois de loups déguisés en agneau devant leurs proies toutes naïves en arrivage par vagues à Beyrouth, tel était le cas de Samantha.

« Ils m’ont amenée directement dans un bureau, où entre eux, ils ont parlé leur langue « arabe » puis j’ai été conduite dans la famille où les trois premiers mois ont été plus ou moins vivables, mais sans salaire. Pendant ce moment, ils m’ont initiée à leur environnement : Faire la cuisine, ranger les choses dans le frigo, composer le lait pour les nourrissons, faire la lessive, la vaisselle, mais le gros du travail revenais à entretenir la maison. Une grande maison où le travail ne finit jamais », confie-t-elle.

Après les trois (03) premiers mois, j’ai la dame a accouché. C’était des jumeaux. Je travaille à la chaîne, sans repos du matin jusqu’au soir. Lorsqu’ils veulent dormir, je suis appelée à surveiller les enfants. Au moindre cri d’un bébé je suis censée répondre au risque de prendre une raclée. Surtout l’homme est très violent et éprouve un grand mépris pour les filles noires. Il m’a faite raser dès mon arrivée. On le fait systématiquement à la plupart des filles dès qu’elles arrivent.

Quand nous quittons le Togo, on nous demande de ne pas prendre beaucoup de vêtements, avec la promesse de nous en acheter une fois au Liban, car le style vestimentaire étant différent. Mais moi, je n’ai rien reçu comme vêtements à mon arrivée. Durant tout ce temps, je souffrais de froid. Je n’avais pas le loisir de laver régulièrement mes propres vêtements ou même de me doucher moi-même. Chaque repas, chaque bain étaient seulement sur accord de la patronne. Il m’arrivait de passer mes menstruations sans me doucher, ou de traîner en caleçon dans le balcon parce que je n’avais rien pour me vêtir ».

Il a menacée de me tuer et m’enterrer dans la forêt si j’insistais

Samantha ne pouvais pas contacter sa famille. Pourtant, elle a laissé un enfant derrière elle à Lomé, qu’elle prend en charge toute seule. Une partie de son salaire devait être renvoyée au pays pour les besoins de l’enfant et des autres membres de la famille. Elle raconte :

« Quand mes employeurs veulent quitter la maison, ils m’enferment à clé à l’intérieur bien que mes papiers aient déjà été confisqués. A leur retour, ils m’emmènent dans la famille de l’homme puis celle de la femme toujours pour le ménage. Je travaillais pour 3 à 4 ménages. Pouvez vous-même imaginer si l’on peut observer une pause dans ces circonstances.

Je n’en pouvais plus. Mon corps tout entier pleurait la fatigue et je tremblais sans pouvoir contrôler quoique ce soit en moi. Les réunions auxquelles je devais participer avec la communauté togolaise étaient bannies. Je ne devais rien réclamer à mon patron. Le Monsieur m’appelait « sharmouta » (ndlr-une transcription sur prononciation). Je croyais que c’était un nom. C’était pourtant une insulte qui voulait dire « la pute ». Pourtant, il a voulu coucher une fois avec moi, mais j’ai vigoureusement protesté.

Tellement acculée, j’ai réclamé de changer de famille d’accueil ou de rentrer chez moi. C’est là il m’a rétorquée que je ne pouvais partir. Il avait dépensé une forte somme pour me faire venir au Liban, et que je ne pouvais rentrer avant les deux (02) ans de contrat. Il m’a menacée de me tuer et m’enterrer dans la forêt si j’insistais.

Cela n’a quand même pas suffit à calmer mes plaintes. Ils m’ont conduite un jour dans un bureau. Là, un autre Libanais a ouvert une pièce obscure où étaient entassées des filles avec une apparence très malade. L’odeur répugnante témoignait que ces filles ne pouvaient se doucher. Néanmoins ils ont sorti une fille du lot, et lui ont posé des questions : elle est originaire de quel pays ? Combien de temps a-t-elle passé dans cette case ? La fille a dit qu’elle est togolaise et qu’elle fait déjà 3 mois retenue dans cette case. Sans salaire !

Ils sont revenus vers moi et m’ont demandé si je voulais retourner travailler sans poser de questions ou je voulais rester dans cette case. Mon choix a été de retourner au travail. Mon retour à la maison était une sorte d’aveu d’incapacité. Ils me maltraitaient sans aucune retenue. Ils m’ont dit que les Togolais n’ont pas de consul ici, et qu’ils pouvaient me faire tout ce qu’ils veulent. Personne ne pourra s’en prendre à eux».

L’Etat Togolais fait dos à plus de 3 000 citoyens en détresse

Les jours qui ont suivi, Samantha s’est échappée. Dans la rue, elle est tombée sur une camerounaise qui lui a donné l’adresse d’une compatriote togolaise où elle a trouvé refuge avec des dizaines d’autres Togolaises, piégées sans papiers.

Le consul du Togo au Liban n’a pas reçu accréditation du gouvernement togolais pour présenter ses lettres de créances au gouvernement Libanais. De ce fait, des victimes de la xénophobie libanaise, les Togolaises sont les plus ciblées.

Le gouvernement ainsi que les associations de défense des droits de la femme au Togo, font la sourde oreille. Le Mouvement Martin Luther king (MMLK) avec l’appui de la Solidarité Togolaise au Liban, s’activent à trouver des failles pour des bribes de solutions. La communauté Togolaise au Liban est évaluée à plus de 3 000 personnes en 2016 dont la majorité sont des filles à près de 90%.

“Depuis des années que la situation dure, Interpol avait été instruit pour veiller aux sorties des jeunes filles togolaises à travers l’aéroport de Lomé en destination des pays du Golfe. Mais le gouvernement togolais est bien loin de prendre des mesures idoines pour secourir les filles restées au Liban et éradiquer le phénomène”, a confié le pasteur Edoh Komi.

Le président du MMLK ne cesse de multiplier les actions. Il a contribué au retour des certaines filles par des gymnastiques indescriptibles. Au même moment, il organise des manifestations pour interpeller les autorités togolaises, qui se refusent à tout contact sur ce sujet.

« Les associations de femmes au Togo ne se contentent que de séminaires et ateliers ronflants, coûteux. Elles ont été sollicitées à plusieurs reprises pour soutenir l’action du MMLK dans le cas des filles torturées au Liban, mais aucune suite n’a été donnée à nos courriers », dénonce le Pasteur Edoh Komi.

Il affirme avoir sollicité les associations comme le GF2D-Togo (Groupe de réflexion et d’action Femme, Démocratie et Développement), WILDAF –Togo (Women In Law And Developpement In Africa), et WANEP –Togo (West African Network for Peace Building). Toutes ces associations ont la question de l’épanouissement de la femme dans leur thématique, mais ont tourné le dos au phénomène, selon le MMLK. La Francophonie n’est pas du reste.

Mieux, Edoh Komi a frappé aux portes des ministres en charge de la Promotion de la Femme dont Ibrahim Maïmounatou et l’actuelle ministre Mme Kolani-Yentchabré. Que du statut quo.

Une attitude qui semble dire : quelle que soit la situation dans laquelle vivent nos compatriote ailleurs, cela n’intéresse personne. L’essentiel est qu’à la fin de l’année, on compte le nombre de milliards qu’apporte la diaspora.

A. Lemou

 

icilome.com