CAN 2017 : Le jeu d’intérêts s’amplifie autour des Éperviers. Avec des conséquences déstabilisatrices prévisibles…

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Le nid des Éperviers est sérieusement perturbé depuis le démarrage du stage ce 08 novembre à Tunis. Pendant que Claude Le Roy tente de préserver la sérénité au sein du groupe, le président de la Fédération togolaise de football (Ftf) Guy Akpovy s’évertue à circonscrire un complot ourdi le dimanche 06 novembre dans un hôtel dans une ville à l’intérieur du pays, pour ternir l’image de la FTF et remettre en selle le fabriquant de maillots «Sergio». Trois acteurs (crisologues), un fabriquant de maillots et un ministre de la République sont les maîtres d’œuvre du nouveau plan de déstabilisation.

CAN 2017 : Le jeu d’intérêts s’amplifie autour des Éperviers. Avec des conséquences déstabilisatrices prévisibles…

La guerre pour habiller les Éperviers

Ce nouveau rififi remonte à plusieurs mois et tourne autour de plusieurs sujets dont l’épineuse question de l’équipementier. A son arrivée à la tête de l’équipe nationale du Togo, Claude Le Roy a entrepris de mettre de l’ordre dans tous les rouages. Il se sert alors de la fameuse lettre de Serge Akakpo qui a emporté Antoine Folly. Au nombre des questions soulevées dans cette missive, se trouve en bonne place la question de la qualité des équipements. Le Roy qui se comporte comme un colon en territoire conquis, exige un nouvel équipementier, Errea, pour habiller les Éperviers pour le reste de la campagne des éliminatoires de la Can 2017. La commande du matériel requis est passée; mais curieusement, le règlement financier n’a pas suivi.

Errea refuse de livrer les équipements. La FTF se trouve contrainte de se retourner vers Sergio. Pourtant, ce denier n’est pas équipementier. Comment a-t-il anticipé le fait que les Éperviers vont manquer d’équipements pour en commander suffisamment pour les entraînements et les matches de l’équipe? Mystère ! Le DG de Sergio Sports dont le nom a été déjà cité dans le scandaleux dossier de la participation du Togo à la CAN Afrique du Sud en 2013 dispose des appuis solides. Il est ainsi mis en scène, avec la bénédiction du ministre Guy Lorenzo et le Col Guy Akpovy. Les premières critiques faites à la qualité des maillots sont balayées d’un revers de la main par le chargé de communication de la FTF, Augustin Améga pendant que Claude Le Roy régente le groupe pour étouffer les contestations des joueurs. Le chemin est ainsi balisé pour « Sergio ».

Ce n’est que bien plus tard, qu’Errea va enfin avoir le virement des fonds pour la commande, quelques jours avant le match contre Djibouti. Sergio Sports assure une fois encore au forceps, mais s’efforce d’améliorer la qualité des équipements. Organisateur de matches sur la base d’un contrat aux contours flous signé avec Gabriel Ameyi, puis reconduit par Antoine Folly, Serge Benissan jure secrètement d’étendre son empire en s’emparant de l’habillement des Éperviers.

Le couac

Au passage, l’Association des anciens joueurs togolais en France rend visite au Col Guy Akpovy. Se disant frustrés par les frasques à répétition dont la polémique autour de la qualité des équipements, les anciens joueurs qui avaient déjà introduit la marque Macron à Antoine Folly reviennent à la charge. Le Colonel Guy Akpovy se montre sensible à la démarche. Les échanges sont entamés pour parvenir à un contrat de partenariat. Mais avec La qualification des Éperviers, d’autres équipementiers s’invitent dans la danse et formulent des offres. Menacé par les grosses pointures, Sergio qui a pris goût à son nouveau business, suscite un débat biaisé dans les medias et l’opinion. La Fédération se montre imperturbable et garde le silence pour éviter toute polémique dommageable à la sérénité naissante.

Pour mettre fin à cette polémique, le Président de la FTF se rapproche alors du ministre pour lui soumettre la question et a insisté sur le retard que prenait le choix de l’équipementier qui devra être communiqué à la CAF le 19 octobre 2016. Guy Lorenzo suggère alors l’option d’un lancement d’appel d’offres public pour retenir un équipementier. Le jeudi 29 septembre, le ministre en charge des Sports dépêche à la FTF deux de ses collaborateurs, Richard Solitoki et un inspecteur des sports, pour élaborer les grandes lignes de l’appel d’offres. Dès le lendemain, le Secrétaire général de la Fédération, Pierre Lamadokou, envoie un projet de communiqué pour le lancement de l’appel d’offres public au ministre des Sports, depuis, c’est le silence radio. Pourtant, les services du ministère des Sports assurent avoir reçu le projet de la FTF et formulé au ministre leurs observations. Pourquoi Guy Lorenzo a-t-il choisi de bloquer le processus ? Second mystère après celui du retard dans le temps du règlement de la facture d’Errea dont le bénéficiaire est Sergio.

La guerre larvée

Contraint de communiquer le nom de l’équipementier à la CAF dans un délai précis et vu le dilatoire du ministre, le Col Guy Akpovy met en place une commission à la FTF pour étudier le dossier Macron. L’équipementier est ainsi retenu après de longues négociations. Certains détails de ce contrat sont libellés comme suit : la FTF va acheter pour un montant fixe du matériel chez Macron par an, et l’équipementier va l’accompagner d’un financement et d’une assistance technique à la Can, en plus d’une assistance pour l’installation d’une boutique à Lomé et des commissions sur la vente des répliques de maillots des Éperviers partout dans le monde. Mais contrairement à ce que soutient le chargé de communication de la FTF, cet accord n’est pas un vrai partenariat avantageux, même si on peut se réjouir d’un bon début. On pouvait obtenir encore mieux, soutiennent certains proches du dossier. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le ministre de l’Economie et des Finances Sani Yaya a refusé de signer le contrat avant le démarrage du stage en Tunisie.

La rencontre du Berceau

À la faveur du refus du ministre de signer le contrat, d’autres acteurs entrent en jeu. Les fameux « crisologues » qui veulent se saisir de la polémique sur le choix de l’équipementier pour mettre en difficulté la Fédération. Lors d’une réunion secrète dans un hôtel dans le berceau des Ewè-suivez les regards-, il est mis en place un plan pour déstabiliser le Col Guy Akpovy, pour avoir fait le choix de l’équipementier Macron pendant deux ans, au détriment d’un vendeur de maillot togolais qui se fait passer pour un équipementier. Le processus lancé pour que Macron habille les Éperviers dans le compte des matches amicaux contre les Comores et le Maroc est remis en cause par une lettre de Guy Lorenzo adressée à la FTF le 7 novembre.

Face à ces manœuvres obscures dont l’unique but est de remettre en cause la signature du contrat avec Macron au profit de Sergio Sports, le colonel Guy Akpovy, après avoir rendu compte à qui de droit, passe malgré tout la commande qui a ainsi accusé du retard. Entre-temps, la FTF prend le matériel insuffisant et inadapté au froid livré par Errea pour parer au plus pressé. Interrogé par nos confrères de «Liberté», le ministre Guy Lorenzo assure ne rien savoir de ce désordre et rejette la responsabilité sur la Fédération. Mais selon plusieurs sources, il serait bel et bien le chef d’orchestre de toutes ces manoeuvres. A Tunis, Guy Akpovy et le staff technique des Éperviers sollicitent la Fédération tunisienne qui leur vient en aide avec des équipements chauds. Pendant ce temps, à Lomé, le principal bénéficiaire des manœuvres du ministre et des « crisologues » fait le tour des sociétés pour les assurer qu’il sera l’équipementier du Togo à la Can 2017, cela, sans aucun mandat de la FTF. Les sponsors de la sélection nationale sont un autre pan de la nébuleuse sur lequel nous reviendrons avec d’autres aspects (notamment le marché des vestes pour la délégation à la Can, l’organisation des matches, le tournoi de l’Uemoa…).

A Tunis, une partie du matériel Macron commandé par la Fédération est finalement livré et a permis aux Eperviers de s’habiller convenablement. Mais ce nouveau rififi provoqué et entretenu de main de maître par qui on sait, risque de compromettre les efforts actuels en vue de remonter le football togolais. Il faut mettre un terme à cette pagaille cyclique à chaque participation du Togo à la CAN. Pour une fois que des efforts sont faits pour relancer le football, on doit éviter qu’au sommet de l’Etat, des actes de sabotage ne viennent compromettre la nouvelle donne. Il est aussi impérieux que les autorités en charge du pays publient le rapport sur les comptes de la CAN Afrique du Sud en 2013, sanctionner les responsables pour éviter que les mêmes acteurs ne ternissent de nouveau le nom du Togo.

Source : Mensah K., L’Alternative No. 569 du 11 Novembre 2016

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