BULLETIN DE PRESSE DU 4 OCTOBRE 2016 : Les dirigeants africains sont-ils rentrés dans l’histoire ? Ou l’imposture de l’émergence 03/10/2016

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Par Nicolas LAWSON, Président du PRR

Les politiques de soumission et de corruption des dirigeants politiques africains mettent en danger l’avenir du continent et le bien-être des populations. Nous sommes épouvantés par le décalage entre leurs affirmations péremptoires et les résultats désastreux de leurs politiques économiques et sociales. C’est incroyable de constater que ces politiciens africains et les élites qui tournent autour d’eux ne réalisent pas qu’il y a une rupture historique qui provoque non seulement une crise économique et sociale mais également une crise écologique et géopolitique.

La mutation en cours, si elle était comprise en Afrique, aurait dû servir à ces dirigeants africains pour faire rentrer l’Afrique dans l’histoire, en faisant du continent le nouveau centre mondial de développement économique et social. Leur premier péché capital est de n’avoir pas réalisé qu’ils ne devraient pas solder les entreprises publiques aux prédateurs en les privatisant. Malheureusement, ils ne sont pas rendu compte que les marchés ne sont toujours pas efficients et qu’ils ne permettent pas une allocation efficace du capital. Ils ne produisent ou n’aggravent que les bulles spéculatives dont la masse cumulative des prix se nourrit d’elle-même et accentue les déséquilibres de l’économie. Pourtant, des exemples des séries ininterrompues de bulles au Japon, en Asie du Sud-Est, des marchés émergents, de l’immobilier et de la titrisation sont là pour les éclairer.

Ils croient naïvement aux dogmes de prétendus experts qui affirment que les marchés financiers sont favorables à la croissance économique alors qu’ils ont leur propre logique de croissance. Ainsi comme les dirigeants politiques mondiaux, à la solde de l’oligarchie financière internationale, nos dirigeants en Afrique sont incapables de cloisonner strictement ces marchés financiers et les activités des acteurs financiers. Ils n’arrivent donc pas à interdire aux banques de spéculer pour leur compte propre et à réduire la liquidité et la spéculation déstabilisatrice par des contrôles sur les mouvements de capitaux et à prélever des taxes sur les transactions financières. La rentabilité demandée pour les crédits est trop élevée en Afrique et il est ainsi difficile de trouver des projets suffisamment performants pour la satisfaire. Dans nos pays, le freinage simultané de l’investissement et de la consommation conduit à une croissance faible et à un chômage endémique. La propagande de croissance élevée en Afrique est une tromperie car les statistiques sont fausses. Le pillage de nos ressources nationales, les évasions fiscales et les démographies incontrôlées ne peuvent permettre aucun véritable développement économique en Afrique, même dans les pays plus ou moins démocratiques.

Pour remédier aux effets négatifs de cette situation caractéristique, il faut renforcer significativement les contre-pouvoirs dans le reste des entreprises publiques et les sociétés minières, pour obliger les directions à prendre en compte les intérêts de l’ensemble des parties prenantes. Il faudra également accroître fortement l’imposition des très hauts revenus pour décourager les prédateurs étrangers qualifiés abusivement d’investisseurs étrangers. Il est aussi indispensable de développer une politique publique du crédit avec des taux préférentiels pour les activités prioritaires au plan social et environnemental.

Comment est-il possible de développer un pays avec des taux de crédit au-dessus de 10% ou de 15% ? Depuis des décennies, le Japon accorde des crédits aux banques à taux 0% et c’est rare de voir ces taux de base au-dessus de 1% en Europe et aux USA. Quand les pays industrialisés ou développés accordent des subventions à leurs agriculteurs, nos pays africains rechignent ou n’arrivent pas à permettre l’accès facile de nos agriculteurs aux crédits. Pourtant, les agences de notation, financées par les multinationales, viennent peser arbitrairement sur nos économies en dégradant les notes de nos Etats. Ce qui conduit à des augmentations des taux d’intérêt des marchés obligataires. Ce qui est fait en Europe ou ailleurs n’est pas autorisé en Afrique. Grâce à cette réalité, la Banque Centrale Européenne (BCE) rachète les titres publics en Europe mais ce n’est pas le cas pour la BCEAO en Afrique occidentale francophone.

Les soi-disant experts font croire que l’envolée des dettes publiques résulte d’un excès des dépenses de l’Etat et que ces dépenses étouffent les économies et sacrifient les générations futures. Ils découragent de la sorte les dépenses sociales en Afrique qu’ils jugent inconsidérées mais ne trouvent pas à dire ou cautionnent les endettements pour construire des infrastructures surévaluées, qui profitent aux sociétés étrangères et servent à des détournements de fonds, aux évasions fiscales et aux blanchiments d’argent. De la même façon, ils trouvent normal que les Etats s’endettent en Europe et aux USA pour mettre en place des plans de sauvetage de la finance qui provoque les crises bancaires et des enrichissements illicites. Allons-nous pouvoir un jour réaliser des audits publics et citoyens des dettes publiques pour déterminer leurs origines et connaître les identités des principaux détenteurs de titres des dettes et les montants détenus ?

Il est faux de faire croire que la réduction des dépenses de l’Etat conduit à la réduction de la dette publique. Si c’était le cas, le Japon avec son PIB de 4.882 Milliards de Dollars US et son endettement de 12.126 Milliards de Dollars US (249%) ne se serait pas engagé à l’augmenter en voulant investir 30 Milliards de Dollars US en Afrique. La macroéconomie n’a pas de grands rapports avec l’économie domestique. La dynamique de la dette publique dépend généralement de plusieurs facteurs, notamment les déficits primaires et aussi de l’écart entre le taux d’intérêt et le taux de croissance nominal de l’économie. Dans la plupart des pays africains, les transferts des diasporas ne sont pas comptabilisés dans les croissances annuelles de leurs PIB et les 2/3 de leurs capitaux sont des capitaux morts.

Nos dirigeants sont incapables de rendre fongibles ces capitaux morts et ils laissent en plus foisonner une économie informelle dévastatrice. Cette anomalie ajoutée à la concussion générale, à la concupiscence des dirigeants, aux prescriptions fantaisistes des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) ou ce qu’on appelle maintenant le PPTE, qui est pratiquement le même élixir ou le philtre magique, n’ont en réalité que des effets d’aggravation des récessions et d’alourdissement des dettes publiques. Ils provoquent des désastres sociaux et politiques car il n’y a pas dans nos pays des assurances et des protections sociales (chômage, logement, etc.) comme en Europe, au CANADA, aux USA. Ils n’arrivent pas à retenir qu’ils doivent accroître les efforts budgétaires en matière d’éducation, de recherche, d’investissements dans la santé, l’agriculture, la reconversion écologique, afin de rendre possibles les conditions de la croissance économique et de la réduction massive de la misère et du chômage des jeunes.

La financiarisation des économies est une catastrophe pour les générations futures. Si l’Union Européenne peut encore se permettre pour un temps, avec le Traité de Maastricht, d’interdire à la BCE de financer directement les Etats européens, qui doivent trouver des prêteurs sur les marchés financiers, un tel dogme est un crime contre les Etats pauvres, faibles et corrompus avec des bureaucraties incompétentes et laxistes d’Afrique. Cette interdiction monétaire dangereuse a conduit la Grande Bretagne à ne pas adhérer à l’Euro et à sortir finalement de l’Union Européenne (le BREXIT) pour préserver sa souveraineté et son indépendance. Les dirigeants africains doivent savoir qu’ils n’ont pas les moyens de respecter un tel dogme et qu’ils doivent sans délai autoriser leurs Banques Centrales (comme la FED aux USA) à financer directement les Etats ou à imposer aux banques commerciales de souscrire aux émissions d’obligations publiques à très bas taux d’intérêt pour éviter les marchés financiers.

En créant des institutions économiques sous-régionales (du type CEDEAO), l’objectif était de promouvoir un modèle économique et social à l’africaine. Cela aurait dû conduire à l’adoption d’une protection sociale dans nos pays respectifs avec des services publics renforcés et des politiques industrielles et commerciales communes. La CEDEAO aurait dû être un rempart face à la mondialisation sauvage, c’est-à-dire protéger nos pays pauvres contre les règles ultra-libérales de l’OMC, de l’APE, etc. La CEDEAO aurait dû sincèrement et efficacement défendre une vision humaniste de l’organisation de l’économie mondiale et ne pas devenir un organe de soumission aux organismes de la gouvernance mondiale et un instrument de règlement des conflits politiques dans les Etats. Elle devrait favoriser la libre circulation des capitaux, des personnes et des marchandises dans toute la communauté et remettre en cause les accords multilatéraux ou bilatéraux, qui ne favorisent pas l’économie sous-régionale. Elle aurait pu mettre en place des objectifs communs à portée contraignante en matière de progrès social comme en matière macroéconomique. Elle aurait pu également compenser les déséquilibres de paiements dans la sous-région en créant une Banque de règlements qui organise les prêts entre les pays ouest-africains.

Nos dirigeants africains présentent depuis des décennies des politiques budgétaires restrictives qui pèsent lourdement sur la croissance et le développement. Ces politiques font chuter des recettes fiscales, n’améliorent pas les soldes publics, dégradent les ratios des dettes et fatalement ne rassurent pas les marchés financiers. La CEDEAO peut-elle parvenir un jour à mettre en place un véritable budget sous-régional comme l’Union Européenne puis aider à la convergence des économies et tendre vers une égalisation des conditions d’accès aux services publics et sociaux dans les Etats membres ?

Notre parti, le PRR, engage le débat pour ouvrir l’espace des politiques possibles et susciter des propositions alternatives et cohérentes à ce qui a été fait jusqu’à présent. Un ex-Président français avait déclaré que l’Afrique n’est pas rentrée dans l’histoire. A-t-il raison ou a-t-il tort ? Les dirigeants africains qui se donnent 10 ans ou 15 ans pour faire émerger leurs pays de l’océan de misère actuelle, de la corruption qui gangrène les sociétés, des injustices sociales graves qui minent la cohésion nationale des populations, etc ; sont-ils réalistes et sérieux ? Il est important d’ébaucher et de mettre en débat dès maintenant les grandes lignes de politiques alternatives qui rendent possible la refondation de nos économies et qui permettront d’éradiquer l’extrême pauvreté dans les pays et l’élévation de tous les citoyens africains à la dignité humaine. Que Dieu nous inspire et veille sur nous.

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