Baal avait ses « prophètes », Faure a les siens : Quand Denis Amouzou-Dzakpah et l’église catholique cirent les pompes à Faure Gnassingbé et au pouvoir Rpt-Unir

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Baal avait ses « prophètes », Faure a les siens : Quand Denis Amouzou-Dzakpah et l’église catholique cirent les pompes à Faure Gnassingbé et au pouvoir Rpt-Unir

Revue des incohérences des évêques du Togo face à la pertinence de leurs collègues de la RDC et d’ailleurs Dans une homélie dithyrambique, l’archevêque de Lomé, Mgr Denis Amouzou-Djakpah a scandalisé mercredi dernier les Togolais en couvrant d’éloges Faure Gnassingbé. C’est à tue-tête que le prélat a rendu « un vibrant hommage » au fils Gnassingbé pour avoir eu, dit-il, « une vision de l’important sommet historique », n’hésitant pas à saluer par ailleurs son « courage ». Ce prêche qui avait plutôt l’allure d’une motion de soutien à celui qui incarne l’accaparement du pouvoir politique et la confiscation de l’épanouissement de la population togolaise depuis un demi-siècle, sonne aux yeux des fidèles catholiques mêmes comme une nième provocation d’un leader religieux qui semble avoir perdu sa vocation de défendre la veuve et l’orphelin.

Une fois encore, Denis Amouzou-Dzakpah, le représentant de Rôme à Lomé, a prouvé qu’il a choisi son camp celui de Faure Gnassingbé et sa minorité qui ont fait main basse sur les richesses nationales, au détriment des Togolais. Le régime de Faure Gnassingbé est l’incarnation au Togo de tous les excès : assassinats politiques (le cas Atsutsè Agbogbli), meurtres gratuits (les enfants de Dapaong, les victimes des violences de Mango), privations de liberté pour des motifs politiques (affaire des incendies), pirateries institutionnelles (manipulation de la justice contre des militants de l’opposition), manques de sincérité (les cas des élections), irresponsabilité morale (les multiples scandales liés au sexe). Il apparaît donc comme un véritable scandale que des hommes qui prétendent être des représentants de Dieu, fassent la compagnie de ceux qui n’ont rien de religieux dans leur vie quotidienne et qui d’ailleurs, par leur inconduite, sapent les valeurs que véhiculent les principes de l’église.

Denis Amouzou-Dzakpah, lui, surtout, a pourtant toutes les raisons de se tenir à bonne distance du pouvoir de Lomé. On apprend qu’il aurait subi des sévices corporels du fait des zélés du pouvoir sous le père. Et son ordination n’a pas été faite par n’importe qui, mais par un cardinal de grande réputation qui est par ailleurs une icône de la défense des intérêts de la veuve et de l’orphelin en Afrique. En effet, l’archevêque de Lomé a été ordonné, en août 2007, par le Cardinal Christian Tumi, lui qui ne s’est jamais laissé impressionner, au Cameroun, par le pouvoir ni les éventuels présents dont il aurait pu profiter des régimes d’Ahmadou Ahidjo et de son successeur Paul Biya. Il est resté, malgré toutes les pesanteurs, menaces et intimidations, égal à lui-même. En l’ordonnant, le Cardinal camerounais invitait son « filleul » togolais à ne pas avoir peur. Mais on voit bien que ce dernier n’a pas attendu d’avoir des menaces; il aurait choisi de se jeter, lui-même et l’église avec, dans les bras de la pègre.

Contrairement au Togo, partout ailleurs où les peuples sont en souffrance, l’église a été un lieu de refuge, un défenseur. On le voit au Burkina, au Cameroun, dans les deux Congo, etc. En 2011, celui qui a consacré Denis Amouzou-Dzakpah archevêque de Lomé, disait par exemple ouvertement dans une interview à nos confrères de Jeune Afrique que « le Cameroun n’est pas un royaume et Paul Biya n’est pas un empereur ». Il expliquait son refus de rentrer dans la commission qui organisait la présidentielle en disant : « Il faut prêter serment et promettre qu’on va fermer sa bouche alors que moi, quand ça ne va pas, je critique ». Il va jusqu’à dénoncer l’injustice dans la répartition des moyens au profit des candidats à la présidentielle. « L’opposition n’a pas eu les moyens de financer sa campagne. A mon humble avis, il y a une injustice quelque part, car tous les fonctionnaires sont mobilisés pour le parti au pouvoir. Préfets et gouverneurs font campagne pour le pouvoir alors que l’opposition n’a pas les moyens de se faire connaître auprès des Camerounais. C’est une injustice politique grave ».

Plus récemment, en RDC, l’église catholique est restée vent debout contre les manigances de Joseph Kabila pour prolonger son deuxième mandat qui devrait être son dernier. La Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) au sein de laquelle se trouve le très engagé Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa, a même demandé aux Congolais de « s’opposer » à tout glissement du mandat présidentiel de Joseph Kabila. Le 20 septembre dernier, à la suite des violentes répressions des manifestations, la veille, dans ce pays d’Afrique centrale, l’église ne s’est pas fait prier pour suspendre sa participation au dialogue politique en cours, exigeant clairement que tout accord devrait exclure Joseph Kabila de la prochaine présidentielle. Le lendemain, l’archevêque de Kinshasa Laurent Monsengwoa conduit une messe aux côtés des autres évêques du pays pour le repos des âmes des victimes des violences.

Contrairement au Congo où l’église reste sensible à la répression des populations, au Togo les portes de l’église sont grandement ouvertes aux bourreaux, mais fermées aux victimes. Le dernier colloque de la coalition politique CAP 2015 aurait dû se tenir à la salle Agora Senghor de la Paroisse Universitaire Saint-Jean, située près du Collège Saint Joseph. Contre toute attente, les responsables du centre leur ont opposé un refus. Idem pour les universités sociales de la société civile qui avaient été prévues dans le jardin du même centre. Jamais le centre n’a donné son accord. Son premier responsable s’est contenté de promettre aux responsables qu’il va leur revenir avec une réponse, jamais il n’est revenu avec une quelconque réponse; mais avant la tenue desdites rencontres de la société civile. Si pour l’église, les opposants sont des parias (ce qui n’est d’ailleurs pas excusable), et les simples citoyens ne peuvent pas, eux, trouver refuge dans « une maison de Dieu », qui porte le nom d’un apôtre de Jésus, où encore peuvent-ils se rendre ?

En juin 2013, le Pape François déclarait ceci : « Nous, chrétiens, ne pouvons faire comme Pilate et nous en laver les mains. Nous devons participer à la politique car la politique est une des formes les plus hautes de charité chrétienne parce qu’elle cherche le bien commun. Les laïcs chrétiens doivent donc s’engager en politique ». Au Togo, l’église catholique refuse « asile » aux hommes politiques qui incarnent les aspirations du peuple, mais ouvre grandement ses portes aux gens dont les mains sont souillées de sang innocent.

Et pourtant, dans une lettre adressée au peuple togolais le 27 avril dernier, les évêques, y compris Denis Amouzou-Dzakpah, écrivaient ce qui suit : « Plusieurs événements dans la vie de notre Pays, dont il serait long de faire la liste ici, posent aujourd’hui de nombreuses questions devant lesquelles nous ne saurions reculer. Par exemple, comment avons-nous pu céder à cette sorte d’idolâtrie du pouvoir et du culte de la personnalité qui ont prévalu pendant de nombreuses années dans notre Pays ? Comment avons-nous pu rester insensibles aux violations des droits humains que cette situation imposait à certains de nos concitoyens ? Comment avons-nous pu être distraits par « le pain et le cirque » qui, de l’animation populaire aux marches de soutien, enfonçaient toujours plus le Pays dans le marasme, la corruption, le gain facile, la mal-gouvernance, le « viol des consciences et à la mutilation des libertés ? ».

Après avoir lu cette lettre dont le contenu a reçu une approbation unanime au sein de l’opinion nationale, beaucoup ont cru que l’église a enfin fait une contrition, et que l’idolâtrie du pouvoir, le culte de la personnalité, le pain, le cirque et l’animation populaire dénoncés par eux-mêmes étaient enfin finis. On voit bien que non ! En tout cas, pas à Lomé. Le goût pour le vin, le champagne et le porc braisé a du mal à quitter les palais des dignitaires de l’église catholique. L’influence des lobbies de la minorité semble encore très présente sur ses responsables. C’est d’ailleurs l’occasion d’évoquer ces lobbies qui semblent tenir les responsables de l’église catholique par le ventre, et parfois par les « bas de la ceinture ». Plusieurs fidèles ne comprennent pas l’influence grandissante, presqu’absolue d’un réseau de femmes (ah oui de femmes) au sein de l’église qui, en intelligence avec le clergé, asseoient leur hégémonie sur les programmes et orientations de l’église. Elles sont à peine au foyer, surtout nanties, très zélées dans les activités de l’église, grandes contributrices, souvent dans des confidences du clergé, très généreuses à l’égard des évêques, ont souvent leurs places réservées pendant les cultes et ont droit à l’autel, quoique souvent en situation irrégulière. Parmi elles, on compte de nombreuses briseuses de foyer, empêtrées dans des dérives morales, n’hésitant pas à traîner sous les soutanes des curés. Leur appartenance politique est connue…Elles font partie du lobby qui œuvre à placer l’église dans l’escarcelle du pouvoir.

En avril, les évêques écrivaient : « De fait, aujourd’hui, le contexte international des attaques terroristes et les enjeux sécuritaires semblent avoir éclipsé totalement les questions internes de justice, de réformes institutionnelles, de décentralisation, de consolidation de la démocratie, de gouvernance et de l’Etat de droit. Nous ne saurions donc faire semblant de les oublier comme si, par enchantement, toutes les questions que nous nous étions engagés à examiner après les échéances électorales avaient simplement disparu ». Six mois après, rien n’a bougé sur le plan politique interne. Faure Gnassingbé a investi des milliards dans une ripaille nommée sommet, justement pour, par ruse et machiavélisme, éclipser les questions importantes pour les Togolais. C’est pourtant pour cela que Denis Amouzou-Dzakpah le glorifie à rompre ses cordes vocales. Pendant ce temps, les chauffeurs qui ont servi pendant cette rencontre et commençaient par grogner au sujet de leur rétribution, sont contraints au silence par la force.

« L’engagement pour la justice est donc le premier moyen, l’instrument le plus éminent dans la réalisation de toute politique.Et cette justice est fondamentalement sociale. Elle consiste, pour l’État, à assurer une répartition équitable des biens en faisant une option préférentielle non pour les riches, mais plutôt pour les pauvres », écrivait la Conférence épiscopale des Evêques (CET) du Togo, dans sa lettre au peuple togolais. En quoi donc l’organisation du sommet sur la sécurité maritime est-elle conforme à une « répartition équitable des biens » dans notre pays pour que cela mérite une si grande ovation de la part de l’archevêque de Lomé ?

« Le scandale n’est pas qu’il y ait des riches et des pauvres ; le scandale est dans le fait que les institutions qui doivent instaurer un minimum d’équilibre se murent dans l’indifférence ou choisissent un camp, celui des riches, paradoxalement, et s’y cantonnent », cet extrait des évêques décrit parfaitement bien le positionnement de l’église catholique aux côtés du pouvoir, plus riche. Et le clergé devrait savoir que les membres, y compris plusieurs responsables, commencent par vivre très mal cette compromission de plus en plus évidente de l’église catholique avec le pouvoir en place au Togo. Et tous s’accordent à dire que le chef de file de ceux qui constituent les points focaux du régime au sein de l’église serait l’archevêque de Lomé, lui-même. C’est par exemple lui qui, dans le cadre des commémorations d’un 27 avril, depuis un voyage, peut appeler un curé à Lomé lui demandant d’organiser, en moins de 24 heures, une messe pour le gouvernement et que juste après son appel, des éléments de la garde présidentielle se sont présentés avec fracas auprès dudit curé, armes au point, exigeant qu’on leur indique des endroits pour leur position de tir. Cette grande disponibilité pour le Rpt-Unir commence par mettre très mal à l’aise les fidèles. Certains n’hésitent même pas à voir dans ces « petits jeux de ventre » avec le pouvoir, la raison pour laquelle le Togo n’a jamais connu de cardinal. Et Denis Amouzou-Dzakpah ne semble pas près de devenir le premier de l’histoire du Togo.

Lors des Universités Sociales du Togo tenues récemment à Lomé, le père Gustave Sanvee, Secrétaire Général de la Commission Episcopale Justice et Paix de l’église catholique avertissait, en citant ce passage biblique (de Amos 8, 4-7) :« Ecoutez ceci, vous qui écrasez le pauvre pour anéantir les humbles du pays, car vous dites : « quand con la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? Nous allons diminuner les mesures, augmenter les prix, et fausser les balances. Nous pourrons acheter le malheureux pour un peu d’argent, le pauvre pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! » Le Seigneur le jure par le Fierté d’Israel : « Non, jamais je n’oublierai aucun de leur méfaits ». Un passage qui devrait faire réfléchir plus d’un !

Mensah K.

icilome.com