18e concours d’agrégation du CAMES : Atchi Walla et 14 autres médecins togolais décrochent leur agrégation à Dakar

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Quand le pouvoir banalise les chercheurs pendant qu’il célèbre des « faux héros ». Depuis vendredi dernier, quinze Togolais on rejoint la liste très fermée des professeurs agrégés des Universités du Togo à l’issue du 18é Concours d’agrégation de médecine organisé par le Conseil Africain et Malgache de l’Enseignement Supérieur (CAMES) à Dakar (Sénégal).

Extrait de la Une de L'Alternative

Sur vingt (20) candidats présentés pas la Faculté des Sciences de la Santé de l’Université de Lomé, au dernier concours tenu seulement la semaine passée dans la capitale sénégalaise, quinze (15) ont été reçus. Parmi les nouveaux professeurs, un nom bien connu : celui du médecin chirurgien traumatologue Atchi Walla, par ailleurs président du Syndicat des Praticiens Hospitaliers du Togo (Synphot) et Coordinateur Adjoint de la Synergie des Travailleurs du Togo (STT). On l’appellera désormais Professeur Walla, tout comme d’ailleurs ses 14 autres compatriotes et colauréats.

Si les résultats étaient connus depuis vendredi dernier, c’est ce lundi qu’ils ont été officiellement proclamés à Dakar en présence des lauréats et des membres de jury, avant que chaque délégation ne puisse retourner chez elle.

« Un professeur agrégé, c’est celui qui entre de plain-pied dans l’enseignement. Il consacre les 2/3 de son temps de travail à l’enseignement et à la recherche et les 1/3 de son temps aux soins (pour les médecins car ils sont bi-appartenant). Il acquiert une expertise dans son domaine d’activité et doit cultiver cette expertise par ses travaux de recherche et en participant à des réunions scientifiques », a expliqué hier à L’Alternative une source à l’Université de Lomé.

Après le doctorat, il faut compter, en principe, 5 années supplémentaires, pour être candidat à l’agrégation. Mais généralement, ce n’est pas le cas, apprend-on, puisque le manque de moyens fait que le parcours se prolonge. Après le doctorat, il faut passer par un concours pour devenir Assistant, puis une autre phase, au moins trois ans plus tard, de Maitrise d’assistanat avant d’envisager passer, deux ans plus tard, le concours d’Agrégation qui ouvre la voie au titre de Professeur. Un parcours de chercheur semé d’embuches au Togo. La preuve, cette année 2016 seulement, des docteurs annoncés reçus dans un premier temps comme Assistants ont été ensuite déclarés non-reçus, suite à une rétractation du ministère de la Santé qui a mis en avant un déficit de moyens. Ces personnes devront croiser les doigts et attendre les années à venir, espérant que le gouvernement mettra plus de moyens.

« Effective depuis 1982, l’Agrégation CAMES comporte deux concours qui se déroulent en alternance : le concours de Médecine, Pharmacie, Odontostomatologie, médecine vétérinaire et production animale d’une animale part qui se tient les années paires ; et le concours de Sciences Juridiques, Economiques et de Gestion, d’autre part qui se déroule les années impaires. Les jurys internationaux chargés de l’évaluation des candidats font appel à d’éminents représentants des communautés universitaires des pays membres et des pays partenaires au rang desquels l’on compte la France, la Belgique, le Canada, le Maroc, la Tunisie, etc. », peut-on lire sur le site du Cames. A ce jour, le Cames n’organise que deux types de concours d’agrégation, dans les filières susmentionnées. Pour les autres, il s’agit selon nos sources, d’étude de dossier. Toutes choses qui ajoutent un grain de fierté à ceux qui passent le concours, s’estimant à juste titre exposés au parcours le plus périlleux. Naturellement, après avoir été reçus au concours d’agrégation, les divers candidats reçoivent un honneur de leur patrie, puisqu’ils défendent justement les couleurs de leurs pays, et de leurs universités. Mais au Togo, rien n’est fait.

Pour une première fois cette année au Togo, l’effectif des candidats à l’agrégation en médecine a atteint la vingtaine, pendant que les autres pays envoient des contingents de plusieurs dizaines de personnes chaque deux ans. En général, le peu de moyens affectés à l’enseignement supérieur a pour conséquence la faible représentation des Togolais à ce concours de haut niveau. En 2008, par exemple, le Togo n’a envoyé que 4 candidats. Et fort heureusement, les quatre sont sortis chacun « major » (meilleur) de sa spécialité. Ce qui prouve qu’en matière de d’excellence, les Togolais, individuellement pris, ont de la matière pour se hisser à la tête de leurs paires de la sous-région. La différence est qu’au Togo, on ne valorise pas le savoir.

Ailleurs, à chaque agrégation, les lauréats sont honorés via d’imposantes cérémonies solennelles fortement médiatisées. C’est le cas au Sénégal où le ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Maryu Teuw Niane déclarait ceci à la cérémonie de remise toges à des agrégés en 2015 : « Il est important de dire à la jeunesse que les détenteurs du savoir et de la compétence sont les agents décisifs du progrès et du développement et les maitres de l’avenir d’une nation ». Le membre du gouvernement sénégalais dénonçait des sociétés « promptes à célébrer facilement de faux héros consacrés par des métiers ou des activités très futiles ». Au Bénin par exemple, on déroule le tapis aux agrégés en les recevant à la présidence pour se voir transmettre les félicitations de la République.

Au Togo, les détenteurs du savoir devenus agrégés au gré de moult sacrifices passent inaperçus. Leurs efforts ne disent rien à personne. Au contraire, on leur demande de payer la toge à 300.000 francs, la même toge qui est offerte à leurs collègues d’ailleurs accompagnée de félicitations. Naturellement, ceux qui sont au pouvoir n’ont cure de la connaissance. On voit Faure Gnassingbé poser fièrement avec une mondaine comme Yémi Aladé, et ses ministres Victoire Dogbé et Guy Lorenzo afficher un large sourire aux côtés de cette même jeune mondaine nigériane comme s’ils avaient décroché la lune. Le Togo a les moyens d’affréter des jet privés à des artistes étrangers pour venir faire trémousser les jeunes sur ses plages ou dans ses stades, mais il n’en pas pour valoriser ceux qui se battent pour continuer de faire exister des points de lumière dans la mare d’obscurantisme et d’ignorance qui nous entoure. Il suffit de voir comment la frivolité est célébrée dans l’espace public au Togo, surtout par les gouvernants qui, subitement, sont absents lorsqu’il s’agit de questions importantes qui engagent la Nation et son avenir. Lorsque des membres du gouvernement sont plus à l’aise à côté des profils de personnes commeYemi Aladé ou à des cérémonies de Miss et que leur patron traîne, lui, plus avec un joueur de foot qu’il brandit comme trophée devant ses hôtes de marque, des Universitaires comme Kako Nubukpo ont du mal à se retrouver au sein de tout ce désordre, on comprend que les premières autorités du pays ont fini d’engager le pays sur une voie sans issue.

Parlant des agrégés par exemple, il nous revient que ces derniers sont obligés eux-mêmes de faire un fort investissement (en termes de voyage d’étude par exemple) dans les préparatifs pour le concours, alors qu’ils y vont pour défendre les couleurs de la Nation. Dans le même pays, certains enfants gâtés qui franchissent généralement à peine le niveau secondaire dans les études (même s’il faut leur reconnaître du talent à courir derrière le ballon) font de tous leurs caprices des ordres. Et autour d’eux, des gens qui entretiennent un réseau d’enrichissement au détriment de l’Etat et multiplient des occasions pour engloutir des montants faramineux dont le dixième n’est pas investi dans la recherche au niveau du supérieur.

Cette année, chaque candidat a bénéficié d’une modique somme de 700 000 F CFA pour leur séjour (hébergement, restauration, déplacement); un séjour qui s’étale sur deux semaines. Dans ces circonstances, les candidats sont obligés de contracter des prêts pour compléter le budget. Dans le même pays, les joueurs de la sélection nationale et le staff technique ont eu droit chacun à la rondelettes somme de 17,5 millions de nos francs. Pour une simple convocation, en plus d’une prise en charge totale garantie, chaque joueur empoche le demi-million pour une aventure qui ne va jamais loin.

Il ne s’agit pas de dire qu’au sein d’une République, toutes les ressources devraient être affectées à la santé ou à la recherche. Mais un Etat responsable ne peut pas investir prioritairement dans la prise en charge de journalistes étrangers à qui on paie des billets en classe affaires pour venir couvrir un sommet aux contours flous et qu’on loge dans les hôtels huppés de la capitale, et en même temps demander aux citoyens, contribuables, qui se consacrent à des activités importantes pour la Nation comme la recherche, de se débrouiller. Il ne faut pas avoir fait un Master aux USA pour savoir que les secteurs vitaux devraient être mieux traités dans le cadre des affectations budgétaires. Autrement, c’est qu’on a choisi d’hypothéquer l’avenir de la population.

Liste des nouveaux Agrégés du Togo

  • Pr ABOUBAKARI, Gynécologie
  • Pr ADJOH, Pneumologie
  • Pr AMANA, ORL
  • Pr ASSOGBA, Neurologie
  • Pr BAKOMA, Pharmacognosie
  • Pr BARAGOU, Cardiologie
  • Pr DARRE, Anatomie-pathologie
  • Pr DIALLO, Toxicologie
  • Pr DJADOU, Pédiatrie
  • Pr EKOUEVI, Santé Publique
  • Pr MOUHARI, Dermatologie
  • Pr SAKA, Dermatologie
  • Pr SALOU, Bactério-Virologie
  • Pr SONHAYE, Radiologie
  • Pr WALLA, Traumatologie

Source : Mensah K., L’Alternative No. 570 du 15 Novembre 2016

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